Jeudi 6 août 2009 4 06 /08 /2009 13:35

   Parfois, je ressens un besoin impérieux de "me rassembler autour de mon axe vertical" selon l'image mentale créée délibérément dans ma tête, à l'usage exclusivement personnel. J'ai alors l'impression d'être un tableau en puzzle que l'on aurait secoué pour éparpiller les pièces multicolores et la tâche me reviendrait  de les rassembler encore et encore, de les aimanter autour d'un point névralgique pour que cela représente de nouveau quelque chose d'intelligible... Quelque chose sur lequel j'aurais un regard, un semblant de contrôle, dont je me ferais l'illusion de tenir le gouvernail en main.

   Mon axe vertical... Je me suis souvent demandé pourquoi cette aspiration de toutes les spiritualités vers le haut, pourquoi lève-t-on les yeux vers le ciel, pourquoi cherche-t-on les représentations dépassant notre matérialité dans l'infini au-dessus de nos têtes ? Est-ce que nous voulons nous libérer de la gravité magnétique nous clouant au sol, est-ce que nous désirons inconsciemment nous échapper à l'enfouissement sous terre que représente la mort ? Le rêve d'Icare, déjà, a été une irrépressible envie  de quitter la pesanteur et de s'évader dans l'infini... Et le fantasme de cette liberté enivrante serait le désir d'échapper à notre condition d'humain, avec ses dates butoirs entre naissance et mort, avec une existence peu exaltante pour beaucoup, remplissant ce champ. D'où le geste de chercher l'évasion  vers le haut, symbole d l'infini insondable que l'on peut, du coup, peupler de tous nos désirs et de nos fantasmes compensatoires !

   Ce geste est devenu donc instinctif et de l'instinctif  -  symbolique. La lumière du jour vient aussi du ciel et cette lumière se charge petit à petit d'espoir dissipant les ténèbres où tous les maux peuvent nous surprendre. Lumière bienfaisante, symbole du divin dont on espère la miséricorde. Symbole du savoir aussi, dissipant les ténèbres de l'ignorance... 

   Les mythes nous apprennent l'aspiration de l'humain vers les connaissances qui lui feraient quitter sa condition initiale. Mais ils nous apprennent aussi la prudence : les sanctions divines pleuvent sur la tête du téméraire qui tente l'aventure. Icare se brûle les ailes et chute, Adam regrettera sa curiosité jusqu'à la fin de ses jours... devenant mortel...

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Dimanche 2 août 2009 7 02 /08 /2009 21:30
Trapéz és korlát                                                             Trapèze et barres

Sötéten hátat forditasz,                                                  Tu te détournes de moi, l'air sombre ;
kisikló homlokodra                                                          Au front glissant que tes cheveux voilent
a csillagöves éjszakát                                                    J'essaie en vain de tresser dans l'ombre
kezem hiába fonja.                                                          La nuit avec ses rubans d'étoiles.
Nyakad köré ezüst pihék                                                Les papillons d'argent des duvets
szelíd pilléi gyűlnek,                                                        Tremblent ensemble autour de ton cou ;
bizalmasan belém tapadsz,                                          Contre le mien, ton corps s'est pressé ;
nevetsz, - vadúl megütlek!                                              Tu ris. Je te frappe comme un fou.

Sugárzó párkányon futunk,                                             Le long d'un parapet radieux,
elgáncsolom a lábad,                                                     Je te fais choir dans ta course agile ;
fölugrasz és szemembe kapsz,                                    Et d'un sursaut tu griffes mes yeux,
sebezhetetlen állat!                                                         Tu m'as meurtri, ma bête indocile.
Elszűkül arcod, hátra buksz,                                          Je vois s'enfuir ton étroit visage,
vadul zuhanni kezdesz,                                                    Tu te renverses, tu rebondis,
az éjszaka trapézain                                                         Volant plus haut, fuyant davantage
röpűlsz tovább, emelkedsz                                             Sur les trapèzes d'or de la nuit.

a rebbenő való fölé!                                                          Au-dessus du réel qui oscille,
Kegyetlen, néma torna,                                                    Le cruel et muet exercice !                                                   
mégcsak nem is kiálthatok,                                            Je réprime les cris inutiles
követlek szívdobogva,                                                       Et te suis, tremblant de ce supplice
merészen ellököm magam,                                           Je m'élance alors et te saisis,
megkaplak és ledoblak,                                                  Hardiment, je te fais retomber ;
elterülünk hálóiban                                                           Nous glissons tous deux dans les filets
a rengő csillagoknak!                                                       Vacillants des astres de la nuit.

