Attila József (1905-1937) : Humanité (Emberiség, 1935)

Publié le 17 Avril 2012

pim_foto_37_k.jpg En Hongrie, le 11 avril (anniversaire de Attila József) reste la Journée de la Poésie. Partout dans le pays, on organise des "Marathons de la poésie" où chacun peut arriver avec sa liasse de poèmes préférés, voire des siens, et les partager avec les autres. 

Bien sûr, il ne suffit pas de donner de la voix aux poètes un seul jour par an. Ce n'est pas une sorte de "Fête des Mères" que l'on peut ranger dans le tiroir de l'oubli pour le reste de l'année... J'ose croire que la poésie reste vivante en Hongrie, malgré l'ère du pragmatisme triomphant!

 

 


 

 

 

HUMANITÉ

 

Deux milliards de solitudes accouplées,

Humanité, que ma mère dans sa candeur

Brisée a fait plus grande, accroissant la douleur,

Pour toi, j'ose renaître en tes sphères troublées.

 

Toute en pleurs je t'ai vue aux rivières gelées,

Enfant blessée par la glace et son feu cruel.

Torturée, je t'ai vue resplendir sur l'autel

Des églises, ta mort aux offrandes mêlées.

 

Je t'ai vue dans ta niche, aux pieds des monts, croupir,

Tenant à cette vie à force de soupir

Qui mentent. Ah, de la Mort tu es bien la fille!

 

Exsangue, tu voudrais que l'on versât ton sang,

La folie grégaire à tous t'exhibe... et tu brilles!

Mais la douleur partout te suit d'un pas pressant...

traduction: Jean-Paul Faucher

 

 

EMBERISĖG

 

Óh, emberiség, kit törött anyám

szenvedni szaporított és nem értett!

Nem rettenek születni újra érted,

te két milliárd párosult magány!

 

Láttalak sírni a folyók fagyán,

mint gyermeket, kit a jég tüze sértett;

láttalak ölni, halni s mint nem éltet,

tündökölni a nagy egyházak falán.

 

Hegyen láttalak és lapulni ólnál  -

szerencsétlen, ki úgy élsz, mintha volnál,

megérdemled, hogy atyád a halál!

 

Vértelen arra vársz, hogy véred ontsák

s föl-fölmutat a társuló bolondság,

mely téged minden kínban megtalál.

Rédigé par Flora bis

Publié dans #traductions

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Michel Cristofol 18/04/2012 15:11

Beau sonnet, en vérité, qui ne peut qu'honorer la poésie hongroise !

Flora bis 19/04/2012 08:27



Merci, Michel!



Mu 18/04/2012 12:39

Ne faudrait-il pas alors se mettre à table et revoir ces belles images dont tu parles et dont nous prive cette traduction pourtant forte. A bientôt donc pour un repas poétique avec Attila...Le
prénom me parle beaucoup et de l'appeler ainsi me rapproche d'un frère en poésie !

Flora bis 19/04/2012 08:33



Je crois, en effet, qu'il faudrait nous remettre à la table de traduction!


Peut-être, pendant l'été! (Quand tu parles de Verlaine, l'appelles-tu "Paul", tout court?...)


Je te (me) souhaite un peu de soleil, ma chère Mu!



Mu 17/04/2012 23:33

c'est beau ! Vraiment j'aime la poésie d'Attila...là où elle passe la banalité trépasse...J'aime la poésie hongroise, elle est si différente de la poésie française, il y a en elle une candeur
particulière qui met le verbe devant le fait accompli de la déchirure, de cette faille entre la vie et la mort, la mort et la vie. Merci Flora

Flora bis 18/04/2012 09:47



Pour moi, toujours aussi bizarre que tu l'appelles par son prénom! Comme si tu appelais Baudelaire "Charles" tout court!


Je déplore encore la traduction (je ne sais pas si j'avais mieux fait!!!) qui fait passer des images fortes à la trappe!