Gilbert

Lundi 4 août 2008 1 04 /08 /2008 09:44

  
"... Le livre sorti, libéré du carton où l'enserrait l'oubli, il souffle délicatement, pour chasser les minuscules grains de poussière qui auraient pu s'infiltrer au bord des pages, et c'est redonner vie à l'ouvrage, le réveiller d'un trop profond sommeil. Ensuite, il le place pieusement dans sa main gauche, aussi ouverte que possible, aussi ouverte que le permettent les doigts enkylosés, durcis, et, de la main droite, dont il contrôle tant bien que mal le tremblement, saisit entre le pouce et l'index le signet rouge qui coule au long de la feuille.
    C'est l'instant du recueillement. Un monde insipide et familier s'évapore devant un autre, plus fantasque, plus savoureux. Par caprice, indolence ou nécessité, il décide d'emprisonner les mots au vol,  de les composer miraculeusement devant ses yeux, de lettre en lettre. Une phrase à la fois, pas plus. Une phrase et se laisser emporter par les sons, les répéter à haute voix, les reprendre inlassablement, en modulant du chuchotement au cri, les faire siens puis se taire tandis que leur écho subsiste, sceller les paupières et succomber au charme avant de réagir, d'agripper les syllabes, les idées, d'épanouir en soi les sentiments.
    Afin de ne pas souffrir, de s'évader du corps noué, rebelle à la méditation, il s'est enfoncé, calé d'oreillers de toutes parts, dans le vieux fauteuil de cuir brun, juste sous la fenêtre. La phrase lue, il refermera le livre, pour malaxer les mots, argile tantôt douce et tantôt si rugueuse, pour les façonner, s'y incruster, les confier à sa fantaisie qui les métamorphosera, trahira ou vénérera, avant de butiner à l'infini, à la limite de sa concentration.
    Tout de suite, brutalement, comme si le destin se voulait, ce jour-là, facétieux, les lettres se détachent de la page, émergent du flou environnant :
    "On mourra seul; il faut donc faire comme si on était seul." 

extrait du roman : Le mépriseur , éditions Manya,  1993

Initialement, je n'ai voulu ajouter aucun commentaire à ces extraits des textes de Gilbert. Je ne peux résister cependant à l'envie de vous dire, à quel point, depuis les premières fois où je les ai lues, ces pages que je connais par coeur, me coupent le souffle par leur beauté... Le personnage, vieil homme reclus dans sa maison pour expier sa jeunesse, témoigne de la force des mots transmis par les livres, du pouvoir de rédemption que les grandes oeuvres exercent sur nous, les lecteurs. Et que dire donc de leurs auteurs?.... 

Par Flora - Publié dans : Gilbert
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Jeudi 31 juillet 2008 4 31 /07 /2008 09:03

Kamikaze
      Quand je vois tant de jeunes, goût perverti par la publicité, entrer chez un confectionneur de nourritures rapides pour dévorer une triste viande hachée coincée entre deux tranches de pain douceâtre, j'ai envie de fondre du ciel en kamikaze et de m'abattre sur ces lieux de débauche, la nuit, aux heures de fermeture, afin de ne tuer aucun des inconscients mangeurs. Après tout, ne leur manque qu'un peu d'éducation. 
       Malheureusement, j'ai le vertige. La simple idée de monter dans un avion me donne des nausées. Alors je me résigne. Le bandeau sur la tête, je fonce, à pied, sur McDonald's. Je me fracasse le front sur les portes vitrées.

Jetable
       Paul refusait de s'encombrer.
      -  Dans notre société, répétait-il sans cesse, on a le culte de la matière. On ne cesse d'entasser. Le vrai révolutionnaire, c'est l'inventeur des produits jetables, briquet, rasoir ou appareil photo, tout ce qui disparaît après l'usage.
       Il se consacrait à l'élaboration d'objets périssables, la minibrosse à dent qui ne servait qu'une fois  et intégrait le dentifrice, la montre en pâte d'amande que l'on mangeait le soir, avant de se coucher, le pistolet qui se désagrégeait sous la chaleur de son unique coup de feu, le député dont le mandat, non renouvelable, durait six mois, la prothèse de hanche irrécupérable à la mort du patient.
        Quand sa femme lui signifia qu'elle l'avait assez vu, il l'admit parfaitement et se précipita dans le vide-ordures.

Eprouvette
      M'en fiche qu'ils se disputent. Ils peuvent même s'étrangler, divorcer. C'est pas mes vrais parents. Ils pouvaient pas avoir d'enfants. Ils ont tout essayé, même l'aide de l'oncle Arthur.
      S'ils crient encore, je m'en irai. Je marcherai dans la rue. Je chercherai partout. Je finirai bien par les trouver, ma mère porteuse, mon père donneur de sperme.

