Questions insidieuses

Publié le 6 Juin 2016

Questions insidieuses

J'ai tondu la moitié du jardin, dans l'euphorie du soleil revenu, mais un énorme nuage noir et menaçant, arrivé d'on ne sait où, m'a fait rebrousser chemin et incitée à mettre à l'abri dare-dare la tondeuse électrique!

Le rythme tendu des dernières semaines m'a obligée de laisser maison et jardin à l'abandon. La pelouse arrive aux genoux, la maison crie après l'aspirateur et moi, après le repos!...

Je suis retournée à notre expo samedi et dimanche. Environ 200-250 visiteurs ont fait le tour des tableaux et des sculptures pendant les après-midi du week-end. Je serai encore de permanence du 8 au 12 juin presque tous les jours.

Souvent, je prends des ustensiles pour travailler un peu pendant l'attente, au lieu de compter les heures sur place. Il m'arrive aussi d'échanger avec les collègues et les visiteurs, ce qui est souvent intéressant.

Un sujet me tarabuste souvent, révélé par Mehmet Güleryüz, éminent peintre turc dont je fréquentais l'atelier durant 4 ans. Il m'a dit un jour: "Toi, tu n'es pas prête à sauter dans le ravin!" Sur le coup, sa phrase m'a troublée mais en y réfléchissant, je lui donne raison. Celui qui, doté d'un peu de talent, s'essaye à la création - quel qu'en soit le domaine - se confronte tôt ou tard à la nécessité de se pencher sur le précipice. Des génies y ont même basculé (Van Gogh, Schumann, Faulkner et la liste est encore longue) car l'abîme a un grand pouvoir d'attraction. Pour créer quelque chose de grand, de vrai et de hors norme, il faut descendre très profondément en soi pour pouvoir remonter le précieux minerai dont on peut extraire le chef-d'oeuvre. Au risque de rester au fond.

Sinon, on peut continuer à gratouiller la surface, créer même d'honnêtes oeuvres routinières, sans se mettre en danger.

Avec ce sentiment insidieux de lâcheté au fond de soi.

Ce matin, mon calendrier de sages citations me jette ce proverbe chinois à la figure:

" Les grandes âmes ont la volonté; les faibles n'ont que des souhaits."

(un de mes dessins exposés)

Rédigé par Flora bis

Publié dans #dessin, #réflexions, #ressenti

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loucia 09/06/2016 08:39

en exprimant les courbes de son imagination..ceux ci ne peuvent pas t-ils être déjà au bord de son propre précipice?
la difficulté de réaliser, de solliciter fusains, pastels ou autres techniques soulignent ton talent chère Flora,
tes réalisions inspirent légèreté et lumière...sentiment agréable.
je t'embrasse

Flora bis 09/06/2016 10:31

Merci, chère Loucia! Le plus difficile est sans doute de se sentir suffisamment LIBRE...

Aude 06/06/2016 21:40

Nous avons besoin de très peu de génies qui traversent les siècles, qu'on voit dans les musées, et de quelques grands artistes qui ne sont pas des peintres du dimanche et permettent à un plus grand monde d'accéder au sens et à la beauté de la peinture.
Peut-être entrez-vous dans cette seconde catégorie ? En tout cas, j'aime ou je me sens mal à l'aise devant les œuvres que j'ai acquises, et faites par vous, mais aucune n'a pas de sens pour moi et souvent aussi pour les gens qui les voient chez moi.

Flora bis 07/06/2016 12:24

Les génies sont des météores qui traversent le ciel en brûlant... Il n'en faut pas beaucoup pour qu'ils puissent se distinguer!

Pour ce qui est de ma modeste production, je dois faire ce que je ressens, de mon mieux; le reste ne m'appartient pas...