Bribes de mémoire 30. "L'élite du pays"...

Publié le 4 Avril 2009

   Le professeur Lorant du Perroquet de Budapest dit à un endroit : "Le populaire me faisait peur alors, et, je le crains, encore aujourd'hui. " Sa sincérité est louable tout au long du récit. Un pacte à la manière de Rousseau dans ses Confessions : "un homme dans toute la vérité de la nature", sans rien dissimuler.

 

  En ce qui me concerne, le populaire ne m'a jamais fait peur, je le connais de l'intérieur et je sais pertinemment qu'il est beaucoup plus complexe qu'un regard hautain, craintif ou condescendant puisse laisser supposer.

 

   Je suis étudiante à la faculté de lettres à Szeged quand une vive discussion  m'oppose à une camarade. Issue des milieux anciennement petits-bourgeois  -  mais logés désormais à la même enseigne  -  elle s'inquiète des "quotas" appliqués aux étudiants venus des milieux populaires. "Qu'en sera-t-il de l'élite du pays?" s'écrie-t-elle. Ce cri du coeur me pique à vif. Outre que je ne me sens pas une privilégiée du nouveau régime (j'ai passé le concours d'entrée et obtenu le maximum de points sans aucun "coup de pouce"), je trouve injuste de s'approprier ainsi l'héritage des "élites" comme si elles ne pouvaient être composées que de ceux qui en descendaient en droite ligne, voulant continuer ainsi à fermer la porte devant les enfants de ceux qui en avaient déjà été exclus depuis des siècles... Dans ma révolte, le regard bleu de mon grand-père refoulé du paradis de l'école, l'éternelle frustration de ma mère pour ses rêves d'institutrice interrompus par la guerre, mes parents qui avaient bien "une bonne tête" mais il ne suffisait pas d'être repéré par l'instituteur : tout le cortège de mes ancêtres m'ayant portée la première à l'université me suggère, bien plus efficacement que n'importe quelle propagande officielle que "le savoir est un pouvoir". Il faut connaître pour comprendre l'immense charge des siècles de résignation qui soudain se déchire pour entrevoir les portes du savoir! Si nos gènes transportent des informations séculaires, les miens sont particulièrement insistants pour me rappeler le devoir et la richesse de la fidélité.

La suite suivra...  
  

Rédigé par Flora

Publié dans #mémoires

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La Merlinette 05/04/2009 22:24

mon père aussi s'était souvent désolé ,malgré "sa bonne tiète" d'être resté au
niveau du certificat d'étude...parce que son
destin de fils d'ouvrier était d'aller travailler en usine dès 14 ans...

Flora 06/04/2009 11:22


On pourrait citer tellement d'exemples autour de nous de ces gâchis! Maintenant que les études sont possibles et même obligatoires, beaucoup n'en profitent pas. Peut-être faut-il être privé des
choses pour les apprécier vraiment?...


José Le moigne 05/04/2009 01:09

Pas de commentaire. je connais cela.
Bonne nuit
José

Flora 05/04/2009 20:35


Je suis contente que tu me comprennes... Bonne soirée! R.