Most kényszerítlek, válaszolj,                                           Maintenant, je te force à répondre.
mióta tart e hajsza?                                                           Depuis quand la poursuite insensée,
Megalvadt szememben az éj.                                          Dans la nuit où mes yeux vont se fondre ?
Ki kezdte és akarta?                                                          Qui la veut et qui l'a commencée ?
Mi lesz velem, s mi lesz veled?                                       Quel sera notre sort éternel ?
Vigasztalan szeretlek!                                                        Mon amour crie désespérément :
Ülünk az ég korlátain,                                                        Nous voici sur les barres du ciel
mint elitélt fegyencek.                                                        Deux forçats voués aux longs tourments.

(1943)                                                                                   traduction : Anne-Marie de Backer
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Jeudi 30 juillet 2009 4 30 /07 /2009 15:26

                                                                                                   Ce livre tout entier n'est qu'une esquisse. Même pas !
                                                                                                    Rien que l'esquisse d'une esquisse
.
                                                                                                                       Herman Melville
,    Moby Dick

   A l'origine de l'oeuvre, une paresse du cou. Au lieu de tourner la tête vers la fenêtre, d'apercevoir la femme, l'épagneul de sa vie, Fabrice Sorel lève les yeux vers le Littré, un mouvement que les biographes, les universitaires de tous pays n'en finissent pas de commenter.
   Certains critiques évoquent une nuit de débauche, une digestion difficile. On parle d'une mouche ou d'un moustique posté sur le dictionnaire ; d'autres plaident pour un courant d'air ; un professeur de l'Ecole Normale supérieure centre son analyse sur le craquement d'une étagère, celle qui soutenait la collection complète du "Miroir des Sports" ; on glose sur le déterminisme et la coïncidence ; on se réfère à l'éducation : si la folie des mots s'empare de Fabrice Sorel, en ce 19 mai 1967on père enseigne la littérature à l'université d'Orléans, que sa mère, ophtalmologue, fait défiler des lettres sous le regard de ses patients.
   Qui croire ? Dans Les Mots : Mosaïque, le principal intéressé commente la scène à sa façon, humoristique, énigmatique :

          Les tomes du Littré sont au nombre de sept. Couleurs de l'arc-en-ciel. Nains. Notes sur la gamme. Péchés capitaux. Jours de la semaine Sept contre Thèbes. Samouraïs Mercenaires. Suis-je Blanche Neige ou Polynice, gourmandise ou luxure, do, mi, sol, indigo ?

    Les romans d'Adam Eve comportent sept chapitres, chaque recueil quatorze nouvelles.[...] 

début d'une nouvelle inédite 

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Mercredi 29 juillet 2009 3 29 /07 /2009 16:54
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Mardi 28 juillet 2009 2 28 /07 /2009 19:39

