réflexions

Vendredi 1 août 2008 5 01 /08 /2008 17:06

  
Quelle jouissance de s'exprimer dans cette merveilleuse langue française, souple  comme une liane et rigoureusement limpide, élégante, fantaisiste mais toujours attentive à la justesse à laquelle elle offre mille nuances! Jusqu'à la fin de mes jours, je n'en aurai pas assez de l'explorer, de m'approprier ses infinis raffinements pour tenter de trouver le mot juste à sa juste place. Lorsqu'on y parvient, cela provoque une sensation de volupté, une intense émotion de plénitude comme devant la beauté d'une création humaine ou devant la nature avec laquelle on se sent soudain en parfaite adéquation. La pensée créatrice qui s'exprime à l'aide des couleurs, des traits, des notes, des formes ou des mots pour essayer de transmettre la même jouissance, la même émotion à celui qui regarde, écoute ou lit  -  quelle magnifique aventure quand on y parvient!
    Cette digression ne m'écarte qu'en apparence de mon sujet initial. La tentative de rassembler les miettes de ma mémoire est un combat et une jouissance à la fois. Il faut bien commencer quelque part... Ce monde est tellement lointain : est-ce plus loin dans l'espace ou dans le temps? Les deux, sans doute. Dans une autre vie. Une autre personne...
    Je ne pensais pas que ce serait aussi difficile, que cela me plongerait presque dans une apnée d'angoisse. Remonter jusqu'à une petite fille  -  la plus petite possible  -  cela va-t-il m'obliger à quitter mon corps de maintenant (afin de me "voir") pour ce voyage dans le passé pour recréer un monde devenu imaginaire, pour redonner vie à des personnes devenues illusions ?
     De plus, j'ai parfois la nette impression que s'exprimer dans une langue ou une autre entraîne un travestissement de la personnalité : on devient autre, en accord sans doute avec l'initiation mystérieuse à cette langue et avec notre vécu dans son expression. Serions-nous modelés par la langue et par les sédiments de l'histoire culturelle collective qu'elle entraîne dans son sillage?
     Les premières impressions que je peux exhumer remontent au début des années cinquante. (Pacte de sincérité à la Rousseau avec le lecteur? je n'y crois pas. Dans la mesure du dicible plutôt. Malgré la technique la plus sophistiquée, c'est quand même l'oeil du photographe qui choisit l'angle de la prise...)

la suite suivra...

Par Flora - Publié dans : réflexions
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Lundi 28 juillet 2008 1 28 /07 /2008 18:01

   
Ce rythme immuable façonnait mon enfance avec ses contrastes et ruptures violentes. La proximité de la nature imposait sa cadence, chaque saison bien distincte comportait ses préoccupations et ses événements majeurs, immanquablement. Ces cycles étaient rassurants dans leur perpétuité.
   J'étais enfant à une époque sans télé. Cette différence cruciale est devenue un lieu commun et pourtant... On vivait en "tribu" avec les bons et les mauvais côtés de la chose. Trois générations sous le même toit. D'âpres luttes entre bru et belle-mère pour le territoire, mari  -  et fils  -  entre deux feux. Ceci dit, la bataille aboutie, chacun gardait un rôle plus ou moins important, y compris les enfants. Au lieu de les ensevelir sous des cadeaux, de les clouer devant l'écran, pour qu'on n'en parle plus, pour qu'on ne les entende plus, ils devaient participer, proportionnellent à leur âge et force physique aux tâches communes. Toujours la même histoire de confiance  et d'initiation !  C'était une antique pédagogie dictée par les nécessités : les enfants devaient pouvoir remplacer les adultes, les prendre en charge à leur tour, le moment venu, dans une lignée inchangée et, pendant longtemps, sans l'espoir de sortir des rangs des démunis. L'espoir consistait à ne pas faire pire, à manger simplement à sa faim.
   Les petits enfants grandissaient avec les grands-parents. Ainsi, la vieillesse n'était pas une déchéance honteuse à cacher au fond des mouroirs sentant la pisse et le désinfectant, entre des mains plus ou moins compatissantes, mais un phénomène dans l'ordre des choses; l'enfant était élevé dans le sentiment fort d'un devoir futur envers ses parents et les vieux savaient qu'ils auraient leur place jusqu'au bout au sein de la famille. Image angélique et idéalisée par un passéisme nostalgique et réactionnaire?  Bien sûr, tout n'était pas aussi idyllique : cela supposait un solide sens du compromis de part et d'autre et qui manquait souvent. Les guerres, les disputes entre générations étaient fréquentes et dévastatrices. Beaucoup de jeunes couples furent ébranlés ou pulvérisés par intervention parentale, incapable de se résigner à partager amour, biens et pouvoir. Les vieux n'étaient pas toujours choyés avec respect, loin s'en faut. Mais la chaîne entre les générations existait et transmettait une image de continu, de perpétuel même. Et ainsi, mon enfance sans télé m'a enseigné les mondes successifs révolus de mes grands-parents et de mes parents, par leur bouche, par leur talent naturel de conteurs des veillées.

