Imre Kertész * Discours de Stockholm 4.

Publié le 30 Juillet 2008



"Je relate ce moment intense comme je l'ai vécu; comme si sa source, jaillissant comme une vision, se trouvait à l'extérieur et non à l'intérieur de moi. Chaque artiste connaît des moments semblables. Jadis, on les appelait inspiration inattendue. Cependant, ce que j'ai vécu, je ne classerais pas parmi les sensations de nature artistique. Je l'appellerais plutôt éveil existentiel. Il ne m'a pas offert mon art dont je devais chercher les outils encore longtemps, mais ma vie que j'avais presque perdue. Il parlait de la solitude, de la vie plus dure, de ce que j'évoquais au début : sortir du défilé envoûtant, de l'histoire qui vous prive de votre personnalité et de votre destin.  Je me suis aperçu avec frayeur qu'à peine une décennie après mon retour des camps de concentration, un pied encore dans l'effroyable envoûtement de la terreur stalinienne, il ne m'en restait déjà plus qu'une impression trouble et quelques anecdotes. Comme si c'était arrivé à quelqu'un d'autre, selon l'expression convenue.
    Bien évidemment, ces moments visionnaires ont leurs longues prémices que Sigmund Freud remonterait probablement à l'inhibition d'un événement traumatique. Qui sait, il aurait peut-être raison. Comme je suis moi-même adepte du rationalisme, très éloigné de tout mysticisme ou d'exaltation : si je parle de vision, je dois y entendre une sorte de réalité tout de même qui aurait emprunté la forme du surnaturel;  l'émergence subite, quasi révolutionnaire d'une pensée depuis longtemps en gestation en moi, exprimée par l'antique cri "Eurêka!". " J'ai trouvé!" Mais quoi au juste?
    J'ai dit que le socialisme signifiait pour moi la même chose que la madeleine trempée dans son thé pour Proust, ressuscitant soudain les saveurs du passé. Avant tout pour des raisons de langue, j'ai décidé de rester en Hongrie après l'écrasement de la révolution de 1956. Cette fois-ci, c'est en adulte et non comme enfant que j'ai pu observer le fonctionnement d'une dictature. J'ai vu comment on contraint un peuple à renier ses idéaux, j'ai vu les débuts prudents du compromis, j'ai compris que l'espoir était l'instrument du Malin, que l'impératif catégorique de Kant, l'éthique n'est autre que la servante docile de l'instinct de survie.


la suite suivra...

Rédigé par Flora

Publié dans #traductions

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flora 31/07/2008 11:26

Ca, c'est ton avis, ma grande Guérisseuse, je le respecte mais j'ai le mien, plus empirique...

La Merlinette 31/07/2008 11:16

mais non Flora ,le cerveau n'est pas là où on
croit qu'il est :celui qui fait bouger tous les machins physiques est dans le crâne :un
autre aussi important est le plexus solaire
vrai centre de connections de "l'éthérique"
et d'autres plans de consciences plus subtils!

flora 30/07/2008 22:47

Ce sont effectivement des moments intenses : sans doute des connections spécifiques dans le cerveau qui est une merveilleuse machine encore mystérieuse...

La Merlinette 30/07/2008 21:26

je ressens bien ce moment puissant d'une sorte
de révélation,cela m'arrive parfois lorsque
après un moment de "crise" ,d'un seul coup,je
sais pourquoi "cela" est arrivé,et que c'est
"dans l'ordre logique " des choses...pfff
ça me donne chaud aux neurones!