Bribes de mémoire 9. Des Noël d'autrefois...

Publié le 27 Août 2008

  
  Plus loin je m'enfonce dans ce retour vers le passé, dans cette séance de spiritisme sans autre accessoire que mon clavier et ce magma en fusion que j'essaie d'explorer au risque de me brûler au passage, plus je ressens ce dont parle Zsigmond Móricz à la fin de son roman autobiographique. Il parle du feu le maintenant en fusion durant les trois mois d'écriture sans répit. Loin de me mesurer à son talent vertigineux, j'ai le sentiment que cette aventure archéologique se nourrit de l'explorateur même. Curieuse sensation que de s'abîmer dans les profondeurs de la mémoire  et de remonter à la surface des vestiges d'émotions éprouvées aux commencements, de les récupérer aussi intactes que possible, telles des amphores grecques prisonnières des fonds de mer qui les protègent. Dans quel état se retrouvera l'archéologue à la fin de la campagne?...
   Noël des débuts du chemin... Je dois avoir 4-5 ans, pas plus. Le sapin est décoré en grand secret par un jeune couple, mes parents. Ils attendent le moment que nous soyons endormis avec mon frère pour s'y atteler, dans la seule pièce chauffée de la maison où se trouvent nos lits d'enfant et le grand lit double des grands-parents. Les jeunes mariés n'ont qu'à se serrer l'un contre l'autre sous l'édredon monumental de la pièce voisine et à gratter le givre à l'intérieur de leur fenêtre pour entrevoir le jour se lever  avec eux.
   Ce jour-là, tout d'un coup, je me réveille en sursaut, par la lumière électrique peut-être, et, dans un demi-sommeil, j'aperçois mes parents en train d'accrocher sur un sapin des décorations confectionnées par eux-mêmes : des noix dorées et argentées, des images découpées, des guirlandes artisanales. Pour nous, les enfants, c'est un ange qui doit apporter le sapin le soir du 24 décembre. Je saurai bien plus tard, à la mort de Saint-Nicolas et du monde merveilleusement crédule de ma petite enfance que c'était une voisine, en longue chemise de nuit en satin rose qui se déguisait en ange et que nous regardions avancer, souffle coupé, avec notre petit sapin à la main... Et le soir où je surprends mes parents dans les préparatifs, je referme les yeux aussitôt pour préserver leur secret et pour prolonger l'enchantement pour moi-même... 
   
la suite suivra...  

Rédigé par Flora

Publié dans #mémoires

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La Merlinette 28/08/2008 14:24

ouaiaiais!Noël va bientôt revenir et l'on sait très très bien ,même enfant que ce sont les parents qui font office de Père saint Nicolas
et qui décorent pour l'occasion mais ,faire semblant d'y croire c'est y croire un peu,et
ça rassure!Flora ,quelle plume pour évoquer
ces moments et je comprends l'état bouillon-
nant dans lequel ton écrit te plonge.

Flora 28/08/2008 14:50


Merci, ma chère Magicienne, de ta visite! Ca fait très plaisir de susciter des échos dans le lecteur, c'est comme le son d'une corde qui résonne (et qui raisonne...) encore longtemps après...