la suite suivra...

Par Flora - Publié dans : réflexions
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Lundi 21 juillet 2008 1 21 /07 /2008 09:31

L'enfance... on dit que c'est le réservoir magique dans lequel on puisera toute sa vie, les bonnes choses comme les mauvaises. Pour moi, ce sont des images fugitives, des sensations fortes qui m'imprègnent à jamais et qui conditionnent sans doute la façon de recevoir les sensations futures. C'est un lieu commun d'affirmer que l'enfance devrait être un émerveillement au monde, perpétuel : les écrivains géniaux en font le matériau inépuisable de leur inspiration.  Alors, je me sens humblement impuissante à tenter de ramasser les miettes de ma mémoire pour retrouver le cheminement qui mène à ce que je suis maintenant. Car je suis certaine que chaque instant de notre vie représente un trait minuscule qui complète, qui modifie l'oeuvre, qui s'y ajoute, pour composer le dessin final. Comme le disait mon professeur de dessin quand j'avais dix ans : il ne faut effacer aucun de ces "traits chercheurs", le trait juste se trouve parmi eux et il faut garder la trace du cheminement.
   L'enfance, c'est l'été torride, le tremblement de l'air sous le disque flamboyant du soleil. C'est la sensation de la poussière chaude de la rue sous les pieds nus. C'est le spectacle dantesque des orages d'été, des éclairs transperçant la noirceur épaisse des nuages et le tonnerre qui suit de près : preuve que la foudre n'est pas tombée loin. Des pluies diluviennes qui lavent tout et rafraîchissent comme un seau d'eau et qui ne durent pas. Coup de colère violente et n'en parlons plus.
   C'est aussi l'hiver blanc et glacial, sous un ciel de plomb : à chaque instant, la neige, interminable, peut se mettre à tomber, en flocons duveteux qui fondent sur les cils et sur la langue. On a l'impression  que le jour ne se lève qu'à moitié, juste pour expédier le nécessaire et impatient de se calfeutrer à nouveau.
   Entre les deux? L'irruption violente et subite du printemps, dès la fonte des neiges : explosion de parfums et de douceur dans l'air, d'un jour à l'autre, pas de demi mesure! Les pruniers, les cerisiers qui bordent les rues  se couvrent de fleurs, les sillons noirs des champs se dégourdissent des gels et exhalent l'arôme de la germination. Le soleil réchauffe la face engourdie du monde.
   Quant à l'automne, c'est la transition plus lente où la chaleur s'épuise et se calme en douceur, la poussière brûlante tiédit et le soleil devient de plus en plus opaque : il chauffe en caressant. En hongrois, le dernier éclat de l'été indien s'appelle "l'été des vieilles" : une dernière clémence avant de s'éteindre. 

la suite suivra...