   Plein été, période des vacances qui ralentit la vie en France et ouvre une sorte de parenthèse. De rares personnes échouent sur la blogosphère et encore plus rares sont ceux qui laissent un commentaire... Mais, puisqu'on écrit un blog avant tout pour soi-même, n'est-ce pas, disons-nous pour nous consoler ! Et merci à ceux qui s'y arrêtent!
   J'avais décidé, il y a bien longtemps que ces "Bribes de mémoire" sauteraient du coq à l'âne, feraient un pied de nez à la chronologie, m'offrant une liberté aussi complète que possible, pour préserver le plaisir des vagabondages. Cela représentait aussi un habile subterfuge pour dissimuler les trous dans ces oripeaux effilochés : en effet, je me rends compte tous les jours, à quel point ma mémoire devient sélective.  
   Cela permet également d'enjamber certains cadavres, de remettre quelques pelletées sur l'indicible... De dresser un panorama du passé non pas idéalisé mais vrai, avec une vérité dont certains aspects devaient passer dans ces trous... de la mémoire. Je ne suis pas pour l'exhibitionnisme, d'autant que ce passé n'appartient pas qu'à moi. J'ai encore en mémoire la première lecture des Confessions de Rousseau, par endroit m'ayant mise franchement mal à l'aise ! Non pas que j'aurais des secrets lourds à cacher, simplement la lecture rendue publique impose une certaine pudeur et j'ai horreur de ceux qui vous invitent à regarder par le trou de la serrure ! Raconter donc la stricte vérité mais se réserver le droit de trier parmi les souvenirs.
   Pour alléger ces propos et pour passer à tout autre chose (démonstration du coq à l'âne ?), une vieille histoire me revient en mémoire. Je vous dirais que je ne pense pas être une belle-mère possessive, envahissante et qui considérerait la femme de son fils comme une rivale. Ma mère ne m'en a jamais montré l'exemple, ni ma propre belle-mère n'en a donné le sentiment. Cette histoire m'aurait servi à jamais de mise en garde.
   Dans le petit village de mes vacances, il y avait un garçon, de quelques années plus âgé que moi. Selon mon habitude, je le regardais de loin, à la dérobée, pour qu'il ne puisse même pas soupçonner que je le trouvais beau comme un dieu... Une seule fois nous nous sommes rapprochés, dans un bal du village où il m'a invitée à danser et je défaillais de plaisir, sans même lever les yeux sur lui ! Fils unique, il vivait avec sa mère, veuve et qui plaçait tous ses espoirs en lui. Ce garçon était bon élève et on le poussait vers des études supérieures, à quelques 150 km plus loin. Pour la mère, cela semblait sacrifice insurmontable !  Elle s'est donc employée à tous les chantages pour le garder près d'elle. En dernier lieu : "Si tu pars, je saute dans le puits !" (il faut dire qu'à l'époque, c'était beaucoup plus facile, chaque maison étant équipée d'un puits à balancier...) Le garçon n'y a pas cru et il est parti. Aussitôt, la mère a mis sa menace à exécution... La fin de l'histoire ? Beaucoup plus tard, il a épousé son institutrice, de presque vingt ans son aînée et qui ne pouvait plus avoir d'enfant...
la suite suivra...

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Dimanche 26 juillet 2009 7 26 /07 /2009 21:22


[...] Je n'ai jamais renié ma "judaïté".  Je suis à ce jour "de confession juive" (j'en expliquerai plus tard la raison), mais je ne me sens pas juif, on ne m'a pas donné d'éducation religieuse, je n'en ressens pas le besoin, je ne la pratique pas, je considère comme une idiotie la race, le sang, les racines et la mélancolie ancestrale frémissant dans les nerfs, et non pas comme déterminant de ma "spiritualité", de mon "émotionnalité" et de ma "poésie". Même du point de vue sociologique, je considère les juifs comme une communauté artificielle. Ce sont mes expériences. Il est possible que ce soit faux mais je le ressens ainsi et je ne pourrais pas vivre dans le mensonge. Ma judaïté est mon "problème vital" car les circonstances l'ont voulu ainsi, comme les lois et le monde alentour. C'est un problème malgré moi. Autrement, je suis un poète hongrois, j'ai énuméré les membres de ma famille et je m'en fiche de ce qu'en pense le premier ministre de tous les temps. On peut me renier ou m'accepter, ma "nation" ne me lance pas, en me balayant de l'étagère des bibliothèques : fous le camp, sale juif; les paysages de mon pays s'ouvrent devant moi, les ronces ne m'agrippent pas plus qu'un autre, l'arbre ne se hausse pas sur la pointe des pieds pour que je ne puisse pas attraper ses fruits. S'il m'arrivait pareille expérience  -  je me tuerais car je ne peux vivre autrement, ni croire ou penser autrement.  Je le ressens ainsi à ce jour, en 1942, après trois mois de camp de travail et  quatorze jours de camp punitif [...], exclu de la vie littéraire où de minuscules écrivaillons qui ne m'arrivent pas à la cheville gigotent dans tous les sens; et moi, paré de mon diplôme d'enseignement tout frais et inutilisable, avec la même perspective pour les jours, les mois et les années à venir. Et si l'on me tue ? Cela n'y changera rien.
[...]