Extraits de  Miniatures  de Gilbert Millet, éditions EDITINTER,  1999

Par Flora - Publié dans : Gilbert
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Dimanche 27 juillet 2008 7 27 /07 /2008 01:05


"...
La promenade date de 1821, quand j'habitais encore Milan ou la Turquie déjà. Une rapide soustraction m'accorde trente-huit ans. Mathilde va naître dans un siècle, Mathilde ou plutôt R., sans croix sous l'initiale, juste une étoile comme au plafond de la Vallée des Rois. La promenade... Arrivé sur la côte en bateau, j'ai marché longtemps, ainsi qu'il faut le faire pour s'imprégner d'un paysage. Le chemin pentu se couvre d'un peu de neige, site désert et silencieux. Très haut dans le ciel bleu, un aigle rôde. Pour l'instant, je préfère laisser à ma gauche les vestiges de la cité, ne pas me diriger vers le théâtre qui d'ordinaire m'attire le premier. Le sentier me conduit jusqu'à la nécropole de Thermessos, vers les centaines de sarcophages, de mausolées aux pierres brisées dans les séismes, éventrés, retournés, fouillés par les racines. Ils sont inoccupés. Ici, nulle momie pour me singer. Rien que du vide.
   Il n'est pas venu aujourd'hui et je m'inquiète, tant nos rencontres paraissaient immuables. Je suis resté des heures devant la fenêtre, les reins bloqués, le dos courbé, le nez collé aux gouttes d'eau sur la vitre. Le temps est au crachin, une pluie morne, étriquée, comme mon existence. Au carrefour, l'enseigne rouge clignote dans la grisaille. Ne manquent que les fumées de lignite pour me ramener à Istanbul, dans des quartiers rongés par les pluies aigres, très loin des minarets et des mosquées dessinées par Sinan, très loin d'Aya Sofya repeinte en rose. Dans les ruelles de Cihangir, les chevilles se tordent sur les pavés disjoints, éclaboussées par les dolmus, ces hannetons rayés de jaune. L'enseigne rouge clignote dans la grisaille. Trop de lumière encore...
   Depuis quelques semaines, je me perds dans le labyrinthe des dates, dans le faisceau des lieux, et il me laisse seul devant la cheminée éteinte, avec mon tisonnier rouillé. La rue des Vieux-Jésuites se noie dans le brouillard, un brouillard rouge et noir venu de Cihangir. La place Grenette est effacée, les arbres déracinés. L'esprit refuse de rajeunir, de remonter les deux cents ans. Têtu, il en revient toujours au 5 juillet 43."... 


extrait de "La Momie"  in Petites tombes en viager, éditions Quorum, 1998

Par Flora - Publié dans : Gilbert
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Dimanche 20 juillet 2008 7 20 /07 /2008 19:59


" ...Le fauteuil vide dans le studio témoigne du drame qui vient de se jouer. Le présentateur larmoie : du sang sur le trottoir, le chloroforme, la fillette prostrée, Adam Eve enlevé. Dernière trace de sa présence, les pantoufles narguent Elsa, en travers du couloir, à deux mètres de la porte d'entrée. Les ranger reviendrait à enterrer l'absent, les pousser sur le côté, pour que les visiteurs ne trébuchent pas, à le marginaliser, le reléguer. Elle opte pour l'hommage, un cercle de fleurs autour des chaussons usés jusqu'à la corde, comme s'il s'agissait d'une dépouille. Après tout, si l'écrivain ne s'aimait pas, il adorait ses pantoufles. Elles représentaient le sous-marin du professeur Tournesol, un requin de métal. La pression des doigts de pied, la vieillesse ont eu raison de chaque pointe : les extrémités la bâillent en gueules démesurées.
   Il était incollable sur les aventures de Tintin, savait que le "Djebel Amilah" et le "Karaboudjan" ne sont qu'un seul bateau, que Foudre Bénie a des visions bien que myope comme une taupe de Weï- Pyiong, que le marquis di Gorgonzola est une identité postiche de Rastapopoulos, que la fusée lunaire se pose au centre du Cirque Hipparque où les Dupond-Dupont ne seront jamais clowns, que dans le cauchemar d'Haddock un innocent pic-vert peut devenir la Castafiore. Zorrino, Wolff, Lampion, le Maharadja de Rahajpoutalah faisaient partie  de ses intimes. Aux yeux d'Elsa, cette passion constituait une preuve suplémentaire de sa fragilité d'enfant, une raison de plus de l'épauler, le protéger.
   Elsa le dorlotait, cajolait ses rêves d'immortalité, collectionnait les articles dans la presse, allant jusqu'à en inventer, avec la complicité de son frère, imprimeur. Le soir, pour endormir son écrivain, elle imaginait ses phrases traduites en films, en images tridimensionnelles, en opéras virtuels, inscrites dans le ciel par des lasers, portées jusqu'aux confins des galaxies par des acteurs-robots, scandées dans le vocabulaire rudimentaire d'une langue unique, l'américain des prochains siècles. Le doute, cependant, refusait de le quitter : et s'il n'était qu'un gratouilleur de pages, voué à la fosse commune de l'oubli?"...


