J'ai dévoré le livre de Sándor Márai : Mémoires de Hongrie
(FÖLD! FÖLD!). En français. La traduction est très belle - entre nous : peut-on prononcer une telle affirmation sans connaître la version originale ? Je n'ai encore lu
aucun de ses romans mais ce genre : mémoires, réflexions, vagabondages dans le temps et l'espace à la recherche d'une boussole, son Etoile, une quête de sens pour pouvoir continuer à vivre
m'attire énormément. Peut-être parce qu'il m'aide à poursuivre la mienne...
"... c'est uniquement en cette langue que je puis exprimer ce que j'ai à dire." Il suggère même quelque part qu'un écrivain ne peut pleinement s'exprimer que dans sa
langue maternelle (même s'il en parlait plusieurs) qui le relie viscéralement à ses racines.
Je subis parfois, venues de mon passé, d'amicales pressions, à tendance culpabilisante qui me reprochent mes aveux de me sentir désormais davantage chez moi ici, dans ce Nord
chaleureux et réservé à la fois, dans cette langue qui grignote le terrain occupé jadis par ma langue maternelle... Tout juste si elles ne m'accusent pas de trahison...
Au-delà du refus du droit de me juger, même amicalement, je préfère accomplir cet exercice difficile moi-même. Agota Kristof (Le grand cahier) écrit en français,
langue qu'elle traite d'ennemie car elle est en train de tuer sa langue maternelle, le hongrois. Je ne sais pas comment je réagirais si j'étais écrivain. A l'heure actuelle, je ne sais qu'une
chose : le français a libéré ma parole, a fait sauter des blocages qui me paralysaient parfois en hongrois, liés à cette parcelle de ma vie fantôme...
Bien sûr, il faut apprivoiser cet outil merveilleux, le maîtriser tant soit si peu pour essayer de le plier à mes envies. Trouver le mot juste à sa juste place... Il faut
parvenir à sentir une langue de l'intérieur de ses entrailles pour que l'écriture devienne charnelle. Humer la couleur des mots... Confusion d'images ? Peut-on humer la
couleur ? Pas plus que les mots n'ont de couleurs...
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