Magda Szabó, un début de présentation

Publié le 10 Juillet 2008

Magda Szabó, grande dame de la littérature hongroise contemporaine, vient de s'éteindre en novembre 2007, à l'âge de 90 ans, en douceur, un livre à la main.
Elle est née au nord-est de la Hongrie, à Debrecen, haut lieu du protestantisme en Hongrie. Ce fait est maintes fois souligné par elle-même, jouant un rôle primordial dans la rigueur de son éducation, de sa vie et de son écriture.
Elle commence son parcours comme professeur de lettres classiques. Elle écrit de la poésie puis des romans mais la répression stalinienne des années cinquante la condamne au silence. Elle peut enfin paraître après 1956 : l'étau se desserre...
Sa renommée internationale débute en Allemagne en 1960, pour devenir l'écrivain hongrois le plus traduit (42 langues et des centaines d'éditions).
A la fin des années 70, l'intêret s'assoupit pour ses romans en Allemagne et en France, puis rebondit en 2003 lorsqu'elle obtient le Prix Femina avec son roman : La Porte  (les éditions Viviane Hamy prennent le relais du Seuil des années 70 et continue à sortir ses romans un par un, dans une riche collection d'auteurs hongrois).
Comment résumer cette histoire qui, comme la plupart des romans de Magda Szabó, instaure un suspens sans rebondissements spectaculaires où les méandres de la psychologie des personnages sont plus complexes que les événements qui leur arrivent? La narratrice, écrivain, engage une femme déjà âgée comme gouvernante, aide ménagère. Emerence, paysanne quasi illettrée, échouée dans la grande ville , prend peu à peu une dimension d'héroïne de tragédie antique, avec son intransigeance, sa droiture impitoyable, ses principes difficilement compréhensibles. Sa stature imposante renferme des blessures de la même dimension et qu'elle garde jalousement condamnées à triple tour comme l'intérieur de son logement dont personne ne doit franchir le seuil. De leur relation complexe naît une affection sauvage et pudique pour la femme de lettres  -  occupation jugée puérile au demeurant  -,  Emerence la considérant comme l'enfant qu'elle n'a pas eu. Sa tendresse reste cependant dissimulée sous une carapace rugueuse, construite avec tant d'efforts et que la moindre fissure réduirait en poussière.
Le roman est aussi l'histoire d'une trahison : a-t-on le droit de sauver quelqu'un contre sa volonté, en risquant de le détruire par le sauvetage même?
Voici un extrait de La Porte, paru en Hongrie en 1987 et chez Viviane Hamy en 2003, dans la belle traduction de Chantal Philippe:
...Pour  la première fois, la toute première fois depuis que nous nous connaissions, je vis Emerence sans foulard. Elle sentait bon le propre, la magnifique chevelure blanche de sa mère brillait devant moi, je retrouvais dans les contours de sa tête la parfaite harmonie de cet autre crâne qui n'existait plus depuis bien longtemps. Plus près de la mort que de la vie, Emerence devenait sa mère comme par magie, sans le savoir. Lors de notre première rencontre, tandis qu'au milieu des roses je cherchais quelle fleur elle pourrait être, si on m'avait dit que la vieille femme était un camélia blanc, un laurier blanc ou une jacinthe, cela m'aurait fait rire, mais à présent elle ne pouvait plus faire de mystères, rien ne dissimulait son intelligent front bombé, même usée par l'âge, sa beauté rayonnante s'offrait à nos yeux. Ce qui reposait sur le lit n'était pas son corps nu ou peu vêtu, mais la tenue conséquente, enfin dépouillée de toute apparence trompeuse, d'une grande dame qui était allongée devant nous, pure comme les étoiles. [...]

Rédigé par Flora

Publié dans #traductions

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mich 18/05/2010 00:55


Oui vous avez raison, La porte est une grande oeuvre!
Cependant "Le vieux puits" de Magda Szabo n'est pas mal non plus
http://www.viviane-hamy.fr/fiche-ouvrage.asp?O=234
Qu'en pensez-vous ?

Enfin, en hongrois, c'est Ókút
http://www.pim.hu/object.CDF92E9B-A9BF-4295-BA77-60DC472EAC7D.ivy
Belle lecture - si vous avez envie et le temps


Flora 18/05/2010 08:11



Je ne l'ai pas lu récemment mais comme j'aime beaucoup la grande majorité des textes de Magda Szabó, dès que j'aurai le temps, je m'y mettrai. Je l'ai rapporté l'an dernier de mon voyage en
Hongrie.


Merci de votre visite, Mich.



flora 10/07/2008 15:25

Parmi les nombreux livres de Magda Szabó, je peux sans doute le considérer comme mon préféré. Parfois, on a l'impression que c'est le destin qui avance, inéluctable.
Merci d'avoir signalé ton passage, ça me fait plaisir si le partage est là...

La Merlinette 10/07/2008 12:49

j'ai eu l'occasion de donner lecture de ces textes ,j'ai apprécié les images que les mots
apportent et le style en mouvement.