Extrait d'une lettre à Aladár Komlós, 17 mai 1942.  Le poète sera exterminé par des miliciens hongrois zélés qui accompagnent la marche forcée des prisonniers d'un camp de travail.

traduction : R.T.

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Vendredi 24 juillet 2009 5 24 /07 /2009 09:40

         ...à ces vains ornements, je préfère la cendre. ( Racine, Esther  )

   Il pleut. Pluie retenue, comme il convient dans cette ville, averse molle qui brouille la vue, nappe les pierres de brume, dissimule, ponce, estompe. Qui est de Laon déteste le tapage, la renommée, le mot plus haut qu'un autre, le détail qui distingue et pourrait, sans contrôle, attirer le badaud. Aucune pancarte sur l'autoroute. Quel touriste devinerait la cathédrale et les églises, les remparts et les portes, les manuscrits enluminés, les souterrains, les ruelles médiévales ? S'il existait un moyen d'araser la colline, d'empêcher qu'elle émerge au plus loin de la plaine, les Laonnois l'appliqueraient. A défaut, ils s'en remettent au climat : brouillard, bruine, ciels en deuil, nuages appliquent un masque humide sur les vestiges glorieux, gomment la grandeur passée, temps lointain où la cité était capitale du royaume carolingien. A Laon, on prie pour que la planète ne se réchauffe pas trop vite...
   Benoîte a refusé de m'accompagner : 
   - J'ai le vertige, tu le sais. Je reste dans la voiture.
   - Tu vas t'ennuyer, prendre froid.
   - Mon manteau et un bon livre, je ne risque rien. Et puis, tu n'en as pas pour deux heures...
   Le vertige est un bon prétexte mais je n'insiste pas. Benoîte, son livre, son manteau me font penser aux décors que le prince Potemkine dressait le long des routes, afin que Catherine II, traversant la Russie, voie un pays de rêve et jamais sa misère, trop intense, trop réelle. Notre misère de couple émane de Lionel. J'aurais pu le rencontrer à l'université ; nous avons fait nos études à Reims, une seule année nous séparait. Jamais, pourtant, je ne l'ai croisé. C'est un hasard tardif qui nous a réunis, un ami commun engagé dans une folle équipée : un triathlon, trois kilomètres de nage en rivière, cent kilomètres de vélo, assortis de deux cols et, pour finir, un marathon. Lionel et moi étions faits pour nous entendre ; Benoîte ironisa bientôt sur notre "coup de foudre", expression ridicule qu'elle ressert à souhait, par ironie facile et plaisir d'écorcher.

début de la nouvelle, publiée aux éditions Les Racines de Papier   2005  illustration : R.T. (détail de la cathédrale de Laon)

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Jeudi 23 juillet 2009 4 23 /07 /2009 11:45
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Mercredi 22 juillet 2009 3 22 /07 /2009 15:11