extrait de Gilbert Millet : "Pour la bonne case" , in  Le Déchant, éd. Nestiveqnen, 2005

   

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Mercredi 16 juillet 2008 3 16 /07 /2008 13:47

Pour contrer - un peu - l'effet des pages précédentes à la mémoire de Gilbert pour ceux qui fuient l'idée de la mort la trouvant sinistre (cependant la date du 2e anniversaire de la sienne imposait le thème...), je publie ici quelques extraits du recueil de textes courts "Miniatures".

HEMATOME
   Les policiers, la famille, le juge d'instruction, personne ne voulait en démordre. Si l'on retrouve un corps couvert d'hématomes, il ne peut s'agir d'une simple crise cardiaque. C'était pourtant ce que prétendait l'autopsie. On finit par délivrer le permis d'inhumer.
   Dans le quartier, la chasse à l'assassin se poursuivit pendant six mois, jusqu'à ce que l'épouse avoue ce qui avait causé les bleus. Son mari décédé n'accédait au plaisir que lorsqu'elle le frappait avec un ours en peluche dont le corps dissimulait un vieux fer à repasser.

TRIPTYQUE
   Sur le panneau central, il m'a représenté en goéland. Le jour de mon mariage, je survole un naufrage, dans toute la splendeur de mes vingt-sept ans.
   A droite, il m'a rogné les ailes. Chômeur et divorcé, je piétine, ridicule albatros de Baudelaire, la quarantaine usée.
   A gauche, je n'ai plus de bec. Je me nourris avec une paille, à moins que les gardiens du zoo ne préfèrent me gaver. La foule aime ce spectacle d'un vieil oiseau déchu.
    Si l'on referme le triptyque, la vérité éclate. Je suis poulet fermier, raté sans envergure qui va passer à la casserole.

THALASSOTHERAPIE
   Depuis qu'on lui a greffé un coeur de cochon, Joël passe ses vacances dans un centre de thalassothérapie, par amour des bains de boue.

extraits de Miniatures de Gilbert MILLET, éditions Editinter, 1999

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Lundi 7 juillet 2008 1 07 /07 /2008 18:32


"...Je ne saurai jamais ce que valait ma petite musique. On est mauvais juge de soi-même... Si je pouvais encore parler, je vous expliquerais la profondeur de cet instant. Toute votre vie s'en trouverait métamorphosée. Je vous offre simplement ma mort, modeste parcelle de la grande symphonie qui tourne dans ma tête. Ne la laissez pas s'enfuir. Voici le final. Ecoutez bien, Corinne! Tendez l'oreille. Habituez-vous à la beauté du son, à sa pureté naturelle. Tâchez de saisir l'essentiel, le moment capital, l'adagietto où tout bascule."

"Le Mélomane", 
in  Petites tombes en viager,  éd. Quorum,  1998



..."
Barnabé Funérailles" ne se contentait pas d'offrir des mises en bière, en terre, en cendres, activités que les concurrents promettaient depuis toujours, à grand renfort de publicités et de rabais alléchants. Outre un service de qualité, physionomies de circonstances, main-d'oeuvre experte et prestations variées pour des factures modiques ne gâtant pas le bonheur des héritiers, elle proposait à ses clients une philosophie, un véritable art de mourir. 
  Plus besoin de se soucier de l'apparence de la veuve, des voisins, des amis, des maîtresses ou amants. Tristesse sincère et recueillement feutré faisait partie du contrat de confiance. satisfait ou remboursé... La perte d'un centenaire reclus depuis vingt ans dans un hospice devenait déchirante. Mieux encore : dès que les larmes commençaient à sécher, que les bouquets menaçaient de faner, les herbes folles d'envahir la tombe, une clause supplémentaire entrait en vigueur, que "Barnabé Funérailles"  était seule à garantir. Vêtu de son costume noir, gants à la main, démarche lente du professionnel, Barnabé rendait visiste aux familles, revigorait le deuil." 

"Une figure d'enterrement", 
in  Petites tombes en viager"  éd. Quorum, 1998

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Lundi 7 juillet 2008 1 07 /07 /2008 17:50

La mort a depuis toujours obsédé Gilbert, avec son injustice suprême pour un humain, avec son mystère indéchiffrable. Dans de nombreux textes, il tourne autour pour la défier, pour l'apprivoiser. La mort tragique ou dérisoire mais toujours énigmatique qui aura le dernier mot.

