J'ai perdu plusieurs jours à transgresser la règle que je m'étais fixée : surtout, me méfier du deuxième étage et de son capharnaüm de tous les
dangers ! Je savais que m'y attendaient des lettres, des cahiers, des photographies et des bouts de papier enfouis depuis des décennies, plus dangereux que les plus vertigineux des ravins qui
vous attirent, qui vous aspirent par la terreur délicieuse de la perdition... Perdition en quoi ? Dans les méandres du passé qui vous emprisonnent comme des algues... Qui vous empêchent de
jeter devant vous des regards positifs... Vivre dans le passé, c'est renoncer à vivre, c'est choisir la compagnie des fantômes et le devenir soi-même.
N'est-elle pas une simple revenante, cette jeune fille tourmentée qui s'enflammait si facilement, pleine d'illusions et de soif du bonheur, d'une vie enthousiasmante, à la hauteur de
ses attentes ? Je la regarde du haut de l'heure des bilans. Je n'ai pas une folle attirance pour les bilans qui sont rarement positifs monochromes...
Amours, amitiés, sentiments très intenses, des pages innombrables. Pourquoi les ai-je conservées ? Est-ce pour me persuader, par ces traces tangibles, matérielles que ce passé
a bel et bien existé, que je ne l'ai pas rêvé ?
Pouvoir extraordinairement évocateur des mots ! C'est fou comme la trace d'une écriture - la mienne ou celle de quelqu'un d'autre - est capable de me
ramener, en un clin d'oeil comme par magie, dans ce passé qui commence à devenir respectablement lointain... Amours, amitiés, rencontres, je suis émerveillée par la beauté de ces lettres. J'ai
beaucoup reçu et réciproquement. Je me retrouve, avec la petite douleur lancinante qui dit que c'est bien fini et qui dit aussi que bon ou mauvais, ça valait la peine d'être
vécu...
plus de mémoire ....plus de passé...!
Cordialement
Antiochus