Dimanche 21 juin 2009 7 21 /06 /2009 20:29



















"La solitude est
une  tempête                                                                                          qui arrache toutes nos branches mortes."   
                                                             (Gibran)                                                        



"Au fond, c'est ça, la solitude : s'envelopper dans le cocon de son âme, se faire chrysalide et attendre
la métamorphose, car elle arrive toujours." 

(August Strindberg)  
















illustrations : R.T.                              

Par Flora - Publié dans : réflexions
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Mercredi 17 juin 2009 3 17 /06 /2009 12:05

   Dezsö Kosztolányi, une des figures éminentes de la littérature hongroise de l'entre-deux-guerres, poète, journaliste, romancier et traducteur est né à Szabadka (Subotice dans l'actuelle Serbie). Il mène une vie boulimique d'écriture dans tous les genres, fin styliste, ami de Thomas Mann, président du Pen Club hongrois. En 1932, la France lui décerne la Légion d'Honneur. Il meurt à Budapest, quatre ans plus tard, d'un cancer, trop tôt, prématurément...
 Son meilleur roman, "Pacsirta" (Alouette), traduit par Adam Péter et Maurice Regnaut, paru en français en 1991 dans la remarquable collection des éditions Viviane Hamy, est écrit en 1923.  Dans la monotonie de la province, pendant la courte absence de leur fille de 36 ans, un vieux couple se rend compte soudain de leur vie gâchée. En voici un extrait:

 
-  Ce qu'elle peut être seule, a chuchoté Akos en regardant fixement devant lui, ce qu'elle peut être seule.
-  Elle revient demain, a dit la femme en affectant l'indifférence. Demain soir elle sera là. Elle ne sera plus seule. Allez, viens, couche-toi.
-  Tu ne comprends pas, a répliqué le vieux avec animosité. Ce n'est pas de ça que je parle.
-  Alors c'est de quoi ?
-  De ce qui me fait mal ici, et il se frappait le coeur. De ce qui est ici. De ça ici. De tout.
-  Viens dormir.
-  Je ne dormirai pas, a dit Akos sur un ton de défi. D'accord ou non, je ne dormirai pas. L'heure est venue et je veux parler.
-  Alors parle.
-  Elle, nous, nous ne l'aimons pas.
-  Qui ça, nous ?
-  Nous.
-  Mais comment peux-tu dire une chose pareille ?
-  C'est comme ça, a crié Akos et de la main, tout comme il avait déjà fait, il a donné un grand coup sur la table. Nous la haïssons. Nous la détestons.
-  Tu es fou ?, a crié la femme, toujours couchée.
   Et pour décontenancer sa femme, pour la scandaliser, Akos a haussé le ton et sa voix s'est cassée, il glapissait.
-  Ce que nous souhaiterions, c'est de ne même plus l'avoir sous les yeux, comme en ce moment. Et nous n'aurions même pas de regret, si la pauvre, à cet instant même, venait à...
   Il n'avait pas prononcé le terrible mot. Mais c'était encore plus terrible ainsi que s'il avait pu le prononcer.
   La femme a sauté du lit, elle s'est dressée devant lui comme pour faire obstacle au scandale. Elle était devenue aussi pâle qu'une morte. Elle  a voulu répondre quelque chose, mais le mot est resté dans sa gorge, elle se demandait, toute hors d'elle qu'elle était, si c'était possible ou non, cette monstruosité que son mari venait de suggérer. Elle le fixait avec stupeur.
   Akos ne disait plus rien.
   Sa femme aurait pourtant aimé qu'il se mette alors à parler. Elle aurait même souhaité qu'il dise tout, absolument tout. Elle sentait que l'heure était venue de cette grande, de cette définitive explication à laquelle elle avait toujours pensé, mais en croyant toujours qu'elle n'aurait peut-être après tout pas lieu, du moins pas avec elle et pas en un pareil moment. Elle s'est assise en face de lui, tremblant de tout son corps, mais bien décidée en même temps, et curieuse aussi, d'une certaine façon, curieuse un peu tout de même. Et quand son mari a repris la parole, elle ne l'a pas interrompu.
   Akos a continué ainsi :
-  Allons quoi, est-ce que ça ne serait pas mieux ? Pour elle aussi, la pauvre. Comme pour nous. Qu'est-ce que tu peux savoir, toi, de tout ce qu'elle a déjà souffert ? Il n'y a que moi qui le sais, il n'y a que mon coeur de père. Et c'est ceci, et c'est cela, on est tout le temps à chuchoter derrière son dos, à dire du mal d'elle, à se payer sa tête. Et nous, maman, ce que nous avons déjà souffert, nous. Une année, une autre, nous attendions, nous espérions, le temps passait. Nous pensions que c'était simplement les aléas de la vie. Nous nous disions que tout finirait par aller mieux. Mais c'était toujours pire et ça le sera toujours. Toujours.
-  Pourquoi ?
-  Pourquoi ? Akos aussi a posé la question, puis d'une voix à peine audible il a répondu : Parce qu'elle est laide.
    

