Abandon

Publié le 18 Mars 2013

DSCN0912 2   En apparence, seulement par souci trompeur, la maison garde son aspect familier. Les petits rideaux amidonnés sont en place, le balai n'a pas bougé de sa position habituelle. Le chauffage répand une chaleur réconfortante, cependant, quelque chose manque. Justement, l'essentiel.

   La paire de chaussons semble orpheline près du fauteuil qui conserve l'empreinte d'une silhouette. Un manteau accroché dans l'entrée projette le souvenir de celle qui s'affairait dans la cour, il y a peu. Sur la table, une casserole attend son tour, pour faire bouillir le lait du fermier. Elle ne servira plus. Abandon.

   Je fais un tour dehors. Sur le béton entourant la fontaine, une inscription est gravée: B. R. 1968. Les initiales de ma mère et la date qui témoigne d'une bataille emportée sur les réticences de mon père face à toute modernité. Une bataille de plus.

   Sur les vignes de la pergola, patientent les dernières grappes momifiées, oubliées sur des branches squelettiques en attente de la taille qui ne viendra probablement jamais. Les perce-neige et les crocus multicolores explosent à l'appel du soleil. Ils ne reverront plus la silhouette cassée en deux qui se penchait sur les fleurs du jardin. Abandon.

   Depuis plus d'un mois, ma mère vit dans une maison de retraite médicalisée. Elle ne reviendra plus dans la maison où elle a passé 56 ans de sa vie. La maison est comme une place désertée, encore tiède.

   Je n'aime pas ces condamnations définitives, à perpétuité, clôturant une époque qui se promettait immuable. Sans doute parce qu'elles nient l'espoir...

    

 

Rédigé par Flora bis

Publié dans #réflexions

Repost 0
Commenter cet article

Mu 20/03/2013 00:00

Abandon, ce mot sonne dans tes mots comme un marteau sur l'enclume...le marteau du temps sur l'enclume des jours. Mais, elle est très belle cette petite maison, la clôture et le linge sur les fils.
Une pensée affectueuse pour ta maman.

Flora bis 20/03/2013 09:52



Merci de ta visite, ma chère Mu. Tu as raison: c'est exactement de cette façon impitoyable que les images me rappelaient à la dure réalité...


(sur l'image, c'est le poulailler que tu vois au fond de la cour. Sur F-B, on voit mieux la maison même...)



Litteratus 18/03/2013 19:27

L'écriture pour toute éternité reste le dernier vestige de ce qui a été. Je suis bien avec vous dans cette période de changement... irréversible. Amitiés

Flora bis 19/03/2013 08:50



J'aime beaucoup votre dernière phrase! Elle me va comme refuge. Merci beaucoup, chère Litteratus.