Par Flora - Publié dans : réflexions
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Vendredi 18 juillet 2008 5 18 /07 /2008 19:48

Comment faire pour que le monde ressuscité très personnel ait un intérêt quelconque pour autrui? Qui plus est dans une langue d'adoption, invitée à être capable de traduire les sensations premières de l'enfance, le parfum très particulier des acacias en fleur un soir de printemps ou celui de l'herbe folle au bord du chemin, après l'averse... Ce parfum est celui d'un pays, celui d'une enfance. Et chaque pays, chaque enfance a le sien comme nulle part ailleurs.
   Europe Centrale... Petit pays entouré de toutes parts. La mer est si loin, un rêve si lointain que finalement, on se fait une raison : on n'en a pas besoin, on s'en passe. D'autant plus qu'à cette époque, on ne peut guère espérer voyager pour approcher l'océan.
   Je suis issue du petit peuple démuni, d'une famille de chair à canon. Chaque génération a eu sa guerre mondiale : la première pour les grands-pères, la deuxième pour le père à qui on demande de prouver jusqu'à la quatrième génération en arrière qu'il n'y a pas de juifs dans la famille, sinon, au lieu d'être envoyé au front, il aurait atterri directement dans un camp de travail, antichambre des camps de concentration. Le choix est, certes, d'un avantage tout relatif... mais il en est revenu.
   Une année, j'ai fait des recherches dans des archives poussiéreuses du presbytère. Remontant au 18e siècle  -  plus avant, les incendies, les guerres permanentes contre l'envahisseur ottoman avaient tout réduit en cendres  -  je suis tombée sur mes ancêtres lointains, qualifiés avant 1848 de "serfs", "servus" en latin. J'ai eu un curieux serrement de coeur. Aurai-je été gonflée d'une secrète satisfaction si j'avais découvert du sang bleu dans mes veines? Ce n'est pas que j'avais tellement d'illusion avant d'entamer ces recherches, mais ce mot "serf" m'a quand-même explosé à la figure. Ces pages jaunies ont concrétisé le sentiment flou que j'avais depuis toujours : dans mes gènes, la lignée de mes ancêtres est inscrite quelque part en hiéroglyphes mystérieux : leur physique trapu de laboureurs sans terre, leur misère, leur résignation, avec, peut-être quelques apports exotiques dus aux multiples invasions. Mon patronyme même ne serait-il pas cadeau  d'un obscur Mongol, aventurier traînant avec les hordes de Batou, fils de Djenguiz khan qui ont devasté le royaume de Hongrie au treizième siècle? Ou alors plus tard, durant le siècle et demie d'invasion ottomane? Il avait dû s'y plaire tellement qu'il a engendré ma lignée paternelle, une lignée de serfs...


début d'un autre feuilleton...

Par Flora - Publié dans : réflexions
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Vendredi 11 juillet 2008 5 11 /07 /2008 19:39

Un sujet qui demande quelques réfléxions :

De nos jours, les émotions sont omniprésentes, à tel point que les média font passer la moindre information dans cet emballage, que les politiques préfèrent s'adresser à elles plutôt qu'à notre jugement libre et réfléchi, et nous sommes en droit de nous demander si elles ne servent pas à la manipulation massive.

Personnellement, je m'en suis souvent méfiée, par tempérament sans doute, par une vraie aversion pour le trop plein de larmes et la dissolution totale du jugement dans ce déluge.
 
Ceci dit, tenter de maîtriser ses émotions ne veut pas dire en être incapable. La maîtrise permet de les formuler, de les comprendre et par conséquent, les vivre en profondeur plutôt que de les dissoudre dans une hécatombe lacrimale.
J'avoue qu'il m'est arrivé de pleurer même au cinéma, à certains moments du Cercle des poètes disparus (les adieux du professeur à sa classe), Le choix de Sophie (la mère obligée de désigner un de ses enfants pour l'envoyer dans une famille allemande et l'autre dans le camp de la mort).

Pourquoi certaines choses les provoquent et pas d'autres?
Il paraîtrait qu'elles font appel à des souvenirs lointains, tellement enfouis que nous n'en avons plus aucune conscience. Un événement les fait remonter à la surface, telle une éruption volcanique... Les émotions conscientes et souvent inconscientes dirigeraient nos choix et nos comportements.

