Sándor Márai * Mémoires de Hongrie (Föld, föld!...)

Publié le 2 Septembre 2009

[...]L'oeuvre littéraire transcende toujours son auteur et sa façon de s'exprimer, elle est avant tout une manière de climat, qui émane d'elle-même et qui la fait vivre ; sans ce climat, le livre ressemble à ces astres refroidis, privés d'atmosphère, qui scintillent encore, mais d'où toute vie est absente. Cette atmosphère-là ne se dissipe pas  avec la mort de l'écrivain. Tout comme dans la réalité de la vie, la littérature connaît des personnalités qui s'éteignent lentement et qui, une fois mortes, laissent derrière elles une partie de leur essence, laquelle jaillit spontanément de l'atmosphère de leur oeuvre, à la façon des cheveux et des ongles du cadavre qui continuent de pousser même après la mort. C'est ainsi que survit un Tolstoï ou un Proust. Kosztolányi, lui, semblait écrire pour le seul instant présent, s'attachant à créer une aura... mais les fragments d'essai, les brefs écrits retrouvés et réunis après sa mort forment un chef-d'oeuvre en miniature.
   Pour que son oeuvre reste vive, l'écrivain doit savoir qu'il existe quelque part  -  dans le présent ou dans l'avenir  -  un Lecteur, cet étrange personnage dialectique, à la fois allié et adversaire, qui stimule son partenaire en même temps qu'il le conteste  -  et dont la réalité sensuelle et l'ambivalence rappellent celles de la femme dans la relation amoureuse. Et l'éditeur, à la fois accoucheur et entremetteur, à quel moment a-t-il donc disparu ? A l'époque de Kosztolányi, écrivain, éditeur et lecteur conservaient encore un lien vague. Aujourd'hui, ce lien  n'existe plus ; en Occident, la civilisation industrialo-commerciale attend de l'écrivain quelque marchandise propre à flatter le goût des masses et à l'Est, des articles de mercerie politique, du tissu idéologique vendu au mètre. Kosztolányi n'a pas vécu assez logtemps pour connaître cette époque où la vraie littérature n'est plus, aux yeux de l'éditeur, qu'un supplément aux romans à quatre sous et aux ouvrages pseudo-scientifiques, semblables à los à moelle que que le boucher offre à son client avec le plat de côtes. L'oeuvre littéraire qui, par hasard, trouve son éditeur, reste toujours suspecte, car le lecteur suppose, avec quelque raison, que ce n'est pas elle qui se trouve récompensée mais l'auteur ou, plus exactement, ses pratiques mafieuses. Des dilettantes subventionnés nous abreuvent certes d'ouvrages sur la vie d'authentiques écrivains  -  mais leur zèle et leurs déclarations prétentieuses rappellent tout au plus certains volatiles occupés à pondre. Les livres sur les livres sont devenus plus nombreux que ces derniers. Non, Kosztolányi n'a certes pas connu cette époque ; il a eu la chance de mourir, une dizaine d'années plus tôt, d'un cancer du larynx, à l'hôpital Saint-Jean, sur la colline d'en face. [...]

Je découvre avec un certain émerveillement l'oeuvre de Sándor Márai, écrivain hongrois du vingtième siècle qui, contraint au silence par le régime communiste, s'exile en 1948. Ce livre dont l'extrait est tiré a été écrit en 1972, paru en France en 2004 aux éditrions Albin Michel, dans la traduction de Georges Kassai et Zéno Bianu. 

Rédigé par Flora

Publié dans #traductions

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KapitányG 06/09/2009 18:55

Egyáltalán nem hangzik rosszul :)
Igen, a prózáját én is jobban szeretem - de hát elsősorban nem költő volt. Azért, ha egyszer a kezedbe kerül Márai-verseskötet, lapozd végig. Az Összegyűjtött versei-t 2002-ben adta ki a Helikon Kiadó.

