Jeudi 12 novembre 2009
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Malade depuis trois jours, je me métamorphose. Hier, je n'éprouvais que dégoût pour les biographes de leurs propres entrailles, qui pondent un volume dès qu'un bouton
leur pousse sur le nez, mettent en scène leur ménopause, leurs gonocoques, leur impuissance et leurs divorces, les adultères de leurs parents, le retour d'âge de leurs bassets. Et me voici lancé
dans un journal ! Pour l'occasion, j'ai même acheté un cahier. Clairefontaine, 288 pages, grands carreaux, couverture bleue. L'indécence absolue ! Un universitaire sérieux se doit d'agoniser en
silence... ou de ne pas agoniser.
La langue est camouflage. "Limite" ne veut pas dire "cancer". Si je ne l'avais pas tuée, Véronique s'accrocherait à ces pauvres syllabes.
Nous serions trapézistes, lancés dans des acrobaties verbales et des sauts périlleux. Mes cent-vingt-cinq kilos sur un trapèze.
Hôpital du jour. J'entre à huit heures. On m'installe dans la chambre ; je lis. Toute la journée, dans cette demeure un peu trop campagne qui
n'avait l'air que d'un lieu de sieste entre deux promenades ou pendant l'averse, une de ces demeures où chaque salon a l'air d'un cabinet de verdure et où, sur la tenture des chambres, les roses
du jardin dans l'une, les oiseaux des arbres dans l'autre, vous ont rejoint et vous tiennent compagnie... Le
médecin s'approche, flanqué d'un interne et d'une infirmière.
Ėtait-il nécessaire de tuer
Véronique ?
*
Un cancéreux réduisait le Tour de France à une course sans éclat, trop facile pour son
incroyable puissance. Le contre la montre autour de Metz lui avait accordé le maillot jaune. La première étape de montagne confirmait l'absence de tout rival. Le Galibier fut franchi sans
efforts, avant une montée vers Sestrières maquillée en triomphe.
Au même moment, un cancéreux qui s'ignorait encore, pour quelques jours, déplorait de ne pas être coureur cycliste. Si Philibert Tique avait escaladé le Galibier, il l'avait fait
en vingt-deux stations, contraint à quatre arrêts avant même le Plan Lachat que les spécialistes désignent comme le véritable début du col. Chaque fois qu'il posait pied à terre, les poumons
incendiés, muscles tétanisés, ses illusions papillonnaient, avant de fondre dans le ravin ou de s'enfouir dans les congères du bord de la route, insectes moribonds que son cerveau en manque
d'oxygène métamorphosait en cercles noirs, zéros accusateurs. Il lui fallait s'extraire de la liste des champions, même les plus misérables, ceux qui se contentent de la lanterne rouge. Sur
les hauteurs du col, dans les vomissements du grimpeur dérisoire, s'ouvrait une carrière de pâle intellectuel. Combien d'universitaires comme Philibert Tique ne sont que des athlètes déçus,
des danseuses trop pesantes, des acteurs sans talents... (...)
Par Flora
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Mercredi 11 novembre 2009
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16:47
Un après-midi, à l'emplacement 14 de la vingt-septième parcelle du cimetière municipal de Budapest, le monument funéraire
en granite de plus de trois tonnes se renversa dans un grand fracas. Tout de suite après, la tombe se fendit en deux et la défunte qui y gisait, nommément Mme Mihály Hajduska née Stefánia Nobel
(1827-1848), ressuscita.
En lettres défraîchies par le temps, le nom du mari était également gravé sur la pierre, cependant, pour des raisons
inconnues, lui ne ressuscita pas.
A cause du temps maussade, il y avait peu de monde au cimetière mais ceux qui entendirent le vacarme, s'amassèrent autour de la tombe. Entre temps, la jeune femme se débarrassa des
mottes de terre, emprunta un peigne et se recoiffa.
Une petite vieille à la voilette de deuil lui demanda comment elle se sentait.
Bien, merci, lui répondit Mme Hajduska.
N'avait-elle pas soif, s'enquit un chauffeur de taxi.
