Bribes de mémoire * 2. Saisons...

Publié le 21 Juillet 2008

L'enfance... on dit que c'est le réservoir magique dans lequel on puisera toute sa vie, les bonnes choses comme les mauvaises. Pour moi, ce sont des images fugitives, des sensations fortes qui m'imprègnent à jamais et qui conditionnent sans doute la façon de recevoir les sensations futures. C'est un lieu commun d'affirmer que l'enfance devrait être un émerveillement au monde, perpétuel : les écrivains géniaux en font le matériau inépuisable de leur inspiration.  Alors, je me sens humblement impuissante à tenter de ramasser les miettes de ma mémoire pour retrouver le cheminement qui mène à ce que je suis maintenant. Car je suis certaine que chaque instant de notre vie représente un trait minuscule qui complète, qui modifie l'oeuvre, qui s'y ajoute, pour composer le dessin final. Comme le disait mon professeur de dessin quand j'avais dix ans : il ne faut effacer aucun de ces "traits chercheurs", le trait juste se trouve parmi eux et il faut garder la trace du cheminement.
   L'enfance, c'est l'été torride, le tremblement de l'air sous le disque flamboyant du soleil. C'est la sensation de la poussière chaude de la rue sous les pieds nus. C'est le spectacle dantesque des orages d'été, des éclairs transperçant la noirceur épaisse des nuages et le tonnerre qui suit de près : preuve que la foudre n'est pas tombée loin. Des pluies diluviennes qui lavent tout et rafraîchissent comme un seau d'eau et qui ne durent pas. Coup de colère violente et n'en parlons plus.
   C'est aussi l'hiver blanc et glacial, sous un ciel de plomb : à chaque instant, la neige, interminable, peut se mettre à tomber, en flocons duveteux qui fondent sur les cils et sur la langue. On a l'impression  que le jour ne se lève qu'à moitié, juste pour expédier le nécessaire et impatient de se calfeutrer à nouveau.
   Entre les deux? L'irruption violente et subite du printemps, dès la fonte des neiges : explosion de parfums et de douceur dans l'air, d'un jour à l'autre, pas de demi mesure! Les pruniers, les cerisiers qui bordent les rues  se couvrent de fleurs, les sillons noirs des champs se dégourdissent des gels et exhalent l'arôme de la germination. Le soleil réchauffe la face engourdie du monde.
   Quant à l'automne, c'est la transition plus lente où la chaleur s'épuise et se calme en douceur, la poussière brûlante tiédit et le soleil devient de plus en plus opaque : il chauffe en caressant. En hongrois, le dernier éclat de l'été indien s'appelle "l'été des vieilles" : une dernière clémence avant de s'éteindre. 

la suite suivra...

Rédigé par Flora

Publié dans #mémoires

Repost 0
Commenter cet article

flora 25/07/2008 17:25

Merci à vous deux pour vos encouragements!
José, je suis allée faire un tour sur tes pages (comme je fais régulièrement mais tu étais absent un bon moment) et je constate avec plaisir ton retour dans ce beau poème.

José 25/07/2008 02:33

Heureux Rosza de lire ce beau texte en écoutant du blues dans la nuit. Voici un poème en écho. L'enfance, n'est-ce pas ce qui nous reste au bout du quotidien? Je me suis abonné à ton blog.

Ne te joue pas de mes saisons
mourir est acceptable
si on a comme l'arbre
justifié son enfance

José

Ame Chopinienne 21/07/2008 21:33

Ce que c'est beau... Continue !
ps : j'aime beaucoup l'idée des "traits chercheurs"...