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Mardi 16 juin 2009 2 16 /06 /2009 13:45

   Masculin ? Féminin ?  Je n'ai jamais su choisir. Quand se présente un piège, oasis, azalée, j'opte pour le mutisme. Depuis que je sais qu' amour change de genre au pluriel, je vis chaste, insensible. J'habite Valenciennes. Une chance, tant je redoute les villes sexuées, Le Quesnoy, La Bassée, La Madeleine, Le Cateau...
   Tout cela s'est mis en place avec beaucoup de lenteur. Lorsque ma tante est devenue ma mère, je m'en suis accomodé. Je n'avais pas le choix. A huit ans, il est rare de contrôler sa vie... La vérité, je l'ai découverte très tard. Aux yeux de mes parents, conformistes obstinés, un fils unique constituait une anomalie. Ils se sont acharnés à me donner une soeur, un frère, quelque chose qui me sauverait d'un égoïsme pervers.
   Bien qu'essayées dans l'ordre, de la première page à la dernière, les positions du Kamasutra n'ont pas conduit au nirvana procréateur. Il fallut faire appel à des méthodes moins naturelles. Sperme en paillettes, éprouvettes, pipettes, ma cadette à venir sentait la pharmacie et le laboratoire... Nul ne savait encore qu'elle deviendrait plurielle. Après bien des nausées, souffrances, foetus interrompus, la surprise est venue : une horde de quadruplés allait fondre sur moi.
   Aux pieds de Marie-Madeleine, pécheresse dont le sourire m'inspirait la confiance, j'ai fait brûler des cierges. Toutes mes économies y sont passées. Un jeune fonds d'honnêteté m'empêchant d'expédier des fumées trop gratuites, j'ai acheté un caramel, afin de prélever un supplément d'argent dans un tronc. La sainte n'a su m'offrir qu'une réponse ironique, métamorphose des soeurs en avortons stupides, rapidement éteints au fond de leur couveuse. Ma mère se serait désespérée de ces décès rapides. Elle était morte dans l'accouchement.
   Au traumatisme de mon trop net succès s'est ajoutée une nouvelle vie, à quatre rues de chez moi. Inconsolable deux mois durant, mon père avait trouvé à sa belle-soeur, divorcée de fraîche date, le charme acidulé de son aînée de deux ans. Il pouvait évoquer ses appétits sexuels, son faible goût pour les tâches ménagères. Il présenta notre déménagement comme une chance offerte aux deux enfants. La solitude de Jean-Baptiste, douze ans, fils unique et chétif de Gisèle, s'unirait à la mienne.
   Tout de suite, j'ai détesté l'interdiction qui m'était faite d'employer le mot "tante". Dès que je m'y risquais, je subissais une gifle. Je devait dire "maman" ; je ne pouvais m'habituer à ce titre usurpé. Serrant les dents, je contournais l'obstacle, évitant les occasions de parler à Gisèle, résistant à l'envie de donner du "tonton" au veuf joyeux qui me servait de père. Ce n'était qu'un début. Le pire était à venir et je ne parle pas de ce grand hôpital entouré de marronniers, comme un cimetière, un monument aux morts. [...]

début de la nouvelle "Sexuellement correct" publiée dans le recueil Choisir  éditions Page à Page  1999

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Lundi 15 juin 2009 1 15 /06 /2009 09:31

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Samedi 13 juin 2009 6 13 /06 /2009 20:17