Pas pour l'instant, répondit la défunte.
Telle que cette eau de Budapest était exécrable, remarqua le chauffeur, lui-même n'en aurait pas voulu.
Qu'est-ce qu'elle avait, l'eau de Budapest, demanda Mme Hajduska.
On y ajoutait du chlore.
Vrai, on y ajoutait du chlore, acquiesça Apostol Barannikov, un jardinier bulgare qui vendait des fleurs à l'entrée du cimetière. Et pour cette raison, lui, il devait arroser ses
plants le plus délicats à l'eau de pluie.
Quelqu'un remarqua que de nos jours, dans le monde entier, on ajoutait du chlore à l'eau.
A ce stade, la conversation resta en suspens.
Qu'y avait-t-il d'autre de nouveau, demanda la jeune femme.
Rien de particulier, lui répondit-on.
Silence. La pluie se mit à tomber.
- Vous n'allez pas vous mouiller? s'adressa à la ressuscitée Dezső Deutch, artisan, fabricant de canne à pêche.
Ça ne faisait rien, dit Mme Hajduska. Qu'elle aimait la pluie.
Ça dépendait quelle pluie, remarqua la petite vieille.
Qu'elle parlait de cette pluie tiède d'été, précisa Mme Hajduska.
Qu'il ne voulait aucune pluie, dit Apostol Barannikov, car elle éloignait les visiteurs du cimetière.
Qu'il pouvait très bien le comprendre, acquiesça le fabricant de canne à pêche.
Une plus longue pause s'installa dans la conversation.
- Racontez-moi quelque chose; la ressuscitée les dévisagea.
- Raconter quoi? dit la petite vieille. Nous n'avons rien à raconter.
- Il ne s'est rien passé depuis la guerre de libération?*
- Il se passe toujours quelque chose, fit un geste l'artisan. Mais comme disent les Allemands : Selten kommt etwas Besseres nach.
- Voilà, ajouta le chauffeur de taxi et l'air de prendre un client, il retourna à sa voiture, déçu.
Ils se turent. La ressuscitée jeta un coup d'oeil dans la tombe, restée béante. Elle attendit un peu mais constatant qu'ils étaient tous à court de sujet, elle prit congé.
- Au revoir, dit-elle en redescendant dans le trou.
Le fabricant de canne à pêche, attentionné, lui tendit le bras pour qu'elle ne glisse pas dans la boue.
- Bonne continuation, lui dit-il, en regardant dans la tombe.
- Que s'est-il passé, s'enquit le chauffeur de taxi à l'entrée. Elle n'est quand-même pas retournée dans la tombe?
- Si, si, hocha la tête la petite vieille.
- Pourtant, on a si bien bavardé.
Traduction : R. T. István Örkény : Egyperces novellák (Nouvelles d'une minute) éditions Magvető 1974
* ils'agit de la guerre pour l'indépendence de la Hongrie en 1848-49, contre les Habsburg
Ecivain, auteur dramatique, István Örkény
cultive le grotesque dans ses textes. Ces "nouvelles" très courtes tentent d'en dire beaucoup avec
peu de mots, en sollicitant l'imagination du lecteur pour être leur partenaire
Par Flora
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Mardi 10 novembre 2009
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11:25
Cela fait maintenant presque trois ans qu'une idée de la flamboyante Muriel a instauré la réunion conviviale et mensuelle des soirées de
lecture, chez elle, chez Richarda ou chez moi-même. Le choix des thèmes se fait selon les coups de coeur de chacun : tous peuvent en proposer un dont ils assumeront la présentation par la
suite. C'est ainsi que nous
avons découvert et fait partager
des poètes, des écrivains et des auteurs de théâtre à un public de plus en plus nombreux et de plus en plus fidèle. Il faut pousser les meubles, rassembler tous les sièges existants (certains
viennent avec leurs pliants comme aux temps héroïques de la télévision débutante), bravant des dizaines de kilomètres dans la nuit pluvieuse et venteuse du Nord et j'en suis sincèrement touchée.
