Bribes de mémoire 42. Vieille histoire, coq à l'âne

Publié le 28 Juillet 2009

   Plein été, période des vacances qui ralentit la vie en France et ouvre une sorte de parenthèse. De rares personnes échouent sur la blogosphère et encore plus rares sont ceux qui laissent un commentaire... Mais, puisqu'on écrit un blog avant tout pour soi-même, n'est-ce pas, disons-nous pour nous consoler ! Et merci à ceux qui s'y arrêtent!
   J'avais décidé, il y a bien longtemps que ces "Bribes de mémoire" sauteraient du coq à l'âne, feraient un pied de nez à la chronologie, m'offrant une liberté aussi complète que possible, pour préserver le plaisir des vagabondages. Cela représentait aussi un habile subterfuge pour dissimuler les trous dans ces oripeaux effilochés : en effet, je me rends compte tous les jours, à quel point ma mémoire devient sélective.  
   Cela permet également d'enjamber certains cadavres, de remettre quelques pelletées sur l'indicible... De dresser un panorama du passé non pas idéalisé mais vrai, avec une vérité dont certains aspects devaient passer dans ces trous... de la mémoire. Je ne suis pas pour l'exhibitionnisme, d'autant que ce passé n'appartient pas qu'à moi. J'ai encore en mémoire la première lecture des Confessions de Rousseau, par endroit m'ayant mise franchement mal à l'aise ! Non pas que j'aurais des secrets lourds à cacher, simplement la lecture rendue publique impose une certaine pudeur et j'ai horreur de ceux qui vous invitent à regarder par le trou de la serrure ! Raconter donc la stricte vérité mais se réserver le droit de trier parmi les souvenirs.
   Pour alléger ces propos et pour passer à tout autre chose (démonstration du coq à l'âne ?), une vieille histoire me revient en mémoire. Je vous dirais que je ne pense pas être une belle-mère possessive, envahissante et qui considérerait la femme de son fils comme une rivale. Ma mère ne m'en a jamais montré l'exemple, ni ma propre belle-mère n'en a donné le sentiment. Cette histoire m'aurait servi à jamais de mise en garde.
   Dans le petit village de mes vacances, il y avait un garçon, de quelques années plus âgé que moi. Selon mon habitude, je le regardais de loin, à la dérobée, pour qu'il ne puisse même pas soupçonner que je le trouvais beau comme un dieu... Une seule fois nous nous sommes rapprochés, dans un bal du village où il m'a invitée à danser et je défaillais de plaisir, sans même lever les yeux sur lui ! Fils unique, il vivait avec sa mère, veuve et qui plaçait tous ses espoirs en lui. Ce garçon était bon élève et on le poussait vers des études supérieures, à quelques 150 km plus loin. Pour la mère, cela semblait sacrifice insurmontable !  Elle s'est donc employée à tous les chantages pour le garder près d'elle. En dernier lieu : "Si tu pars, je saute dans le puits !" (il faut dire qu'à l'époque, c'était beaucoup plus facile, chaque maison étant équipée d'un puits à balancier...) Le garçon n'y a pas cru et il est parti. Aussitôt, la mère a mis sa menace à exécution... La fin de l'histoire ? Beaucoup plus tard, il a épousé son institutrice, de presque vingt ans son aînée et qui ne pouvait plus avoir d'enfant...
la suite suivra...

Rédigé par Flora

Publié dans #mémoires

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La Merlinette 29/07/2009 20:42

j'aime bien la vision de la mémoire comme des
"oripeaux effilochés",ça fait voyage en roulotte
au long de routes caillouteuses....

Flora 30/07/2009 01:32


Merci de ta visite, ma chère Magicienne! Ton image est juste, c'est à peu près ce que je fais en retournant dans le passé...


Litteratus 29/07/2009 12:52

Cette liberté avec ses souvenirs est aussi un choix de narration qui est à mon sens très intéressant : le choix du souvenir qui reste en surface peut en dire aussi long que l'histoire elle-même. Bon j'attends la suite du récit de la belle-mère....

Flora 29/07/2009 17:03


Merci, Litteratus, pour votre remarque fine et pertinente et qui demande une bonne dose d'intuition.
Le status de "belle-mère" me semble étrange : mes bru, fils et petites-filles m'appellent par mon prénom ce qui n'est sûrement pas innocent...


José Le Moigne 29/07/2009 01:28

Là, je suis parfaitement d'accord.

José Le Moigne 29/07/2009 00:55

Eternels "Propos sur l'autobiographie". Je n'ai pas de réponse bien tranchée dans la mesure ou je m'utilise beaucoup comme matière à mes livres.Il y a là une frontière ténue entre le déballage et l'écriture. A mon sens, la poésie est parfaitement autobiographique et pourtant souvent on la dit hermétique. Ne peut-on parler de transcription? Je lisais tout à l'heure qu'une bonne traduction de poème passe par la transcription.
Bonne nuit à toi
José

Flora 29/07/2009 01:20


Tu écris de la fiction et non de l'autofiction... La plupart des écrivains "s'utilisent" dans leurs livres, en jouant à un subtil cache-cache avec ceux qui les connaissent et avec eux-mêmes...
J'ai connu une foule de lecteurs que la narration en "je" troublait à tel point qu'ils étaient incapables de faire la distinction entre auteur et narrateur!
Par contre, je trouve beaucoup plus discutable un déballage à la Christine Angot!
Merci aux rares fidèles de l'été!