Sándor Petöfi (1823-1849) * Fin de septembre

Publié le 27 Mars 2009


  Le nom de Sándor Petöfi est sans doute le symbole du poète pour tous les Hongrois : il n'y en a pas un seul qui ne connaîtrait plusieurs de ses titres, qui ne serait en mesure de réciter de ses vers. Il n'y a pas une localité dont une rue, une place ne porterait son nom. Pendant sa courte vie, il a écrit d'innombrables poèmes, à une période où la langue hongroise était menacée de disparaître sous la pression hégémonique des Habsbourg, survivant parmi le peuple où Petöfi puisait souvent son inspiration.

  Il participe activement à la révolte et à la guerre d'indépendence qui s'en suit contre l'empire habsbourgeois et il disparaît sur un champ de bataille : de l'âme flamboyante de la guerre patriotique il devient le symbole du martyre de tout un peuple, à 26 ans...

  Le poème qui suit a été écrit en 1847. Petöfi vient de se marier avec Jùlia Szendrey. La magnifique fougue amoureuse se teinte de mélancolie, inspirée par le paysage d'automne et prend une force particulière pour le lecteur qui sait : son testament se rélisera moins de deux ans plus tard. Jùlia, jeune veuve avec un enfant, se remariera quelque temps après, poussée par la nécessité matérielle. Les adorateurs de Petöfi ne le lui pardonneront jamais...

   Parfois, par des nuits d'insomnie, je me récite ces vers qui me bercent délicieusement et tristement dans les bras de la nostalgie de la langue maternelle...

Szeptember végén                                 Fin septembre

Még nyilnak a völgyben a kerti virágok,               Le val est riche encor des fleurs de ses jardins,
Még zöldel a nyárfa az ablak elött,                         Et vert le peuplier dans la fenêtre ouverte.
De látod amottan a téli világot?                               Mais le monde d'hiver, l'aperçois-tu qui vient?
Már hó takará el a bérci tetöt.                                    La neige sur la cime au loin donne l'alerte.
Még ifjù szivemben a lángsugarù nyár                  Encor l'été brûlant brûle mon jeune coeur,
S még benne virit az egész kikelet,                           Mais si la sève en lui monte et le renouvelle,
De ime sötét hajam öszbe vegyül már,                    Déjà des fils d'argent dans mes cheveux révèlent
A tél dere már megüté fejemet.                                   Que les froids de l'hiver vont montrer leur vigueur.

Elhull a virág, eliramlik az élet...                               Car s'effeuillent les fleurs et s'enfuit notre vie...
Ülj, hitvesem, ülj az ölembe ide!                                 Viens donc, ô mon aimée, te blottir sur mon sein.
Ki most fejedet kebelemre tevéd le,                             Toi qui tout contre moi mets ta tête chérie
Holnap nem omolsz-e sirom fölibe?                          N'iras-tu te pencher sur ma tombe demain? 
Oh, mondd : ha elöbb halok el, tetemimre                Si je meurs le premier, de ces deux que nous sommes,
Könnyezve boritasz-e szemfödelet?                           Mettras-tu, dans les pleurs, un linceul sur mon corps?
S rábirhat-e majdan egy ifjù szerelme,                       Si un autre t'aimait, se pourrait-il alors
Hogy elhagyod érte az én nevemet?                           Que tu quittes mon nom pour le nom de cet homme?

Ha eldobod egykor az özvegyi fátyolt,                        Si ce voile de veuve un jour tu le jetais, 
Fejfámra sötét lobogóul akaszd,                                  Comme un drapeau de deuil laisse-le sur ma tombe.
En feljövök érte a siri világbol                                      Je viendrai le chercher, du noir où tout se tait,
Az éj közepén, s oda leviszem azt,                             Au cours de cette nuit où notre amour succombe,
Letörleni véle könnyüimet érted                                  Pour essuyer les pleurs versés sur notre amour,
Ki könnyeden elfeledéd hivedet,                                  Sur toi facilement oublieuse et parjure,
S e sziv sebeit bekötözni, ki téged                                Pour panser de mon coeur l'horrible déchirure  - 
Még akkor is, ott is, örökre szeret!                               T'aimant même là-bas, même alors et toujours.
                                                                traduction : Eugène Guillevic

Rédigé par Flora

Publié dans #traductions

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La Merlinette 28/03/2009 14:50

je ne connais pas le hongrois ,mais je pense que la traduction est bien rythmée...

ce texte en plus est prémonitoire

Flora 29/03/2009 09:27


Je ne veux pas sortir à chaque fois ma vieille rengaine mais certaines solutions m'écorchent l'oreille... Par contre, la dernière ligne est très réussie!
"Elhull a virág, eliramlik az élet..." certains le considèrent comme le plus beau vers de la poésie hongroise (pourtant si immensément riche! D'après le prix Nobel Albert Szentgyörgyi,
découvreur de la vitamine C "la Hongrie est une grande puissance dans 3 domaines : la musique, les mathématiques et la poésie")
Merci de ta fidélité, ma chère Magicienne...