Quelques réflexions autour de la notion du désir...

Publié le 9 Octobre 2015

Quelques réflexions autour de la notion du désir...

Il y a quelques jours, j'ai participé à une discussion sur le thème du désir. Vaste sujet, très complexe, considéré par les anciens comme une malédiction dont il faut se méfier, voire s'en débarrasser pour éviter l'aliénation!

Il existe des synonymes - souhait, envie, convoitise, besoin - mais ils expriment des nuances qui peuvent sortir du spectre philosophique du terme. En effet, ce qui définit avant tout le désir, c'est son côté irrationnel: l'instinct de possession poussant à la convoitise de son objet, sans jamais atteindre la satisfaction car l'insatiabilité est son autre trait fondamental...

Dom Juan dévaste tout sur son passage mais la première victime est lui-même: éternel insatisfait, il est condamné - damné - à la poursuite de la conquête suivante, puisque l'assouvissement de son désir ne lui procure aucune sensation de satiété...

Il est parfois plus facile de définir le désir par ce qu'il n'est pas: ce n'est pas le besoin qui est plutôt physiologique, tandis que le désir est un phénomène psychique envahissant. Ainsi, moins intenses, plus éphémères, l'envie (j'ai envie d'une écharpe Kenzo...) ou le souhait (j'aimerais posséder un studio avec balcon sur l'océan...) qui n'enchaînent pas notre esprit au point de l'en rendre esclaves.

L'objet du désir doit être difficile à conquérir: la proie facile n'intéresse pas le chasseur obsessionnel. La quête, les obstacles en constituent toute l'attirance. Ainsi, la confrontation avec la réalité ne peut être que décevante: combien de fois avons-nous été étonnés et désenchantés, lorsque la réalité a ouvert nos yeux, déchirant le voile qui permettait de sublimer l'objet de nos soupirs durant des années, voire des décennies?...

Heureusement, certains penseurs (déjà Aristote, à l'inverse de Platon) réhabilitent le désir, en élargissant son sens. Spinoza le place sous le contrôle de la raison et mesure la puissance de l'âme à sa capacité de maîtriser ses désirs passionnels. "Le désir qui naît de la raison ne peut être excessif." Selon Rousseau, il est une des conditions du bonheur: "Malheur à qui n'a plus rien à désirer!" Je ne suis pas loin de pencher dans la même direction. Un Nirvana aseptisé qui prône l'extinction des désirs afin d'atteindre un état de plénitude ne m'attire pas, en dépit d'une promesse d'éternité... Quel ennui! Je préfère ma condition de simple mortelle et choisis la définition de St-Augustin qui réconcilie désir et maîtrise des passions inconstantes et dispersées:

"Le bonheur, c'est de continuer à désirer ce qu'on possède."

Rédigé par Flora bis

Publié dans #réflexions

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fazou 16/10/2015 19:05

j'allais dire, le désir, c'est bien souvent la vie… mais il n'y a rien à ajouter à la citation de st Augustin, très forte!

Flora bis 19/10/2015 00:11

Oui, c'est ce que je pense aussi: c'est un moteur pour avancer, la promesse d'une saveur...

Aude 11/10/2015 09:12

quelle belle formule de fin ! Vive Saint Augustin (et vive Flora)

Flora bis 11/10/2015 11:44

Ce serait pour moi une sorte de quintessence du bonheur!
Merci de votre visite, chère Aude et bon dimanche!