Bribes de mémoire 24. Gènes et parachutes dorés

Publié le 23 Janvier 2009

   
   Je sens que le chapitre précédent demande quelques approfondissements. Le dernier paragraphe, en particulier, suggère que j'ai reçu en bagage une bulle protectrice, en quelque sorte, contre tous les malheurs du monde. Que j'en aurais été jusqu'ici épargnée. Je suis la seule et la mieux placée pour savoir qu'il n'en est rien et ce, depuis les commencements...
   Je vais plutôt vous parler de mes "parachutes dorés"... Les neuroscientifiques découvrent avec de plus en plus de précisions que l'héritage génétique joue pour 50% dans la formation de notre tempérament, pour 10% ce sont des facteurs externes et les 40% restant dépendrait de notre façon d'agir pour augmenter ce "capital bonheur". Retenons les deux principaux neuromédiateurs qui assurent la transmission entre les neurones : la dopamine comme stimulateur et la sérotonine comme antidépresseur naturel. Or, le transport de ces dernières est assuré par des protéines dont la longueur est façonnée par les gènes : cela voudrait dire que si nous sommes de "gros transporteurs" par nos gènes, nous serons mieux armés pour supporter les malheurs (et non pas en être épargnés). Cependant, notre cerveau ne se contente pas de gérer cet héritage génétique, il continue à se façonner sous l'influence des événements de notre existence qui dépendent, en partie, de notre environnement mais aussi de nos choix.
    Après cette digression un peu savante que j'ai empruntée essentiellement à Boris Cyrulnik, je reviens à ce que je nommais initiation à l'émerveillement au monde. J'en ai pris conscience surtout depuis ces incursions dans le passé vers mes fantômes et je pourrais multiplier les souvenirs de cette transmission-là. Je revois mon père lorsqu'il ramène les premières pastèques de l'été : il descend de sa bicyclette et fier, avec le sourire d'une promesse d'enchantement, il ouvre son sac et en extirpe l'énorme globe vert foncé qui sonne "mûr" lorsqu'on y frappe avec le médiane recourbé comme à la porte du bonheur. Il faut ce sourire plein d'augures de mystère à dévoiler : regardez ce que je vous apporte et goûtez-moi ça ! Vous allez voir ce que vous allez voir ! Et c'est ainsi avec la cervelle du poulet du dimanche lorsqu'il coupe en deux le crâne qui a mijoté dans la soupe dorée : moitié pour mon frère, moitié pour moi, et ainsi introduit, le rituel nous donne effectivement la sensation de devenir plus intelligents... et de goûter une des choses les plus rares et les plus succulentes du monde...

la suite suivra...
   

  

Rédigé par Flora

Publié dans #mémoires

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La Merlinette 25/01/2009 11:49

je suis intervenue en Hôpital Psychiâtrique pour
faire du théâtre ,ce jour là j'ai mangé dans leur "cantine" (en 1984),ils nous ont ont servi de la cervelle de mouton (véridique) ,un epileptique ,pas loin a fait une crise au moment
du repas :ce souvenir m'a-til dopaminé ou sérotoniné?,je me demanderai toujours ce qu'a pu
pensé ce malade en voyant une cervelle dans son assiette?

Flora 25/01/2009 17:49


J'adore la cervelle du mouton à la vinaigrette! (au risque de choquer les âmes sensibles...)
Mon père nous disait que manger la cervelle du poulet aiguisait l'intelligence  -  sans doute ne croyait-il pas au fondement scientifique de la chose, c'était plutôt un subterfuge pour
nous donner envie... Pour la même raison, les "testicules" du coq allait à mon frère, invariablement...


Caméléon des Neiges 24/01/2009 20:27

Bonsoir Flora,
Le cerveau est, finalement, comme l'espace ou la matière; au plus loin la science creuse, au plus loin semble se trouver l'explication finale ... si elle existe.
Amitiés,
Patrick

Flora 25/01/2009 17:37


Vous voyez, Patrick, pourquoi les sciences me passionnent : elles tentent de chasser l'obscurité, d'avancer, au risque de se tromper mais au moins, elles ne se contentent pas de "vérités
révélées et indiscutables"... Peu importe "l'explication finale", l'essentiel c'est d'avancer, de s'interroger... 


alaingegout 23/01/2009 21:02

Bribes et mémoire, lambeaux et souvenirs sont ce soir orientés vers ma chienne Rasta qui doucement nous quitte, après 14 ans de partages.; Bien à vous
Alain

Flora 24/01/2009 02:07


Je ne connais pas cet attachement mais je ne doute pas qu'il puisse être très fort...
Bonne nuit, Maître...