Objets inanimés?...

Publié le 8 Novembre 2015

Objets inanimés?...

"Il y a deux sortes de gens: ceux qui utilisent leurs beaux verres en toute occasion jusqu'à ce que le dernier soit cassé, et ceux qui les gardent en réserve pour une occasion vraiment exceptionnelle." (Catherine Cusset, Confessions d'une radine, 2003)

Je tombe sur cette phrase de Catherine Cusset et mentalement, j'ouvre les portes de mon vaisselier qui contient les verres et les tasses de toute une vie. Je connais la place de chacun, sans même avoir besoin de me lever pour vérifier. Je sais d'où ils viennent, à quelle époque ils ont atterri chez nous et combien de fois ils nous ont suivis dans des cartons de déménagement, ballottés dans des camions ou au fond des containers sur des bateaux. Certains n'ont jamais servi... Souvenirs trop précieux, pour risquer de les briser.

J'hésite. Je connais des gens qui, par ignorance ou par manque d'attention, ne savent pas apprécier les belles choses. Ils sont capables d'enfourner les verres de cristal dans le lave-vaisselle ou de les laisser s'entrechoquer dans une eau mousseuse brûlante... Pareil pour les tasses de porcelaine tellement fines qu'elles ne pèsent rien et qu'elles laissent passer la lumière!... J'aime les regarder parfois, pour leur beauté discrète ou étincelante, ou pour le souvenir qu'elles éveillent en moi. Tel service à café, souvenir de Grand-mère Eva, Limoge raffiné, poids plume que je ne sors qu'aux grandes occasions. Pareil pour le service à dessert qui me rappellera immanquablement ma cousine délicate qui dénichait pour moi des cadeaux originaux. Cet ensemble, en l'occurence, antique porcelaine de cent ans, d'une marque célèbre, elle se l'est procuré chez une vieille institutrice et elle me l'a offert en cadeau de mariage... D'elle, il ne reste plus qu'une tombe et les quelques objets en souvenir, mais ces petites assiettes fines me la font revenir à chaque fois. Je supporterais mal de les abîmer...

Il y en a d'autres, plus rustiques mais tout aussi précieuses. La faïence chatoyante de Rouen me rappelle Mario, le vieux garagiste italien, artiste dans l'âme qui sculptait du bois, et sa douce femme de Normandie... Il y a aussi un drôle de petit flacon en verre épais: cadeau d'un antiquaire d'Istanbul, comme ça, sans raison, pour le plaisir du geste et pour la satisfaction de m'apprendre sa destination: doser le rakı...

Alors, pour revenir à la phrase de Catherine Cusset, suis-je inutilement précautionneuse, ne sachant pas jouir du présent, alors que la vie se consume et les objets me survivront?... Faut-il leur donner une telle importance, au point de m'interdire de les banaliser? Parfois, la tentation m'effleure: tant pis, il n'y a que l'instant qui compte, le futur est incertitude et après nous le déluge!

Je n'y arrive pas...

Rédigé par Flora bis

Publié dans #réminiscences, #souvenirs

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Aude 09/11/2015 20:02

En jouir avec les yeux et le cœur c'est les utiliser aussi.

Flora bis 21/11/2015 10:37

Désolée, la machine corrige mes mots en agissant à sa tête: cela m'embête car je suis facilement soupçonnable d'en faire moi-même! En l'occurrence, pas de ce genre! Donc: "excella" : "et cela"...

Flora bis 10/11/2015 09:36

Merci, chère Aude, je n'y ai pas pensé sous cette forme excella me réconforte!