Jeudi 2 octobre 2008 4 02 /10 /2008 19:28

  
   Ma mère vient de repartir après quinze jours passés avec moi en France. Nous ne nous sommes pas vues depuis quatre mois, depuis ma dernière visite en Hongrie; visites qui constituent toujours et d'année en année davantage, de douloureuses et nostalgiques confrontations avec le passé, avec l'enfant que j'étais, chargée d'attentes pleines de mystères joyeux de l'avenir... Signe de vieillissement? Ruptures et rappels permanents vers une enfance qui s'enfuit, vers le temps qui s'enfuit.
   Elle a eu quatre-vingts ans le jour de son arrivée, baptême de l'air qu'elle avait toujours refusé jusqu'ici. Je mesure, à chacune de nos rencontres, à quel point la place de la mère peut être monstrueusement grande, abusivement importante (que faisons-nous de ce redoutable privilège?), tissée de fusion et de rejet, nécessité de survie et arrachement culpabilisant. Je n'ai pas ce noeud douloureux dans la gorge pour évoquer mon père ou les autres membres de ma famille mais je sens que c'est trop tôt, trop peu pacifié en moi pour "m'attaquer" à un sujet aussi envahissant, sans pouvoir comprendre encore à ce jour et malgré la distance que j'ai maintenue sans doute instinctivement entre nous - question de survie - toute la complexité de nos histoires, la sienne et la mienne aussi...
   Les histoires des relations parents - enfants découlent toujours des histoires personnelles des générations précédentes, des failles et des ratages coupables ou involontaires, des souffrances endurées et non exorcisées, surmontées et vaincues, des capacités de les conjurer, à condition de pouvoir en prendre conscience. (C'est le sujet du magnifique roman de Nancy Huston : Lignes de faille.) C'est une des raisons pour laquelle j'ai envie de connaître, autant que possible, l'histoire de mes parents et grands-parents, pour mieux les comprendre, pour mieux comprendre aussi ma propre trajectoire. Et lorsqu'on devient parent à son tour, se pose la question cruciale : comment aimer bien, avec une juste mesure, sans emprisonner son enfant dans le filet d'un amour absolu et tellement généreux qu'il ne peut s'en écarter sans mourir d'une culpabilité d'égale dimension?... 

la suite suivra... 

Par Flora - Publié dans : réflexions
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Commentaires

Que serions-nous sans notre mère, vivante ou non? Je me suis rendu compte cette semaine à quel point la notion d'ombilic était importante dans ce que j'écris. C'est trop compliqué pour l'expliquer ici, mais j'espère que nous aurons très vite l'occasion d'en parler. Bienvenue pour ton retour.
Commentaire n°1 posté par christine Le Moigne le 03/10/2008 à 01h23
Quand on devient mère à son tour, on se pose la question de sa super-puissance et sur les dégâts qu'elle peut éventuellement entraîner... Elle inspire, au moins, certains artistes si elle ne les castre pas... Merci de ta visite!
Commentaire n°2 posté par flora le 03/10/2008 à 10h02
eh bien donc te revoilà en écriture ,tu as la chance d'exprimer en mots les péripéties des amours maternels ,je ne crois pas encore en être capable:trop de souvenirs féroces et douloureux à remonter à la surface des neurones sans émotivité
Commentaire n°3 posté par La Merlinette le 03/10/2008 à 14h51
Contente de te retrouver aussi après 15 jours de "vacances" très agréables aussi!
C'est vrai que l'écriture est un vrai plaisir et un vrai soulagement pour canaliser nos émotions en essayant de les comprendre...
Réponse de Flora le 03/10/2008 à 15h21
Bonsoir Rozsa, impossible de ne pas réagir à cet extrait si plein de courage et d'amour. Oui!!De l'amour et pas n'importe lequel, de l'amour premier, de l'amour maternel, celui qui coule de source et la source comme son nom l'indique, on ne sait pas toujours d'où elle vient, où elle va. Elle est souterraine, chariant toute sorte de racines, d'herbe, de cailloux, elle coule parmi la terre froide et noire avant de rejaillir au grand jour, toujours fraîche, toujours limpide, en plein désert ou au milieu d'un terrain vague.L'enfance est une source et elle se jette dans la mer... Je t'embrasse à bientôt.
Commentaire n°4 posté par MU le 03/10/2008 à 23h44
Merci de ta visite, Muriel, à quand ton retour dans la "blogosphère"?
En tout cas, cette tentative de mettre des mots sur la confusion des émotions m'a un peu soulagée...
A bientôt!
Réponse de Flora le 04/10/2008 à 00h29
Il n'y a pas de superpuissance de l'amour maternel. Il n'y a qu'amour total.La suite est du domaine de l'adulte. A lui de faire le tri.
Commentaire n°5 posté par José Le Moigne le 04/10/2008 à 18h22
Il faut pouvoir le faire... Cet amour absolu peut porter, envelopper, étouffer, culpabiliser, sublimer, comment faire pour couper ton fameux cordon ombilical; certains n'y arriveront jamais, d'autres oui mais au prix d'une culpabilité à traîner.... 
Réponse de Flora le 04/10/2008 à 19h41
Mes rapports avec ma mère ont toujours été très pudiques, sans confessions intimes, sans confidences. On ne s'embrassait jamais, sauf lorsqu'il fallait se quitter pour quelques jours. Je sais que tout cela m'a été préjudiciable ; j'ai eu des difficultés à manifester mes sentiments ; je n'ose pas être moi-même et m'exprimer ouvertement en présence de ma mère et d'autres membres de la famille. Et encore maintenant, je me dis que, de ses trois enfants, je suis sans doute celui qu'elle estime le moins, bien que je sois la plus attentionnée et la plus présente à ses côtés. Pourtant, je me rapproche d'elle, avec la peur au ventre de voir le temps inexorable me l'enlever dans un futur plus ou moins proche. Cela a commencé à la mort de mon père il y a vingt ans. Et maintenant qu'elle est âgée et vulnérable, maintenant qu'elle est devenue une "petite vieille" toute ratatinée et fragile, je mesure à quel point une mère est importante, à quel point je me sentirai seule le jour où... J'apprécie chaque jour empreint de sa présence, sa voix dans le téléphone, je mesure le bonheur de pouvoir encore, simplement, l'appeler ou voir son nom s'afficher sur mon portable. Une mère est un trésor qui grandit au fur et à mesure que le temps qui passe menace de nous l'enlever.
Commentaire n°6 posté par Ame Chopinienne le 19/10/2008 à 22h38
Dommage que tu n'aies pas voulu faire paraître ton commentaire, chère Âme Chopinienne! J'imagine qu'il aurait suscité beaucoup d'échos dans les gens. Ce qui m'épate c'est que l'amour d'un enfant soit aussi indéfectible, quel que soit la froideur qu'on lui inflige... 
Réponse de Flora le 19/10/2008 à 23h43
C'est vrai que l'amour maternel peut-être destructeur. je dois le reconnaître, même si je persiste dans mon commentaire.
Commentaire n°7 posté par José Le Moigne le 22/07/2009 à 18h11
C'est pour cela que je parle du pouvoir exorbitant que nous avons, nous les mères en particulier!
Réponse de Flora le 23/07/2009 à 00h01

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