Bribes de mémoire 36. Moscou, 1969...

Publié le 15 Mai 2009

   Je tiens un journal, quasiment au jour le jour, avec le charme des impressions sur le vif, dans un style télégraphique, en hongrois assaisonné de phrases en russe  -  couleur locale  -  comme si j'éprouvais déjà la nécessité de fixer le temps. Un cahier pour les dix mois à Moscou (nous l'écrivons même en grande partie à deux voix avec Marie) et un autre pour les six mois de Leningrad. Je les ai maintenant avec moi. Souvent, je les enfouis dans mon "capharnaüm" du deuxième étage, éloignant le danger de m'y plonger avec délice et le remords de perdre mon temps dans ces vagues nostalgiques somme toute stériles. Il suffit que je les ouvre pour retrouver, intacte, la jeune étudiante de 22-23 ans que j'étais alors, les sentiments qui m'agitaient et qui n'ont pas pris une ride avec la fraîcheur de leur impitoyable et candide sincérité.
    Malgré ce document précis, ce n'est pas la peine de me lancer dans une tentative de restitution chronologique. Je préfère les flashs qui éclairent capricieusement telle ou telle image figée par la mémoire. Des impressions qui remontent à la surface.
   Nous sommes une quinzaine d'étudiants hongrois, majoritairement des filles pour deux garçons (ils sont toujours peu nombreux en fac de lettres). L'habit de frères anges gardiens est tros gros pour eux, personne n'a envie qu'ils l'endossent. Le vieux bâtiment où nous sommes logés est à deux pas du métro. A l'entrée, un cerbère veille à ce que tous les passages soient filtrés. Nous devons présenter nos cartes d'étudiants avec photo, même au bout d'un an, alors qu'il nous voit passer plusieurs fois par jour. Même les mains glacées sur les provisions par moins 30° dehors : le règlement est sacré ! Les visiteurs éventuels doivent déposer leurs cartes ou papiers d'identité et le N° de la chambre où ils se rendent afin qu'il puisse les rappeler à l'ordre d'évacuer les lieux avant minuit dernier délai.
   La décoration de la chambre nous semble tellement rustique que nous l'agrémentons immédiatement des rideaux et d'un tapis pour la rendre plus douillette. Une fois par semaine, deux fils se tendent à travers l'espace pour sécher notre petite lessive, à tour de rôles, et les visiteurs de notre Natacha, grande allumeuse devant l'éternel, doivent jongler pour traverser ce labyrinthe. Au-dessus de mon lit en fer, des posters de Jimmy Hendricks et des reproductions des icônes de Roubliov, en bonne entente, ne dérangent qu'une prof de la fac, venue nous rendre visite. Je refuse de les décoller.
 

la suite suivra... 

Rédigé par Flora

Publié dans #mémoires

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agnes 19/05/2009 17:17

Óóóó! nagyon jó ez a kép! :)
Szegeden bezzeg mögötted volt a Jimmy Henricks poszter!

Flora 19/05/2009 19:17


Itt is ott van, csak kicsùszott a képböl! Mint irtam a szövegben, egy tanárnö jött hozzánk látogatóba az Insztyitutból és le akarta velem mindet szedetni, különbözö okokból. Nem adtam be a derekam!
Ez is egyfajta ellenállás volt a brezsnyevi szürke érában...
Kedves Âgi, nagyon örülök a látogatásnak! Gyere még!


La Merlinette 18/05/2009 23:03

belle fille et ravageuse des coeurs ...
là sur la photo ,je ne vois pas Jimmy Hendricks!
mais bien un poster pieux!

Flora 19/05/2009 09:11


Jimmy est sorti du cadre mais il y était bel et bien... Et je dois dire que c'était plus pour la beauté  de l'image (et un peu de provoc'...) que pour le contenu pieux ou autre que je les ai
choisis.
Ravageuse, ravageuse... D'autres ont eu beaucoup plus d'audace! Comme j'ai dit dans un chapitre précédent, c'était plutôt du flirt, du jeu de la séduction, de l'apprentissage de ce pouvoir-là... De
l'initiation, quoi... 


Thérèse 16/05/2009 18:14

toute la fraîcheur de nos 20 ans...........

Flora 18/05/2009 09:57


En effet! Etait-ce la même personne? Amicalement.


José+Le+Moigne 15/05/2009 18:18

Je partage l'avis précédent. C'est toujours avec plaisir que je retrouve tes "bribes de mémoire". que de chemins n'est-ce-pas parcourus! J'ai pensé à Gilbert samedi dernier devant le grand écran du jardin public de Guingamp. Il aurait aimé cette atmosphère de fraternité et de joie partagée que seul le sport procure.
Amitiés
José

Flora 15/05/2009 23:33


Merci José. Je ne cesse de penser, moi aussi, à ce long parcours si varié (j'en ai pour un moment pour mes "Bribes"...)
Au fait, félicitations aux heureux supporters de Guingamp!


gegout 15/05/2009 17:07

¨ô que vous êtes belle sur cette photo de sage Madone étudiante !!

Flora 15/05/2009 23:30


Merci, cher Maître. C'était un très bon photographe russe...