On dit parfois "être submergé d'émotion". Je me suis toujours méfiée de cette expression. Qui dit "submergé", n'est pas loin de "coulé"...

On peut porter un jugement de valeur sans émotion, mais la révélation de nos propres valeurs passe obligatoirement par l'émotion.

Par Flora - Publié dans : réflexions
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Samedi 5 juillet 2008 6 05 /07 /2008 17:27

Je suis sans cesse à la recherche du sens de ce mot, sans son parfum d'encens, sans la certitude d'un monde invisible; un sens à moi, en accord avec l'idée lumineuse des sciences qui cherchent et qui ne se contentent pas de dire : tu ne le sauras jamais, contente-toi de croire à un dieu...

Un jour, quelqu'un m'a dit : "Nous avons élevé nos enfants dans l'ouverture, le doute, le questionnement. Je me demande si nous n'aurions pas mieux fait de leur donner la douce certitude d'une religion au lieu de les exposer à une éventuelle souffrance?"
Cette réfléxion m'a bouleversée et je me suis dit que je préférais cent fois souffrir les yeux ouverts que de me bercer de la vérité d'un dogme.

L'esprit humain créateur qui cherche inlassablement sa place dans l'Univers...
Créer. Créer l'illusion, surtout. Mais aussi, peut-être, créer sa vérité. Ce serait-il cela, la spiritualité?
Quand on trouve le mot juste, l'image, le mouvement, le trait, la couleur et le son justes, n'approche-t-on pas cette vérité un peu, donc le lien entre visible et invisible, comme on entend communément la définition de la spiritualité. Reste la tâche ardue de la faire sienne. Cela relativise beaucoup de choses, nous libère du poids du regard des Autres, même si nous vivons beaucoup dans ce miroir, par ce miroir. Ils sont des ombres mouvantes de notre décor.
Il y a tellement de sujets dont il faudrait faire le tour, sur lesquels il faudrait faire le point. Faire le point, marquer l'étape, avant de continuer à avancer, si possible. 
Vivre  -  est-ce être conscient de ce qu'on est, de ce qui nous arrive, de ce qu'on fait?
Peut-on vivre sans cette conscience? Sans doute. Mais peut-on encore appeler cela vivre?...
  

Par Flora - Publié dans : réflexions
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Jeudi 3 juillet 2008 4 03 /07 /2008 20:07

Dans mon esprit, démarrer un blog, c'est lancer une bouteille à la mer.
Se raconter ne suffit pas : on espère que quelqu'un repêchera le message et le contact s'établira miraculeusement entre inconnus.
Pour se raconter, il suffirait de s'acheter un bon gros cahier à spirale.
Un blog, pour moi, c'est plus un dialogue  - multiple - qu'un monologue.
Un autre défi se dresse devant moi : la langue. Le français n'est pas ma langue maternelle, j'ai commencé à l'apprendre à 14 ans, au lycée comme seconde langue étrangère, en plus du russe, obligatoire. J'en ai fait mon métier initial : professeur de russe et de français, langues étrangères. Deux langues magnifiquement riches, très éloignées en structure de ma langue maternelle, le hongrois.
Cela fait longtemps (sans donner trop d'indications sur ma date de naissance) que j'ai quitté la Hongrie pour suivre mon mari, un Français échoué dans la Hongrie communiste comme lecteur dans un lycée où j'exerçais mon métier. Le français, je l'ai vraiment appris, dégusté, absorbé avec lui qui était un styliste fin aussi bien dans le quotidien que dans ses romans, essais, nouvelles et pièces de théâtre. Je dis était  car il n'est plus depuis deux ans...
Dans ce blog, je voudrais faire découvrir la littérature hongroise à travers des textes traduits par mes soins.
Je voudrais faire vivre les textes publiés ou non de mon mari pour répondre à ses souhaits, pour en donner à ceux qui ne les connaissent pas encore.
Pour finir, de temps en temps, je vous laisserai entrevoir mes dessins et peintures, autre occupation depuis l'âge de 10 ans...

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