A propos d'Odilon Redon

Publié le 11 Avril 2011

Redon-Bouddha.jpg Odilon et son araignée souriante... Ses têtes bleues émergeant d'un océan originel... Et surtout, la sensualité de ses pastels, capables de révéler des couleurs insoupçonnées! Je ne suis pas particulièrement attirée par le sujet des natures mortes, des fleurs ou des paysages. Depuis la première fois que j'ai vu un recueil de bouquets d'Odilon Redon, j'ai été définitivement découragée de toute tentative d'y toucher... Comment approcher une telle perfection dans l'originalité  -  ne parlons même pas d'espérer  l'égaler; comment songer alors à la dépasser?...

   Je constate, surprise, que beaucoup de gens ignorent tout de Redon ou le connaissent peu. Il réside sur mon Olympe personnel, en compagnie d'Egon Schiele, de Rembrandt, de Vermeer et de quelques autres, depuis de nombreuses années. Contemporain des impressionnistes mais toujours à part. En dehors des courants, élaborant son art, en suivant ses inspirations... Le Grand Palais lui offre sa première grande rétrospective depuis 1956. Je ne suis pas qualifiée pour trouver le tiroir dans lequel il convient de le ranger dans le classement des trés grands, des simplement grands et les remarquables de la peinture: je me contente de prendre mon plaisir et mon inspiration auprès de ses oeuvres, surtout les pastels et les lithographies. De plus, une découverte pour moi: la réédition par José Corti, de son journal d'entre 1867-1915 (un an avant sa mort), "A soi-même". Il m'attend pour que je le lise, le déguste pendant longtemps. Quel moyen extraordinaire de s'introduire dans le processus intime de la création! Je suis irrésistiblement attirée par le genre "journal", très différent de celui des "mémoires". Le premier est ancré dans le présent, pris sur le vif avec la fraîcheur, la spontanéité des impressions, des réflexions, dans le mouvement créatif même, tandis que le second constitue un regard en arrière, avec les souvenirs sélectionnés, "digérés" par la mémoire, embellis ou tus à l'occasion, selon les émotions qui s'y attachent...

La modernité toujours actuelle, l'essence même qui m'attire vers Redon se résume dans ces deux phrases tirées de son journal:

"Mes dessins inspirent et ne se définissent pas. Ils ne déterminent rien. Ils nous placent, ainsi que la musique, dans le monde ambigu de l'indéterminé."

"Tout se crée par la soumission docile à la venue de l'inconscient."

illustration: Odilon Redon, Le Bouddha, pastel, 90-73 cm 

Rédigé par Flora

Publié dans #réflexions

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La Merlinette 26/04/2011 11:34


tu me donnes l'envie de le connaître mieux


Flora 26/04/2011 12:28



J'en suis bien contente!



fbd 12/04/2011 11:02


tu sais que je partage tes éclats d'admiration (si bien exprimés) et que les pastels de Redon (ses huiles également) font chavirer sous leur beauté, tant leur impact est immédiat, profond, quelque
chose en nous exulte à la vision de ses tableaux! Des noirs veloutés et fantastiques il est passé à un monde non moins mystérieux mais éclatant de lumières, de nacres, de couleurs puissantes et
d'une originalité stupéfiante! (ce sont peut-être ses fleurs que j'aime le moins mais ce n'est qu'un bémol…) J'espère que tu nous raconteras un peu son journal, avec toute la verve dont tu sais
faire preuve, et tout l'enthousiasme que tu sais si bien échanger!


Flora 13/04/2011 09:49



Je ne pourrais pas aussi bien le dire : ton commentaire complète dans les détails ce que je ressentais devant ces tableaux!


Je ne tarderai pas à me mettre à son journal!



Mu 12/04/2011 08:29


Merci, Chère Flora pour nous faire découvrir cet artiste qui crée pour aujourd'hui et donc laisse des traces pour demain comme sur le sable les empreintes que le vent et la mer efface, il reste
juste la conscience de ceux qui ont marché avant nous, la pensée que nous ne sommes jamais seul à entreprendre la traversée, à passer outre le temps. Je fais écho à Odilon, j'aime bien ce
prénom...Redon, redondant d'éphémère ! Echo donc à ton article sur mon blog, à ce beau pastel qui donne envie de coucher à notre tout la couleur sur le papier tout en connaissant notre médiocrité.
Peut-être que c'est ça un véritable artiste, celui qui par sa création donne envie de faire à notre mesure parce qu'il nous remet chacun à sa place avec ce qu'il a à dire, sa façon de l'exprimer et
son mode d'expression. Merci Odilon et merci Rozsa pour ce partage de couleurs et de légéreté qui disent la gravité du monde.


Flora 12/04/2011 11:22



Pour donner envie, c'est sûr, j'ai envie de sortir ma boîte à craies mais je me heurte à mes limites face à cette perfection dans la légèreté...


Merci, ma chère Mu, pour la conversation d'hier.



José Le Moigne 12/04/2011 01:00


Tu poses la question du côté éphémère, donc gratuit de l'Art. Je me la pose aussi.
Amitiés
José


Flora 12/04/2011 11:02



J'en suis de plus en plus persuadée. L'âge, peut-être, apporte le détachement, le début de la sagesse...


Bonne journée, José.



litteratus 11/04/2011 13:49


Chère Flora, je comprends votre admiration pour cet artiste méconnu que vous suivez à travers ses traits de pinceau et au travers de ses mots ! encore un être complet...


Flora 11/04/2011 18:29



J'ai été comblée, même s'il manque quelques pastels que j'espérais voir "en vrai"... 


Mais ce n'est déjà pas mal: ils sont très fragiles et supportent mal les transports et la lumière.