Chacun apporte quelque chose à boire ou à manger et à la fin, nous partageons le tout autour de la table conviviale. Des rencontres se font, des amitiés se nouent, c'est une découverte permanente
et chaleureuse comme les gens du Nord seuls en ont le secret. C'est la principale raison qui me maintient ici, dans cette terre rugueuse, pudique et chaleureuse que j'ai adoptée et qui m'a
adoptée aussi.
Les origines diverses se mélangent, s'enrichissent mutuellement, au lieu de dresser des barrières et des barbelés entre Flamands, Marocains, Hongrois, Camerounais, Polonais,
Algériens... ou Franco-Français, tout simplement. Que veut dire ce dernier, dans cette terre d'accueil de tous les métissages qu'est le Nord en particulier ? Le lien entre nous tous est cette
merveilleuse langue française que nous essayons de cultiver grâce aux grands textes que nous découvrons, en original ou en traduction.
Lundi dernier, Gilbert est revenu parmi nous à travers les extraits de ses textes publiés dont j'ai concocté la lecture pour une durée d'une bonne heure. Le choix a été crucial :
comment en éliminer ?...
Les gens arrivaient, arrivaient... les chaises manquaient : nous étions une trentaine. Les 4 lecteurs ont été extraordinaires, l'ambiance frôlait le recueillement, allégé par des
touches d'humour noir. En dernier, je me suis réservé le début de son dernier roman,
La Trilogie
Armstrong, resté inachevé, corrigé jusqu'au dernier jour sur le lit de l'hôpital et qui m'attend pour être terminé. Des craquements mystérieux nous parvenaient
depuis la cuisine... Des moins cartésiens que moi affirmaient que c'était lui qui signalait sa présence et qui nous saluait de l'au-delà... Ce serait beau d'y croire...
tout en le trahissant.
Par Flora
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Lundi 9 novembre 2009
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Par Flora
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Dimanche 8 novembre 2009
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10:49
Commémoration oblige, je fais un grand saut dans la chronologie des événements
marquants de ma vie. Au moment de la chute de mur de Berlin, nous séjournons à Istanbul depuis cinq ans. Cet événement dont tout le monde ressent la portée historique nous touche bien plus
personnellement qu'il n'enthousiasme beaucoup d'autres et nous ramène à des années en arrière...
En 1976, après deux ans en Algérie, nous atterrissons à Berlin Ouest, pour y rester jusqu'en 1982. Notre fils naît là-bas et peut prononcer à l'instar de Kennedy (avec plus de
légitimité, mais avec moins de portée symbolique) : "Ich bin ein Berliner !"
Nous débarquons dans un monde irréel, artificiel, dans un îlot en plein milieu de la RDA, hostile et méfiant jusqu'à la paranoïa : dans Berlin Ouest entouré du Mur. Le premier choc
des contrôles militaires multiples passé, le Mur fait partie de notre paysage quotidien, de notre perception de la vie en général. Il est là comme un vestige de la guerre, un monument éloquent
des rapports de force et des face-à-face blindés de deux blocs inconciliables. Sensation paradoxale : le Mur a été érigé dans les années soixante pour cautériser l'hémorragie de la population
est-allemande vers l'Ouest ; il nous entoure donc mais ce sont ceux d'en face, les habitants du
pays en plein milieu duquel nous nous trouvons qui en sont véritablement les prisonniers. Certains d'entre nous ont du mal à conceptualiser leur situation géographique...
Berlin-Ouest est divisé en trois zones d'occupation : les Français au Nord (grâce à de Gaulle, ils ont eu, in extremis, eux aussi, une part du gâteau), les Anglais au milieu et les
Américains au Sud de la ville. Selon les accords quadripartites, Berlin Est est considéré comme zone d'occupation soviétique. Cependant, par la volonté de Moscou d'ériger un pays communiste face
à l'Ouest, il est devenu capitale - illégalement pour les Alliés occidentaux qui ne le reconnaissent pas comme telle - la capitale de la RDA. Ainsi, nous vivons une
situation contradictoire où le gouvernement de la France maintient une ambassade à Berlin Est, reconnaissant de facto son statut de capitale, tandis que le Gouvernement Militaire français de
Berlin (GMB) le considère comme simple zone d'occupation soviétique... Il en résulte des situations tout à fait cocasses que je raconterai plus tard.
