[...] Fabrice Sorel avait quatorze ans quand sa mère
succomba à un cancer du sein. La mort devint ennemie intime, rivale. L'immortalité l'obsédait. En 1967, au milieu de sa vingt et unième année, il se destine à la médecine, illusion romantique du
combat pour la vie. Le 19 mai, le cliché agonise. Emile Littré insuffle l'idée que si les mots sont mortels, un agencement subtil leur permet de survivre, collés les uns aux autres. Jamais, dans
les pages bleues, il n'envisage son immortalité, préférant insister sur a durée de son travail, les difficultés matérielles, les efforts incessants auxquels famille et collaborateurs
doivent se plier. Il parle de le vie des mots. L'immortalité est pourtant l'unique idée qu'Adam Eve retienne et développe, lui ajoutant sa touche personnelle : il n'est pas nécessaire, pour
franchir les siècles, d'être lisible.
Tout le monde connaît Kant, Proust, Mallarmé. Qui les a lus ?
Quand il aborde la naissance de sa vocation, qu'il nous provoque avec les samouraïs, les nains, Adam Eve se garde d'aller à l'essentiel, d'avouer que, ce jour-là prirent
fin ses études de médecine. La mort des autres lui devenait indifférente. Sa vie tendait vers un seul but : dériver dans le temps d'une notoriété future.
Au lieu de disserter sur son égotisme, il préfère s'attarder sur l'article "A", modèle et référence :
Par quoi commence le dictionnaire ? Par une lettre : "a (à), s. m. Voyelle et première lettre de
l'alphabet..."
La première ligne préfigure la dernière. A annonce Z. L'alpha et l'oméga, la fin dans le début. Tout se fissure, tout
s'accumule. [...]
suite de la nouvelle "A"
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