"...De l'intérieur, dans sa bouche, son sexe, corps soudain inerte. Encore chaud, déjà froid. Son corps décomposé. J'ai senti sa mort. Senti, pas compris. Je ne comprends jamais. La seconde où tout bascule. La seconde. Le milliardième.
   Son regard éteint et qui pourtant savait. Pour une seconde, un millirdième. Qui savait et ne sait plus. Plus d'elle. Plus rien. Pourriture, poussière, néant. Glisser hors d'elle, la rejeter.
   Son regard au dernier instant. Regard sur moi. Elle savait. Depuis toujours. Démasqués mon orgueil, ma folie. Chercher ce qu'il ne faut pas chercher. Son regard, le dernier. Si éloquent. Sur mon visage. Et le rictus. Cela aussi, elle savait. Mon visage que je n'avais pas su traquer. Regard qui s'éteint. Un milliardième et tout s'en va. Un rat de moins. Bon débarras. Son regard où s'incrit ma mort."

Gilbert Millet : Le jeu de la mort et du hasard  in  Le Déchant , éd. Nestiveqnen,  2005

Cette lucidité impitoyable est difficilement supportable pour la plupart des gens qui préfèrent la contourner ou la masquer par des pensées lénifiantes qui font abstraction de la brutalité insoutenable de la vérité. On peut aussi échafauder des croyances selon lesquelles la mort ne serait qu'une étape  -  puisque cela ne peut pas finir comme ça!  -  et notre parcours continue éternellement sous d'autres formes. Personnellement, je pense comme lui : la mort est bien une fin et cela rend la vie encore plus précieuse, encore plus unique et encore plus admirable! Il n'y a pas de brouillon, on n'a aucune possibilité de corriger la copie...  Et ce n'est pas vraiment triste... On a notre chance sur terre, il ne faut pas la gaspiller. Après? On rejoint la matière qui ne disparaît pas mais se transforme et ce n'est pas grave... Quelques uns nous regretteront un temps, d'autres seront peut-être soulagés qu'on libère une place au soleil. Il est préférable que nous utilisions ce passage si court, si fulgurant au regard de l'éternité, à transmettre quelque chose qui participera à renforcer l'édifice humain, telles les tranches des colonnes du temple d'Aphrodite renforçant les murailles de Constantinople...

Par Flora - Publié dans : Gilbert
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Samedi 5 juillet 2008 6 05 /07 /2008 00:52

...De demi-ton en demi-ton, monte la perfection rugueuse des pierres hissées, du plus loin des carrières, par les boeufs massifs avides de se changer en gargouilles, de contempler l'horizon nuageux tout en crachant une pluie sale. Isabelle s'est allongée, dans sa posture de gisant. Cette pétrification est le contraire d'une paralysie. Ainsi couchée, elle sent le choeur se bâtir de sa chair durcie, de ses os, puis le transept, la nef et la façade, le jubé, les voussures, les travées et les voûtes, croisées d'ogives à l'acoustique parfaite que la musique borne et traverse. Sans efforts, son chef-d'oeuvre se hérisse de tours octogonales où culminent le flèches.
               * Denn alles Fleich, es ist wie Gras
                und alle Herrlichkeit des Menschens
                wie des Grases Blumen
L'herbe et les fleurs des champs chatouillent ses paupières, picotent ses narines et c'est la renaissance de la couleur, les vitraux qui se tissent de croches, de clefs de sol, se vitrifient de rondes et de soupirs, d'éclats de verre, résilles de plomb, de triolets où les ouvriers se mettent au travail, échelles, marteaux, sous l'oeil d'un diable jaune. Humble et contrit, Théophile pénètre dans l'église qu'il a fait construire, s'agenouille devant l'autel de la Vierge. [...]
Gilbert Millet : Le Déchant   roman, éd. Nestiveqnen, 2005 

*"Car toute chair est comme l'herbe / toute la gloire de l'homme  / est comme la fleur de l'herbe"
Première Epître de Pierre, deuxième partie du Deutsches Requiem de Brahms.

Le sept juillet 2006, vers sept heures du matin, il a cessé de respirer soudain, laissant béant l'immense espace qu'il occupait jusque là. Depuis, le mystère indéchiffrable de la mort se dresse devant moi à chaque instant : comment peut-on, dans une fraction insaisissable de l'instant, devenir rien, après avoir été tout ? Devenir fantôme de plus en plus évanescent du souvenir...
Je ne possède aucun remède réconfortant d'une croyance en un au-delà, d'une âme bienveillante qui veillerait sur moi. C'est le souvenir puissant d'un combat héroïque de chaque instant qui me transmet son incroyable énergie, suppléant à la tristesse stérile une volonté de faire de chaque jour fugace quelque chose de sensé qui ne le laisserait pas s'enfuir sans laisser de trace.

Par Flora - Publié dans : Gilbert
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