C'est une vie en tous points schizophrénique mais moi, personnellement, j'ai toujours vécu dans des régimes à la schizophrénie ambiante et je m'en accommode vite. Ayant la double
nationalité, je possède donc mon passeport délivré par la Hongrie communiste et ma carte FFA (Forces Françaises en Allemagne), délivrée par l'armée française d'occupation... Cela donne une
certaine hauteur de vue pour contempler les situations générées par la folie humaine...
la suite
suivra...
Par Flora
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Vendredi 6 novembre 2009
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16:54
Et serait-on seulement sûr encore
que toute la peine qu'il faudrait lui faire aurait un résultat?
Franz Kafka, Le
Verdict
Lorsque mourut Philibert Tique, son épouse fit graver sur la tombe l'épitaphe qu'il concoctait depuis des mois :
Dans une vie sans éclat, il ne connut qu'une envolée : le 21 juillet 1969,
Neil Armstrong posait le pied sur la Lune.
Nul n'écrira jamais la biographie de Philibert Tique. Les
biographes ont tort. Derrière les vies médiocres se dissimulent souvent des destins convulsés, des espoirs atrophiés. L'épitaphe, par exemple. Rien n'y est mensonger ; l'essentiel est absent.
Derrière Neil Armstrong, l'astronaute, se dissimulent deux homonymes, Louis et Lance...
Le 25 juillet 1999, Lance Armstrong remportait son premier Tour de France. Six autres allaient suivre. Anquetil, Merckx, Hinault et Indurain, cinq victoires chacun, faisaient
soudain figure de nains de la route. Depuis la salle d'attente, Philibert Tique entendit crier une vieille femme.
*
En fait, l'examen n'est pas très douloureux. Un bon craquement quand l'aiguille pénètre dans
le sternum, façon coup de poignard. Du moins, c'est ainsi que j'imagine les coups de poignards. La moelle est aspirée dans une seringue. Une seconde désagréable, deux au grand maximum.
Le pire a précédé. L'hématologue hésite sur les chiffres en colonnes, les résultats de l'analyse sanguine, lève les yeux, furtif. Poussé dans ses retranchements, il fait part
de ses doutes. Il faudrait confirmer par un prélèvement de moelle mais l'hypothèse "maligne" n'est pas à écarter. Les médecins blonds sont dangereux. Est-ce que Kafka est blond, Stendhal,
Dostoïevski ?
J'accepte la ponction, réalité sournoise dans laquelle on m'englue. Dans la pièce voisine, une infirmière m'attend, pour seconder le maître. Je la voudrais sinistre, vieille,
moustachue, dans les décors de Pavillons des cancéreux, une façon de devenir Kostoglotov ou Roussanov, de leur confier la maladie pour qu'ils l'enferment au fond d'un livre.
Il n'en est rien. Les murs sont clairs et propres, le sourire engageant. Aucune odeur de crasse et de médicaments.
Toute expérience est instructive. J'apprends le mot "myélome" : tumeur médullaire maligne.
Pour mesurer le temps, les Chinois utilisaient de longues baguettes, horloges à feu enduites d'un produit végétal. L'ensemble se consumait au
ralenti. La longueur de bois brûlée indiquait l'heure. Des fils pouvaient être fixés en des endroits bien précis de l'ensemble. A leur extrémité, de petites billes. Lorsque le fil
devenait flamme, la bille tombait sur un gong.
Au téléphone, l'hématologue annonce un résultat "limite" et la nécessité d'un nouveau prélèvement, dans l'iliaque. Un os de plus pour l'engrenage. Je songe à Kafka. La herse
de La colonie pénitentiaire trace la sentence, à coups d'aiguilles, à même la chair du condamné. De piqûre en piqûre, que souhaite-t-on écrire
sur ma peau ? Seraient-ils au courant de mes assassinats, ces crimes que je croyais parfaits ? (...)
le début du dernier roman de Gilbert, inachevé et qui m'attend pour être terminé...
