Bribes de mémoire 45. L'attaque des punaises

Publié le 29 Septembre 2009

   Nous sommes logés dans un des immeubles impersonnels du quartier des étudiants de plusieurs facultés. Ce stoudgorodok  (abréviation, parmi les innombrables autres, tellement prisées par l'ère soviétique, de stoudiéntcheski gorodok  = petite ville - quartier - d'étudiant) se trouve dans une partie relativement neuve de la ville, tellement récente que les finitions laissent à désirer. Une amie y fait une sorte de pèlerinage quinze ans plus tard et elle me dit : "Tu ne me croiras jamais ! Pour accéder aux immeubles, il faut toujours traverser les mêmes terrains vagues avec les mêmes trous remplis d'eau et enjambés par des planches, tout comme de notre époque !" Et nous savions tous que ces terrains vagues avaient vocation d'y rester pour l'éternité, comme nous croyions le régime inébranlable...
   Ce n'est pas l'antique Arche de Noé de notre Oussatchovka de Moscou, ce qui n'empêche pas que je fasse connaissance, pour la première fois de ma vie, avec des vampires. En effet, dès que j'éteins ma lampe de chevet, je me fais littéralement dévorer par des punaises !... Comme je n'en ai jamais vu auparavant, je cherche un ennemi invisible, au visage inconnu et qui ne se manifeste que dans le noir. Au bout de plusieurs semaines de calvaire, je dors avec ma lampe allumée. Il y a bien les "brigades de désinfection" qui passent régulièrement, harnachées, encagoulées comme la police scientifique des feuilletons de télé mais cela n'a  d'autre effet que de déclencher la migration des vastes populations de punaises vers les chambres encore intactes !
   A bout de nerf, je m'en plains à une de mes profs de fac. Elle me conseille un bon vieux produit qu'il faut diluer dans de l'eau. Inutile de dire que je l'emploie concentré, le versant avec rage dans les interstices du bois de mon lit renversé, ainsi que dans les plinthes. En effet, j'apprends au passage que les bestioles logent dans du bois ! Et encore, elles choisissent leurs victimes : mes deux colocatrices russes sont indemnes ! Mon sang exotique, sans doute...
   Pour finir et en épargnant les détails de cette extermination massive, l'opération est couronnée d'un succès total et j'aurai la paix jusqu'à la fin de notre séjour. La vie à Leningrad commence à prendre des couleurs agréables.

la suite suivra...

Rédigé par Flora

Publié dans #mémoires

Repost 0
Commenter cet article

France 07/10/2009 06:00


Si jamais tu vois réapparaitre de ces petites pestes, visite le site La Punaise dans la section «leur extermination».

Elles coutent parfois des milliers de dollars en exterminateurs à ceux qui n'ont pas pris la peine de régler leur problème dès l'apparition! Tu a bien fait de les éliminer dès que possible.

Mais ne t'inquiète pas, il y a de ces invasions partout au Canada, aux USA, en France et surtout en Asie!

Bonne chance !


Flora 07/10/2009 09:44


Merci, France, pour le "tuyau" : je n'ai rencontré ce problème dans ma vie qu'une seule fois, dans un lointain passé, au moment où j'étais étudiante à Leningrad, ville qui ne s'appelait
plus et pas encore Saint-Petersbourg...


La Merlinette 30/09/2009 13:53


c'est quoi ce produit si efficace contre les punaises?


Flora 30/09/2009 18:52


Tu sais, c'était un produit liquide, à l'odeur décapante mais drôlement efficace ! Je ne me souviens plus du nom (il y a des décennies de cela !...) mais je pense que ça n'existait qu'en Union
Soviétique...


José Le Moigne 30/09/2009 00:49


Voilà, je retrouves le net après une semaine. Le temps de rétablir la connection. C'est toujours avec autant de plaisir que je lis tes bribes de mémoire.
Bonne nuit à toi.
José


Flora 30/09/2009 18:48


Le plaisir est réciproque quand je vais sur les tiennes qui sont plus que ça : roman puisé dans la vie.


Ame chopinienne 29/09/2009 22:16


Pauvres punaises, vaincues par une hongroise exaspérée !!!
Toujours aussi passionnantes, tes bribes de mémoire, et je suis toujours aussi admirative de ta vie jalonnée d'expériences aussi diverses et aussi riches.


Flora 30/09/2009 18:47


Tu ne vas quand-même pas pousser la compassion jusqu'aux punaises?... De ma part, je les ai écrasées, ces braves bébêtes du bon dieu, sans pitié et sans même une once de remords...
Pour ce qui concerne ma vie "aventureuse", je n'en suis qu'aux balbutiements...
Merci de ta visite, chère Âme chopinienne.