  Notre premier grand voyage vraiment dépaysant nous mène en Asie Centrale, en Ouzbékistan. Nous décollons de Moscou, encore enneigé, un peu avant minuit, pour atterrir dans le printemps ouzbek à Samarkand. N'ayant jamais quitté la Hongrie auparavant, je savoure le dépaysement total !
   Nous sommes logés dans des foyers d'étudiants, désertés pendant les vacances scolaires. Les 2-3 garçons de notre groupe assurent héroïquement le rôle de gardes du corps auprès de la quinzaine de filles : nos hôtes nous mettent en garde contre les velléités de promenades après le coucher du soleil, même accompagnées ! Il est vrai que le vernis du régime communiste qui prône l'égalité de la femme est assez mince dans ce pays à l'écrasante majorité musulmane qui pratique ouvertement certaines coutumes ancestrales. Ainsi, lorsque nous demandons la signification des 3-4 foulards noués autour de la taille des petits vieux barbus, aux costumes traditionnels, on nous répond sans sourciller que c'est le nombre d'épouses qu'ils possèdent ! Et pourtant, la loi interdit la polygamie... Les belles brunes aux longues tresses et aux robes bariolées sont des biens précieux. Ceci dit, elles vont désormais à l'école, même à l'université. Le dentiste qui soigne ma rage de dent à Boukhara est une femme. Impitoyablement, elle perce l'abcès sous ma lèvre spectaculairement enflée, et pour tout soin post-opératoire, elle ramasse un peu de poudre carmine de permanganate répandue au fond de son tiroir et elle me le donne dans un bout de papier journal !... Fallait-il avoir une santé résistante à toute épreuve ! Le traitement s'avère efficace et l'abcès guérit rapidement, sans l'ombre d'un antibiotique !
   Nous découvrons les vestiges féeriques d'une culture jadis florissante, l'observatoire de Tamerlan, les mosquées imposantes aux coupoles et murs recouverts de céramiques multicolores où la représentation de l'homme est bannie : restent les motifs floraux et géométriques dans une harmonie époustouflante. Nous visitons une école coranique à l'intérieur de la mosquée : enfants et adolescents sagement agenouillés devant leur Coran à déchiffrer inlassablement.
   Souvenir romantique : à mon grand étonnement, et malgré ma rage de dent à peine soignée, le fils du président de l'université, un de nos accompagnateurs, m'invite à me présenter sa soeur, geste sans doute propre à gagner ma confiance... Je suis reçue avec une extrême gentillesse dans une chambrée de filles qui me déguisent en "ouzbétchka", en costume et petit bonnet traditionnels multicolores. Le beau jeune homme m'invite à une promenade à la soirée tombante... Ma naïveté légendaire balaye toute méfiance et je pars avec lui, encostumée, ma rage de dent en voie de guérison spectaculaire, pour déambuler dans la vieille ville aux habitants retirés dans leurs maisonnettes trapues. Il ne trahit pas ma confiance et je garde un souvenir attendrissant de cette balade autour de l'étang, sous les arbres en fleurs, dans la tiédeur parfumée de la nuit de Boukhara...
la suite suivra...  

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Mardi 9 juin 2009 2 09 /06 /2009 10:56

   Cela faisait un bon moment que j'avais envie de tirer au clair mes sentiments envers la pratique des blogs. Phénomène planétaire, invention géniale, interactivité, créativité aux possibilités quasi illimitées  -  et beaucoup de déchets aussi concernant le niveau du langage, l'importance du sujet et l'illustration du propos. Mais c'est bien cette liberté sans bornes, sous le voile de l'anonymat ou à visage découvert, qui donne la légitimité non censurée d'être mauvais ou génial, dilettante ou professionnel, intimiste émouvant ou détaché froid. C'est une véritable explosion de l'expression individuelle, privée jusque là de la place publique ! Il faut donc accepter l'ivraie parmi les bons grains et trier vous-mêmes...
   Il y a quelques jours, j'ai lu un commentaire véhément contre les dilettantes qui s'y croient, et, après quelques vagues cours de dessin, ils affichent l'étiquette "artiste", bien visible, sans l'ombre d'un doute (qui est pourtant le signe élémentaire d'un début d'artiste véritable  -  tout comme l'humilité...). Pourquoi s'énerver ? Cela n'enlève rien à un authentique talent, le contraste le rend même plus visible pour les connaisseurs et "l'imbécile heureux" est au moins heureux  -  et ce n'est déjà pas si mal par les temps qui courent!
   Cependant, j'en arrive à l'aspect le plus "piégeux" du blog. On lance sa bouteille à la mer. Même ceux qui ne l'avouent pas, attendent un écho, un dialogue enrichissant. Des amitiés virtuelles se créent, souvent sous pseudonyme, sans quasiment rien connaître de son interlocuteur que son propos. Je suis frappée par la sincérité sidérante de quelques blogueurs, par le ton qu'ils utiliseraient rarement avec leurs proches. Est-ce plus facile sous le masque de l'anonymat ? Je débarque dans la vie virtuelle des inconnus, sans y être invité et nous devenons presque des familiers ; puis, ni vu ni connu, je reprends ma valise sur la pointe des pieds. Personne ne me reprochera mon infidélité, pas de scène déchirante... Tout est virtuel mais le piège se situe justement là.
    Lorsque nous quittons la réalité pour nous réfugier dans ce virtuel douillet, nous nous faisons facilement prendre dans cette toile-là. L'addiction s'installe. Quelques jours sans commentaires ? Le sentiment cruel de l'abandon point à l'horizon. Suis-je devenu si inintéressant que personne ne daigne s'arrêter sur mes bafouilles ? C'est aussi le danger que Imre Kertész, écrivain hongrois met en évidence dans son discours de réception du Nobel (toutes proportions gardées, bien évidemment !) : on commence à écrire en fonction de l'attente supposée d'un public virtuel. Autant dire que c'est le meilleur moyen de se tirer une balle dans le pied !
   Un seul remède : s'entraîner à garder son ego dans sa poche, rester fidèle à soi-même et le reste viendra  -  ou ne viendra pas... C'est encore une méthode de mon cher maître Epicure en personne qui donne une foule de bons conseils pour se préserver des souffrances inutiles ! Gardons les pieds sur terre parmi les amis bien réels pour partager les bons et les mauvais moments et cela n'empêchera pas les incursions enthousiasmantes sur la blogosphère !