Flora 07/09/2009 15:32


Elolvasott verseit "kézmüves-munkának" érzem egy kicsit. Hiányzik belölük a költöi "démesure"... De keveset ismerek belölük.


KapitányG 05/09/2009 10:37

Bocsánat a duplázásért. Küldtem, nem történt semmi, erre elküldtem mégegyszer. Lassú az én gépem is...

És a versei.
Egyet, mutatóba:

TEGEZÉS

A hajad, a kezed, a lábad, a szoknyád,
A szemed, az álmod, a fogad, a nyelved,
A körmöd, a blúzod, a pettyes kabátod,
Szempillád, szájad, sértett nevetésed,
A kölnid, a cipőd, a melled, a csókod,
Unalmad, bánatod, mosolyod, magányod,
Életem, életed, halálom, halálod.

Fordított vajon valaha valaki Márai-verset franciára?

Flora 06/09/2009 18:01


A "Föld! Föld!"-ben is volt 1-2 vers, de a prózája nekem jobban tetszik. Azért ide irom ennek a rögtönzött forditását:

"Tes cheveux, tes mains, tes jambes, ta jupe,
 Tes yeux, ton sommeil, tes dents, ta langue,
 Tes ongles, ton corsage, te veste à pois,
 Tes cils, ta bouche, ton rire froissé,
 Ton parfum, tes souliers, tes seins, ton baiser,
 Ton ennui, ton chagrin, ton sourire, ta solitude,
 Ma vie, ta vie, ma mort, ta mort."

Könnyen ment a forditás, az eredmény, remélem, nem tùl rosszul hangzik...


KapitányG 05/09/2009 10:08

"...utolsó pillanatig, amíg a betűt leírnom engedik, tanúskodni akarok erről: hogy volt egy kor és élt néhány nemzedék, amely az értelem diadalát hirdette az ösztönök felett, s hitt a szellem ellenálló erejében..."
Ez az Egy polgár vallomásai legutolsó fejezetéből van.
Örülök, hogy magaddal vitted!

Flora 06/09/2009 17:37


Kárhogy nem érhette meg, hogy hazájában minden könyve megjelenik. Többször is leirta, hogy egy iró csak anyanyelvén lehet iró (amit én megkérdöjelezek...)


KapitányG 04/09/2009 21:28

Amit Márai erényként dícsér, az valóban érték, igazi érték.

A regényeiért nem rajongok különösebben, de a naplóit, az esszéit (vagy minek nevezzem?), az olyan könyveit, mint az Egy polgár vallomásai vagy a Kassai polgárok, nagyon szeretem.

Kár, nagyon nagy kár, hogy oly hosszú ideig tiltották. Azt gondolom, nemcsak azért, amit "dicsőített", hanem azért is, amit kritizált. Kegyetlen kritikus volt, kíméletlenül ragaszkodott az igazsághoz és a tisztességhez.

Flora 05/09/2009 09:22


Hoztam két naplót (ilyen áron nehéz volt az összeset!), valamint a "Kuruzslók hajnala" és az "Egy polgár vallomásai" cimüeket. Voltaképpen egy regényét sem olvastam... Franciául inkább a
regényei jelentek meg. Tetszik a stilusa és a gondolatainak borotvaéles intelligenciája, nomeg óriási és egyetemes müveltsége.


mich 03/09/2009 16:48

merci Flora
excellent passage très actuel - de ce livre passionnant

bon retour sous les cieux valenciennois
bien à vous
mich

Flora 03/09/2009 23:58


Je suis revenue de Hongrie avec 4 autres Márai sous le bras. Tout reste à découvrir!
Finalement, je n'ai encore rien lu de lui en hongrois... Lorsque j'y résidais encore, il restait interdit, j'en ai à peine entendu parlé, un peu comme d'un écrivain
bourgeois : ce qui n'était pas flatteur dans le contexte! Lui, il fait l'éloge des vertus de la bourgeoisie dans ses textes...
Merci de votre passage, Mich.