Attila József (1905-1937) : Rosée (Harmatocska)

Publié le 4 Février 2010

   Après des pages oppressantes de ces derniers temps, sur mon blog, tournant involontairement autour du thème de la mort (le suicide de R. Kriszta y est sûrement pour quelque chose : il fallait apprivoiser, évacuer le chagrin...), j'ai envie d'une petite respiration -  et mes fidèles lecteurs aussi, je suppose !
  Je publie un poème de Attila József qui savait être lyrique, aussi bien que grave, la plupart du temps. Parmi plusieurs traductions existantes, je vous livre ici deux versions de la traduction d'un même poème, ainsi que l'originale, pour ceux qui peuvent les comparer. Cela illustre aussi les énormes difficultés de la traduction dans le domaine de la poésie. Aussi réussie que soit la traduction, le poème y échappe...

 
ROSÉE

Un framboisier accroupi
Se balance et, sur la branche,
En boule dort à demi
Un papier gras qui se penche.

Soir de perle, doux tableau,
Les feuillages s'entrelacent ;
Avec la brume plus haut,
Mon chant tremble dans l'espace.

Bourdonnant comme le pré,
J'ai travaillé sans relâche.
Que le ciel est donc léger !
L'atelier sombre à la tâche.

Je suis las, un peu béat,
Ou bon seulement peut-être.
Je bats comme l'herbe bat,
L'étoile qui vient de naître.
1929              
Adaptation : Guillevic



ROSÉE

Accroupi, se balance
Un framboisier. Sur lui,
Un papier gras poursuit
Sa douce somnolence.

Feuillages s'enlaçant !
Beau soir de perle fine !
Brume sur la colline
Où plane aussi mon chant !

Bourdon dans la prairie,
Sans trève j'ai trimé.
Que le ciel est léger
Sur ma forge assombrie !

Je suis las, un peu sot...
-  Ou bon, que vous en semble ?  -
Comme l'herbe je tremble
Et l'étoile, là-haut...
                    
Adaptation : Jean Rousselot


HARMATOCSKA

Guggolva ringadoz
a málnatő, meleg
karján buggyos, zsiros 
papiros szendereg.

Lágy a táj, gyöngy az est ;
tömött, fonott falomb.
Hegyek párája rezg
a halmokon s dalom.

Hát dolgoztam hiven,
zümmögve, mint a rét.
Milyen könnyű a menny !
A műhely már sötét.

Fáradt meg együgyű,
vagy tán csak jó vagyok
s reszketek, mint a fű
és mint a csillagok.
 


 

Rédigé par Flora

Publié dans #traductions

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André 12/02/2010 21:20


Tour à tour j'ai préféré la 1e et la 2e traduction. J'aimerais savoir lire la version originale ... En tous cas, superbe poème.
@+


Flora 13/02/2010 09:23


C'est vrai que c'est encore l'originale qui est la meilleure version!
Merci de ta visite, André et bon week end! 


fbd 08/02/2010 09:29


Oui, peut-être que le phrasé le plus fluide ne correspond pas aux mots plus immédiats, peut-être plus "rugueux" de l'original…
En effet, l'expo vient de finir…


Flora 08/02/2010 19:21


Avec une amie poète, nous essayons de nous atteler à la tâche pour traduire quelques poèmes... Inch'Allah! 


fbd 07/02/2010 14:37


Peut-être un mix,oui, car la deuxième version est plus fluide et plus compréhensible...


Flora 07/02/2010 16:55


Difficile d'atteindre la perfection en la matière...
Merci de ton retour, Françoise, l'expo est finie? 


litteratus 04/02/2010 15:00


heureuse idée de nous mettre les deux traductions : béotienne du monde de la traduction poétique, je n'imaginais pas les difficultés de la tâche ! Je préfère la seconde, plus coulante...


Flora 04/02/2010 17:24


La première est quelque peu plus fidèle au texte mais plus heurtée... Dur, dur...


José Le Moigne 04/02/2010 11:45


Très Verlainien. Ne comprenant pas le hongrois je préfère l'adaptation de Rousselot, plus fluide à mon sens, mais c'est un merveilleux poème, tout en sensations à peine suggérées.
Bonne journée à toi
José


Flora 04/02/2010 14:09


Le mieux serait de malaxer les deux traductions, en faire une troisième...
Le printemps n'est pas loin, cher ami... R.