   Je reviens aux histoires anciennes après une pause relativement longue. "Tout est matière à, réflexions, à condition que l'on s'en donne la peine" ai-je dit il y a peu... Un ordinateur qui rend l'âme, effaçant d'un seul coup des années de votre histoire consignées, vous obligeant à un sevrage devenu petit à petit salutaire, vous ramenant à une autre réalité... Cependant, faut-il chercher, obstinément, un sens à tout ce qui nous arrive ; existe-t-il des événements complètement hasardeux, réconfortants ou déstabilisants dans leur gratuité, selon les convictions de chacun ? Chercher systématiquement un sens reviendrait à supposer  une planification, une orientation des événements par un principe supérieur et nous ne serions que de simples marionnettes dans ce jeu-là. Cela peut être réconfortant car nous n'avons pas à nous casser la tête, on prend soin de notre destin, comme dans un régime totalitaire que je connais bien. C'est décervelant mais confortable. Ce système de pensée a ses failles, le rôle du simple pantin étant peu ambitieux et encore moins enthousiasmant ; de plus, il faut expliquer l'origine du mal, si tentant parfois... On introduit donc le  fameux "libre arbitre", notion bancale qui rend l'édifice hybride et incohérent. Mais encore une fois, ce n'est que ma "cuisine philosophale", rustique et sans prétention.
   Dans la Hongrie communiste, l'Eglise est officiellement partenaire de l'état. Je suis baptisée, je fais ma communion et ma confirmation et je suis le catéchisme durant plusieurs années. Le curé, en soutane, vient à l'école pour distiller les fondements de la foi, les histoires de l'Ancien et du Nouveau Testaments, après les cours qui nous apprennent que la religion est l'opium du peuple ! Mais nous sommes, enfants, déjà rompus à la schizophrénie ambiante qui nous enseigne à jongler entre discours officiel et vérité sous-jacente !
   Ma famille paternelle est catholique, ma mère vient d'une famille protestante. On a du mal à imaginer les engagements exigés de ma mère concernant la future foi de ses enfants à naître dans la vraie voie catholique ! Ma grand-mère paternelle qui elle-même va rarement à l'église, m'oblige à suivre les messes du dimanche, avec communion chaque premier dimanche du mois. Les plus pénibles étant les confessions qui précèdent l'hostie collant immanquablement au palais et que l'on n'a pas le droit de toucher avec les dents, sous peine de mordre le corps du Christ lui-même !
   Le confessionnal... Je suis terrorisée rien qu'en passant près de son mystère ténébreux. Dedans, je m'agenouille devant le moucharabieh qui laisse deviner une oreille grasse collée contre la grille et qui attend avec ennui, avidité ou nonchalance mes maigres confessions que j'ai du mal à réunir depuis la veille...
la suite suivra...    

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Mardi 21 juillet 2009 2 21 /07 /2009 19:23

ON DIT QU'ELLE EST TRES BELLE...

On dit qu'elle est très belle, et moi je ne dis rien,
On dit que ses cheveux de bronze chaud, c'est l'aube,
On dit que ses grands yeux sont des mondes d'étoiles,
Qu'elle est fière et jamais n'aurait même un regard
Pour un vilain garçon noiraud de mon espèce.
Pourtant elle sourit et tandis qu'on soupire
Vers sa lèvre moqueuse et son frêle menton,
On ignore qu'hier elle m'embrassait, moi.
Pendant qu'elle se tait, on ne peut savoir
Qu'elle voit la rosée qui est tombée la veille,
Et c'est sur nous, sur elle et moi, qu'elle est tombée.
Les merles, nous voyant étendus dans la joie,
Furent tous à leur tour entraînés dans l'ivresse,
Voletant près de nous dans les feuilles de mai.
Quelle chanson d'amour ils nous auront chantée !
                                                          traduction : László Gara

Mondják, hogy szép, és én semmit se mondok,
mondják, hogy égõ bronzhaja a hajnal,
hogy csillagokat hordoz éjszemében
s hogy büszke és dacos és rá se nézne
oly csúnya, fekete fiúra, mint én.
Õ csak kacag mind-erre, és irígyen
lesik ajkát és álla furcsa ívét
és nem tudják, hogy tegnap engem csókolt,
és hogyha hallgat, nem tudják, hogy õ most
arra gondol, hogy tegnap hullt a harmat
s r á n k hullt a harmat: õ reá meg én rám,
s hogy tegnap - látva boldog heverésünk -
még a rigók is mind megrészegültek
s közel röpülve a májusi lomb közt
eszeveszett szerelmi dalba kezdtek.

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