Jeudi 2 octobre 2008

  
   Ma mère vient de repartir après quinze jours passés avec moi en France. Nous ne nous sommes pas vues depuis quatre mois, depuis ma dernière visite en Hongrie; visites qui constituent toujours et d'année en année davantage, de douloureuses et nostalgiques confrontations avec le passé, avec l'enfant que j'étais, chargée d'attentes pleines de mystères joyeux de l'avenir... Signe de vieillissement? Ruptures et rappels permanents vers une enfance qui s'enfuit, vers le temps qui s'enfuit.
   Elle a eu quatre-vingts ans le jour de son arrivée, baptême de l'air qu'elle avait toujours refusé jusqu'ici. Je mesure, à chacune de nos rencontres, à quel point la place de la mère peut être monstrueusement grande, abusivement importante (que faisons-nous de ce redoutable privilège?), tissée de fusion et de rejet, nécessité de survie et arrachement culpabilisant. Je n'ai pas ce noeud douloureux dans la gorge pour évoquer mon père ou les autres membres de ma famille mais je sens que c'est trop tôt, trop peu pacifié en moi pour "m'attaquer" à un sujet aussi envahissant, sans pouvoir comprendre encore à ce jour et malgré la distance que j'ai maintenue sans doute instinctivement entre nous - question de survie - toute la complexité de nos histoires, la sienne et la mienne aussi...
   Les histoires des relations parents - enfants découlent toujours des histoires personnelles des générations précédentes, des failles et des ratages coupables ou involontaires, des souffrances endurées et non exorcisées, surmontées et vaincues, des capacités de les conjurer, à condition de pouvoir en prendre conscience. (C'est le sujet du magnifique roman de Nancy Huston : Lignes de faille.) C'est une des raisons pour laquelle j'ai envie de connaître, autant que possible, l'histoire de mes parents et grands-parents, pour mieux les comprendre, pour mieux comprendre aussi ma propre trajectoire. Et lorsqu'on devient parent à son tour, se pose la question cruciale : comment aimer bien, avec une juste mesure, sans emprisonner son enfant dans le filet d'un amour absolu et tellement généreux qu'il ne peut s'en écarter sans mourir d'une culpabilité d'égale dimension?... 

la suite suivra... 

Par Flora - Publié dans : réflexions
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