Soirée littéraire entre nous

Publié le 11 Décembre 2015

Soirée littéraire entre nous

Avant-hier soir, nous nous sommes réunis chez moi: une dizaine d'enthousiasmes et d'amours de la littérature qui bravions fatigue et froid. Beaucoup d'habitués étaient pris ailleurs en ce mois de décembre si rempli d'événements pressants et intéressants!

J'avais proposé le thème "Mon Paris", "Ma France", poussée par l'ambiance lourde de cet automne, entre attentat et élections aux sinistres présages. J'avais envie d'affirmer que l'amour du pays n'appartient pas exclusivement aux extrêmes qui s'en sont appropriés car celui-ci était abandonné frileusement par les autres...

Moi-même - cela allait de soi - j'ai choisi les écrivains, poètes et artistes étrangers qui sont venus en France, attirés par une culture fantasmée. Confrontés à la réalité, certains ont été déçus, d'autres sont restés, devenus partie intégrante du patrimoine culturel de la France, l'enrichissant tellement bien que beaucoup de Français ne savent même pas qu'ils étaient nés ailleurs!...

Beaucoup d'écrivains étrangers ont choisi la langue française comme langue d'écriture. Ils sont des centaines! Beckett, Ionesco, Sarraute, Tzara, Levinas, Kundera, Alexakis, Cheng, Kristeva, Cioran, Gary, Troyat, Semprun, Carrère-d'Encausse et la liste est encore longue!

Le Russe Andreï Makine, nourri par l'héritage d'une grand-mère française atterrie en Russie, a fini par s'installer en France et obtenir le prix Goncourt (1995) pour son roman "Le testament français". L'Américain Jonathan Littell est primé en 2006 pour "Les bienveillantes", l'Afghan Atiq Rahimi lui emboîte le pas en 2008 pour son roman "Singué sabour", sans parler de Gao Xingjian qui a obtenu le 13ème prix Nobel de la littérature française, avec son roman monumental "La montagne de l'âme". Eduardo Manet, Nancy Huston, Zoé Valdès, Hector Bianciotti, Nina Berberova... et la comtesse de Ségur! Tous ont choisi la langue française pour créer. Certains avaient déjà une oeuvre importante derrière eux dans leur langue maternelle, pour d'autres, la source de l'inspiration a jailli grâce à la langue française. D'évidence, écrire dans une langue d'adoption permet la mise à distance entre l'écriture et les émotions qui la nourrissent.

Les Français sont parfois étonnés quand je leur dis que pour moi, le français est la langue de l'écriture par excellence. Probablement, beaucoup d'entre eux n'ont pas conscience du trésor qu'ils ont reçu à la naissance. Trésor que nous, nés à l'étranger, devons nous approprier de haute lutte, au prix des efforts qui ne prendront fin qu'avec notre dernier jour... Mais quel plaisir intense lorsqu'on a la sensation jouissive de trouver le mot juste à sa juste place!

Rédigé par Flora bis

Publié dans #état des lieux, #littérature

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fazou 13/12/2015 15:24

en effet tu as une étonnante maîtrise du français et en plus de l'écriture ! comme je te l'ai dit souvent, je suis très admirative, ça me semble un vrai "tour de force"…!
c'est vrai je me demande aussi le pourquoi ce choix, est-ce une question de sonorité, d'audience et de lectorat, ou est-ce plus passionnel et affectif que cela et donc quelque chose qui se ressent plutôt que ne s'explique…?

Flora bis 13/12/2015 18:56

Chère Françoise, je cherche, moi aussi, l'explication; jusqu'ici, j'ai trouvé quelques fragments... Principalement, je crois que cela remonte à la mort de Gilbert, ce besoin de mots pour COMPRENDRE... C'était vital, la bouée de sauvetage! Puis c'est devenu un tel plaisir, l'exploration de cette langue magnifique, souple et rigoureuse à la fois, et un défi à essayer de la "plier " à mes désirs... Je vis ici, "en français" et progressivement, je m'étais même éloignée de ma langue maternelle et c'est pour cela que j'ai commencé mon blog en hongrois, pour retrouver le chemin qui me ramène vers elle... Une langue très originale, à l'opposée du français, impossible de renoncer à l'une comme à l'autre...