Questionnement sur l'épicurisme

Publié le 13 Novembre 2008

  
  Epicure
a fondé, en 306 av. J-C, le Jardin, petite communauté près d'Athènes où il accueillait hommes, femmes, libres et esclaves, pour dispenser ses idées, sous forme de conversations. Hélas, de ses 300 textes, il nous reste quelques Maximes et trois Lettres.
    Lorsque je l'ai découvert, c'était comme une révélation : j'étais donc née son adepte, je le pratiquais, j'y aspirais sans le savoir! Quand Gilbert  -  à l'opposé de mon inertie apparente  - me reprochait mon "manque d'ambition" et de combativité dans certaines situations, je répliquais avec un tranquille "à quoi bon de se taper la tête contre mur si cela ne fait pas avancer les choses", ce qui avait l'art de l'exaspérer.
 
Lui, boulimique de travail comme si ses jours avaient été comptés  -  et de fait, ils l'étaient  -   ne s'arrêtait guère pour jouir du résultat obtenu, il visait déjà plus loin, plus haut. Défis éternels, dépassement de soi.
    Epicure, l'hédoniste ascète, prône la maîtrise en tout : en nos désirs, éliminant ce qui peut bouleverser l'équilibre serein et en plaisirs terrestres de toutes sortes (on lui a collé, par pure calomnie jalouse, les accusations d'excès en tous genres). Face aux moralisateurs austères, il remplace le bien et le mal par le bon et le mauvais , en plaçant l'individu au centre de son intérêt et en éliminant les dieux en même temps que la crainte de la mort. " La mort n'est rien pour nous, puisque lorsque nous sommes, la mort n'est pas là et lorsque la mort est là, nous ne sommes plus."  Cela ouvre des perspectives inouïes ! Il veut avant tout positiver, comme nous dirions aujourd'hui. "Il n'y a rien d'effrayant dans la vie pour celui qui a compris qu'il n'y a rien de terrible à ne pas être " et cela me renvoie de façon évidente et lumineuse à ce que j'ai noté sur la première page de mon blog, pour l'anniversaire de la mort de Gilbert, en juillet dernier, maladroitement, certes, mais dans l'esprit du grand Epicure, sans le savoir.
    Est-il actuel de nos jours? Dans un monde aux valeurs déliquescentes, où l'homme a la cruelle impression d'être abandonné par la politique, les dieux et les philosophes, Epicure l'invite à construire son monde intérieur, y trouver le bonheur et la sérénité dans un univers maîtrisé.
    Rarement on a vu autant de livres, de conférences prétendre nous offrir la recette de ce bonheur et de cette sérénité. C'est que nous devons en manquer cruellement!...
 
    

Rédigé par Flora

Publié dans #réflexions

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Caméléon des Neiges 15/11/2008 21:18

Bonsoir à tous,
J'ai, involontairement, illustré les propos de José concernant les lignes maladroites :o)
Ma dernière ligne devait être:
L'idée de jouir d'être et l'acceptation du non-être ultérieur ne sont pas des choses évidentes.
Amitié à tous,
Patrick

Flora 16/11/2008 00:33


Ne vous inquiétez pas, Patrick, je l'ai compris ainsi. Vous avez raison, si l'on se contente de jouir d'être sans atteindre une certaine sérénité, on a sûrement du mal à abandonner cette
"simple" jouissance. Mais si l'on parvient à approfondir un certain regard "global" sur l'existence et sur notre place dans l'univers, cela devient plus simple... (je ne suis ni bouddhiste, ni
mystique ni autre chose, j'essaie de me retrouver seulement...)


Caméléon des Neiges 15/11/2008 08:05

Bonjour à vous,
Un article rafraîchissant. Je crois que si on essaye de parler d'épicurismes autour de soi, aujourd'hui, les sujets s'orienteront immédiatement sur: bonne bouffe, thalasso, loisirs débridés, recherche de sensations, sexe à tout vent.
On sera bien loin d'un équilibre harmonieux.
L'idée de jouir d'être et de ne pas se de ne plus être n'est pas évidente.
Bien à vous,
patrick

Flora 15/11/2008 09:49



Bonjour, Patrick, merci de votre visite et de votre commentaire! C'est aussi à cause de toutes les fausses idées qui déforment l'essentiel de l'épicurisme que j'ai tenté ces quelques
mots, mais il faudra sans doute y revenir encore! Epicure était malingre et souffrant (de calculs rénaux), s'alimentant comme un ascète et dans tous les domaines, il prônait la mesure
 et les plaisirs plutôt qualitatifs. Mais oser se libérer de l'emprise des dieux, donc de la peur de la mort, quelle audace insupportable même de nos jours! Il faudra
approfondir l'explication de sa démarche, je le sens...
Bon week end à vous dans la fraîcheur belge voisine: Flora



José Le Moigne 14/11/2008 02:02

recommantaire: C'est frustrant de remplacer une bonne conversation par quelques lignes maladroites!
José

José Le Moigne 14/11/2008 02:01

Moi le non-être m'effraie. Toute ma nature celte, mes sources africaines et sans doute hindouistes le repoussent. Et pourtant j'y aspire. Je crois ce paradoxe constitutif de la vie.
Bonne nuit à toi
José

Flora 14/11/2008 10:33


Heureusement, nous ne sommes pas tous semblables! Ma mémoire archaïque doit avoir des traces chamaniques sinon encore plus "démocritiennes"... et je ne veux surtout convertir personne à ma
"vérité", elle vaut ce qu'elle vaut pour moi... Et avec grand plaisir, une bonne conversation!
Bonjour, les Noctambules!


La Merlinette 13/11/2008 21:39

c'est là que je m'aperçois que je n'épicure pas vraiment , cette philosophie et manière
d'être est attirante mais il faut être fabriqué
construit pas notre ADN pour!
moralité:changez d'ADN!

Flora 14/11/2008 01:45


Et inversement : on peut essayer de changer, mais difficile de ne pas en être... Evidemment, ces quelques lignes ne font qu'effleurer très superficiellement cette philosophie assez cohérente et
bien plus nuancée qu'on ne peut l'exprimer en 3 mots...