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Lundi 8 juin 2009 1 08 /06 /2009 16:27
Anna est éternelle

Rapides s'enfuyaient les années et les jours ;
Au fond du souvenir dont glissent les flots lourds,
Ton visage a perdu son éclat de corolle,
Lentement s'affaissa l'arc blanc de ton épaule.
Ta voix a fui. Hélas ! je ne t'ai pas suivie
Dans la forêt toujours plus dense de la vie.
Déjà, je dis ton nom sans trouble ni chagrin,
Et je ne tremble plus sous ton regard lointain.
Je sais que tu n'étais qu'une femme entre d'autres,
Je sais aussi que la jeunesse est toujours sotte.
Mais, ma douceur, ne va pas croire pour cela
Que tout est révolu. Surtout, ne le crois pas !
Dans chaque pli de mes cravates mal serrées,
Tu vis encore, ainsi que dans tous mes lapsus ;
Et dans chacun de mes malencontreux saluts,
Et dans chacune de mes lettres déchirées.
C'est ainsi qu'à jamais tu survis et tu règnes,
Dans toute cette vie que j'ai manquée. Amen !
                                                                  traduction : Jean Rousselot

ANNA ÖRÖK

Az évek jöttek, mentek, elmaradtál
emlékeimből lassan, elfakult
arcképed a szívemben, elmosódott
a vállaidnak íve, elsuhant
a hangod és én nem mentem utánad
az élet egyre mélyebb erdejében.
Ma már nyugodtan ejtem a neved ki,
ma már nem reszketek tekintetedre,
ma már tudom, hogy egy voltál a sokból,
hogy ifjúság bolondság, ó de mégis
ne hidd szivem, hogy ez hiába volt
és hogy egészen elmúlt, ó ne hidd!
Mert benne élsz te minden félrecsúszott
nyakkendőmben és elvétett szavamban
és minden eltévesztett köszönésben
és minden összetépett levelemben
és egész elhibázott életemben
élsz és uralkodol örökkön. Amen.

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Samedi 6 juin 2009 6 06 /06 /2009 10:22

