Appartenance

Publié le 10 Septembre 2014

Appartenance

Bientôt, je dois accomplir un pèlerinage vers la maison de mes parents, celle que j'ai quittée il y a plus de quarante ans et que ma mère habitait seule depuis presque vingt. Ce voyage ne sera pas la réplique joyeuse de tous ceux que je réalisais fidèlement, au moins une fois par an, depuis mon départ. Il sera le dernier, avant la mise en vente de la maison.

Ma mère a été le dernier fil solide à me relier à cette maison qui garde encore les traces intactes de ses 56 années passées ici. Tout est inchangé et tout doit être balayé, déplacé, supprimé. A l'image d'une vie qui devient souvenir évanescent.

Un autre lien fort s'en trouve ébranlé autant: celui qui me rattache à mon pays natal. Je l'ai quitté à l'âge de 26 ans. Par amour. Avec une confiance insouciante qui me faisait quitter une langue, une profession, une culture et toutes mes références... On suit l'homme que l'on aime car notre "patrie" est désormais l'amour.

Depuis 24 ans maintenant, j'habite dans cette maison de briques rouges, typique au Nord de la France. Je n'ai jamais habité aussi longtemps au même endroit! A la mort de mon mari, il y a huit ans, j'aurais pu rentrer dans mon pays d'origine, en fermant avec sa disparition la parenthèse française de ma vie... L'idée m'avait effleurée pendant quelques jours.

En dépit des pressions plus ou moins ouvertes, quelques aimables accusations en "infidélités" à mes racines de la part d'amis, les reproches sourds et à peine voilés de ma mère de l'avoir abandonnée, j'assume. Ma vie est désormais ici. La langue d'adoption dans laquelle je m'exprime tous les jours - souvent, j'avoue, avec une certaine jouissance - et qui m'offre des heures de délices et de rires avec mes petites-filles, des liens chaudement enveloppants avec famille et amis, c'est la langue française. La "circulation sanguine" d'un pays qui irrigue ma vie, ses événements politiques, culturels, ses émissions de télé et ses turbulences météo, c'est en France que cela me concerne directement. Je les partage et j'en assume ma part. Sans pour autant renier, j'en suis certaine, ce socle initial que constituent les 26 premières années de ma vie.

Rédigé par Flora bis

Publié dans #réflexions

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