[...]L'oeuvre littéraire transcende toujours son
auteur et sa façon de s'exprimer, elle est avant tout une manière de climat, qui émane d'elle-même et qui la fait vivre ; sans ce climat, le livre ressemble à ces astres refroidis, privés
d'atmosphère, qui scintillent encore, mais d'où toute vie est absente. Cette atmosphère-là ne se dissipe pas avec la mort de l'écrivain. Tout comme dans la réalité de la vie, la littérature
connaît des personnalités qui s'éteignent lentement et qui, une fois mortes, laissent derrière elles une partie de leur essence, laquelle jaillit spontanément de l'atmosphère de leur oeuvre, à la
façon des cheveux et des ongles du cadavre qui continuent de pousser même après la mort. C'est ainsi que survit un Tolstoï ou un Proust. Kosztolányi, lui, semblait écrire pour le seul
instant présent, s'attachant à créer une aura... mais les fragments d'essai, les brefs écrits retrouvés et réunis après sa mort forment un chef-d'oeuvre en
miniature.
Pour que son oeuvre reste vive, l'écrivain doit savoir qu'il existe quelque part - dans le présent ou dans l'avenir - un Lecteur, cet étrange
personnage dialectique, à la fois allié et adversaire, qui stimule son partenaire en même temps qu'il le conteste - et dont la réalité sensuelle et l'ambivalence rappellent celles de
la femme dans la relation amoureuse. Et l'éditeur, à la fois accoucheur et entremetteur, à quel moment a-t-il donc disparu ? A l'époque de Kosztolányi, écrivain, éditeur et lecteur conservaient
encore un lien vague. Aujourd'hui, ce lien n'existe plus ; en Occident, la civilisation industrialo-commerciale attend de l'écrivain quelque marchandise propre à flatter le goût des
masses et à l'Est, des articles de mercerie politique, du tissu idéologique vendu au mètre. Kosztolányi n'a pas vécu assez logtemps pour connaître cette époque où la vraie littérature n'est plus,
aux yeux de l'éditeur, qu'un supplément aux romans à quatre sous et aux ouvrages pseudo-scientifiques, semblables à los à moelle que que le boucher offre à son client avec le plat de côtes.
L'oeuvre littéraire qui, par hasard, trouve son éditeur, reste toujours suspecte, car le lecteur suppose, avec quelque raison, que ce n'est pas elle qui se trouve récompensée mais l'auteur ou,
plus exactement, ses pratiques mafieuses. Des dilettantes subventionnés nous abreuvent certes d'ouvrages sur la vie d'authentiques écrivains - mais leur zèle et leurs déclarations
prétentieuses rappellent tout au plus certains volatiles occupés à pondre. Les livres sur les livres sont devenus plus nombreux que ces derniers. Non, Kosztolányi n'a certes pas connu cette
époque ; il a eu la chance de mourir, une dizaine d'années plus tôt, d'un cancer du larynx, à l'hôpital Saint-Jean, sur la colline d'en face. [...]
Je découvre avec un certain émerveillement l'oeuvre de Sándor Márai, écrivain hongrois du vingtième siècle qui, contraint au silence par le régime
communiste, s'exile en 1948. Ce livre dont l'extrait est tiré a été écrit en 1972, paru en France en 2004 aux éditrions Albin Michel, dans la traduction de Georges Kassai et Zéno
Bianu.
Bonne nuit à toi
José
excellent passage très actuel - de ce livre passionnant
bon retour sous les cieux valenciennois
bien à vous
mich
Finalement, je n'ai encore rien lu de lui en hongrois... Lorsque j'y résidais encore, il restait interdit, j'en ai à peine entendu parlé, un peu comme d'un écrivain bourgeois : ce qui n'était pas flatteur dans le contexte! Lui, il fait l'éloge des vertus de la bourgeoisie dans ses textes...
Merci de votre passage, Mich.
A regényeiért nem rajongok különösebben, de a naplóit, az esszéit (vagy minek nevezzem?), az olyan könyveit, mint az Egy polgár vallomásai vagy a Kassai polgárok, nagyon szeretem.
Kár, nagyon nagy kár, hogy oly hosszú ideig tiltották. Azt gondolom, nemcsak azért, amit "dicsőített", hanem azért is, amit kritizált. Kegyetlen kritikus volt, kíméletlenül ragaszkodott az igazsághoz és a tisztességhez.
Ez az Egy polgár vallomásai legutolsó fejezetéből van.
Örülök, hogy magaddal vitted!
És a versei.
Egyet, mutatóba:
TEGEZÉS
A hajad, a kezed, a lábad, a szoknyád,
A szemed, az álmod, a fogad, a nyelved,
A körmöd, a blúzod, a pettyes kabátod,
Szempillád, szájad, sértett nevetésed,
A kölnid, a cipőd, a melled, a csókod,
Unalmad, bánatod, mosolyod, magányod,
Életem, életed, halálom, halálod.
Fordított vajon valaha valaki Márai-verset franciára?
"Tes cheveux, tes mains, tes jambes, ta jupe,
Tes yeux, ton sommeil, tes dents, ta langue,
Tes ongles, ton corsage, te veste à pois,
Tes cils, ta bouche, ton rire froissé,
Ton parfum, tes souliers, tes seins, ton baiser,
Ton ennui, ton chagrin, ton sourire, ta solitude,
Ma vie, ta vie, ma mort, ta mort."
Könnyen ment a forditás, az eredmény, remélem, nem tùl rosszul hangzik...
Igen, a prózáját én is jobban szeretem - de hát elsősorban nem költő volt. Azért, ha egyszer a kezedbe kerül Márai-verseskötet, lapozd végig. Az Összegyűjtött versei-t 2002-ben adta ki a Helikon Kiadó.