Notre premier grand voyage vraiment dépaysant nous mène en Asie
Centrale, en Ouzbékistan. Nous décollons de Moscou, encore enneigé, un peu avant minuit, pour atterrir dans le printemps ouzbek à Samarkand. N'ayant jamais quitté la Hongrie auparavant, je
savoure le dépaysement total !
Nous sommes logés dans des foyers d'étudiants, désertés pendant les vacances scolaires. Les 2-3 garçons de notre groupe assurent héroïquement le rôle de gardes du corps auprès de la
quinzaine de filles : nos hôtes nous mettent en garde contre les velléités de promenades après le coucher du soleil, même accompagnées ! Il est vrai que le vernis du régime communiste qui prône
l'égalité de la femme est assez mince dans ce pays à l'écrasante majorité musulmane qui pratique ouvertement certaines coutumes ancestrales. Ainsi, lorsque nous demandons la signification des 3-4
foulards noués autour de la taille des petits vieux barbus, aux costumes traditionnels, on nous répond sans sourciller que c'est le nombre d'épouses qu'ils possèdent ! Et pourtant, la loi
interdit la polygamie... Les belles brunes aux longues tresses et aux robes bariolées sont des biens précieux. Ceci dit, elles vont désormais à l'école, même à l'université. Le dentiste qui
soigne ma rage de dent à Boukhara est une femme. Impitoyablement, elle perce l'abcès sous ma lèvre spectaculairement enflée, et pour tout soin post-opératoire, elle ramasse un peu de poudre
carmine de permanganate répandue au fond de son tiroir et elle me le donne dans un bout de papier journal !... Fallait-il avoir une santé résistante à toute épreuve ! Le traitement s'avère
efficace et l'abcès guérit rapidement, sans l'ombre d'un antibiotique !
Nous découvrons les vestiges féeriques d'une culture jadis florissante, l'observatoire de Tamerlan, les mosquées imposantes aux coupoles et murs recouverts de céramiques multicolores
où la représentation de l'homme est bannie : restent les motifs floraux et géométriques dans une harmonie époustouflante. Nous visitons une école coranique à l'intérieur de la mosquée : enfants
et adolescents sagement agenouillés devant leur Coran à déchiffrer inlassablement.
Souvenir romantique : à mon grand étonnement, et malgré ma rage de dent à peine soignée, le fils du président de l'université, un de nos accompagnateurs, m'invite à me présenter sa
soeur, geste sans doute propre à gagner ma confiance... Je suis reçue avec une extrême gentillesse dans une chambrée de filles qui me déguisent en "ouzbétchka", en costume et petit bonnet
traditionnels multicolores. Le beau jeune homme m'invite à une promenade à la soirée tombante... Ma naïveté légendaire balaye toute méfiance et je pars avec lui, encostumée, ma rage de dent en
voie de guérison spectaculaire, pour déambuler dans la vieille ville aux habitants retirés dans leurs maisonnettes trapues. Il ne trahit pas ma confiance et je garde un
souvenir attendrissant de cette balade autour de l'étang, sous les arbres en fleurs, dans la tiédeur parfumée de la nuit de Boukhara...
la suite suivra...
Derniers Commentaires