   D'où tiennent-ils cet air triste ? Une pitance amère ? Impossible ! En Thiérache, l'herbe est grasse, les pâtures réputées. La disparition progressive des trains ? Ces boeufs sont habitués, depuis longtemps, aux voitures, aux tracteurs dont ils savent se distraire. Le funeste destin qui les attend à l'abattoir ? Jamais personne ne leur a soufflé mot du boeuf mironton, du tournedos, de l'entrecôte. Ils pourraient regarder une assiette sans trembler.
   Le mal vient des églises fortifiées. Les bovins ne pleurent pas sur le troupeau de plus en plus maigre des paroissiens. D'ailleurs, ils ne pleurent pas. Leur tristesse, intérieure, ne verse pas de larmes. L'oeil est mouillé naturellement. Rien ne les chagrine dans les créneaux, meurtrières, mâchicoulis, remparts, donjons et tourelles de ces étranges lieux de culte où il fallait se retrancher, autrefois, contre l'envahisseur. Ce que regrettent les boeufs, en ces églises, c'est l'absence presque totale de gargouilles. Au coucher du soleil, à l'heure où naissent les idées noires, tous les boeufs de Thiérache  -  regardez bien, vous le constaterez  -  se tournent vers le sud-ouest. Ils ne voient rien mais savent : là-bas se dresse la montagne couronnée. Au sommet, Notre-Dame de Laon. Là-haut, tutoyant le ciel, des boeufs. Ce ne sont pas vraiment des gargouilles. Ils ne recrachent pas l'eau qui tombe sur les tours. Ils témoignent : parce qu'ils ont hissé les lourdes pierres de la cathédrale, on les a jugés dignes de s'inscrire dans la pierre.
   Belle histoire, direz-vous, propre à flatter l'orgueil d'un herbivore moderne. De quoi se plaignent-ils ? Ils ne veulent tout de même pas qu'on les statufie à leur tour ! Ces gargouilles qu'ils implorent, leur veulent-ils des cornes ? Qui sait ? A moins qu'une pensée plus grandiose encore ne s'épanouisse en leur microscopique esprit. Dans cette vision qui naît au crépuscule, des boeufs de pierre se dressent, passé lointain, sur les clochers de la Thiérache, les remparts des églises fortifiées. Un jour maudit, germe dans le cerveau d'un meneur le désir de regagner les pâtures. Bientôt suivi par ses semblables, le voici qui descend les escaliers en colimaçon. Arrivé dans le transept, il se débarrasse de sa carapace minérale. Sur le parvis, trépigne des sabots. Puis s'adoucit le martèlement. Les boeufs viennent de rejoindre l'herbe grasse. Ils ne savent pas encore quelle erreur ils commettent.
extrait du recueil "Picardie, autoportraits" édition de la Wède  2005   

Par Flora - Publié dans : Gilbert
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Jeudi 4 juin 2009 4 04 /06 /2009 10:36
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Mercredi 3 juin 2009 3 03 /06 /2009 16:10

  Justement, ces voyages ! Sur la photo (qui ne le dit qu'aux connaisseurs), je suis à Tbilissi. Avec nos cartes d'étudiant, nous avons droit à 50% de réduction sur les vols d'Aéroflot et dans les trains. Nous en profitons pour parcourir des espaces démesurés (surtout au regard des 93000 kilomètres carrés de notre minuscule pays). Chaque sortie est précédée d'au moins quinze jours de démarches bureaucratiques en quête des tampons tout-puissants dans des bureaux aux relents de KGB  -  où l'on se sent obligatoirement suspect de quelques mystérieux méfaits  -  pour obtenir l'autorisation de dépasser les 30 kilomètres de périmètre alloués. (Au demeurant, nous n'avons jamais été contrôlés par la suite! L'essentiel est d'impressionner convenablement au départ et le quidam restera de lui-même dans les clous...)
   Nous connaissons bien l'atmosphère intimidante des bureaux de toutes sortes où le simple fait de posséder un tampon confère la stature de tout puissant à un vulgaire guichetier qui se cache souvent derrière la vitre opaque d'une fenêtre-guillotine. Celle-ci ne se soulève que de quelques centimètres pour laisser glisser la feuille demandée, au risque de vous sectionner les doigts... dans nos fantasmes. Comme un coq imbu de son importance, pérorant sur son tas de fumier, ces ronds de cuir de l'état totalitaire ont tous un comportement standard qui consiste à arborer une attitude hautaine, au mieux condescendante, sinon soupçonneuse et sévère, pour vous ratatiner dans votre condition de paria à leur merci : ce ne sont pas eux qui sont à votre service, mais à l'exact contraire ! Combien de fois je remplis un simple formulaire, le trac au ventre pour ne pas faire une seule petite rature en me trompant entre majuscule ou minuscule, sous peine de voir ma feuille déchirée et jetée à la figure ! Ceci dit, le fonctionnaire hongrois nous semble la jovialité personnifiée comparé aux confrères russes, champions de toutes catégories de la rudesse !
   Et lorsque j'ai eu affaire à un guichet de commissariat en France pour un visa de séjour, je me demandais de quoi pouvaient bien se plaindre les Français, enfants gâtés de la paperasse...?
la suite suivra... 

Par Flora - Publié dans : réflexions - Communauté : Les Cultureux éclectiques
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