Par Flora
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Dimanche 1 novembre 2009
7
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/2009
21:06
DÉJÀ LE SOLEIL ROUGIT LES BAIES D'AUTOMNE
Elle est blonde et païenne, elle n'a foi qu'en moi
et se cabre et chuchote à la moindre soutane :
"rien n'existe que l'herbe et l'arbre et le soleil
et la lune et l'étoile, et les bêtes bien sûr
dans les champs aux mille couleurs." Puis elle file :
la poussière s'élève heureuse sur ses pas.
Pourtant là-haut vers les jardins le christ
aussi voit ses baisers et le bleuet
s'incline devant elle avec plaisir, car toujours
il y a l'admirant en vain
un saint homme barbu, énamouré.
Elle a dix-huit ans, et lorsqu'elle est sans
moi
elle va sans rien dire ainsi que la rivière
à midi, l'été, entre les arbres de ses rives,
et berce dans son coeur ce chatoyant souci
que jamais nous n'épuiserons tous nos baisers
et s'afflige. Déjà le soleil rougit les baies d'automne.
traduction : Jean-Luc Moreau
PIRUL A NAPTÓL MÁR AZ ŐSZI BOGYÓ
Szőke, pogány lány a szeretőm, engem
hisz egyedül és ha papot lát
rettenve suttog : csak fű van és fa ;
nap, hold, csillagok s állatok vannak
a tarka mezőkön. És elszalad. Por
boldogan porzik a lábanyomán.
Pedig fönn a kertek felé
feszület is látja a csókját és
örömmel hull elé a búzavirág,
mert mindig hiába megcsudálja őt
egy szerelmetes, szakállas férfiszentség.
Tizennyolc éves és ha nélkülem van,
hallgatva jár, mint erdős partok
közt délidőn jár a víz s
csillogó gondot ringat magában arról,
hogy sohasem telünk el a csókkal és
szomorú. Pirul a naptól már az őszi bogyó.
1 septembre 1930
Par Flora
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Samedi 31 octobre 2009
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16:58
Par Flora
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Vendredi 30 octobre 2009
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09:49
Il ne fait pas bon de tomber malade en Union Soviétique. Les médecins, tout
comme les enseignants, sous-payés, humbles travailleurs de l'état, ne font pas partie des castes supérieures. Dans la Hongrie de l'époque, ils sont bien mieux considérés, privilégiés même par
certains côtés. Ils doivent s'acquitter des heures de consultation, gratuite pour le patient, à la polyclinique, et compléter, voire multiplier leurs revenus par des consultations privées dans le
cabinet à leur domicile. Sans compter les enveloppes glissées lors des poignées de main, pour, croit-on, assurer un meilleur traitement... A la campagne, on peut y ajouter des remerciements en
"nature" : des légumes de saison, des oeufs et des poules dodues.
En Union Soviétique, au pays qui a inventé la dictature du prolétariat, on se méfie des travailleurs intellectuels : pour un pouvoir totalitaire, le danger risque de venir de ce côté
! Les purges paranoïaques de Staline contre les "blouses blanches" sont encore dans les mémoires, même étouffées
ou muselées...
A notre modeste échelle, nous avons l'occasion d'y goûter en un an et demi. Pourtant, nous prévoyons les médicaments de base, car les pharmacies sont tristement désertes,
avec, sur les étagères, quelques boîtes orphelines provenant souvent des pays frères. Notre amie Natacha soigne sa toux avec des remèdes de grand-mère (compresses à la moutarde) et une fois, je
trouve même Marie allongée, le dos hérissé d'ampoules!
Marie est sujette à de grosses crises douloureuses et mystérieuses que même des hospitalisations ne parviennent pas à élucider. (il s'avèrera, en rentrant en Hongrie qu'il
s'agissait de calculs de la vésicule biliaire...). Cela nous permettra d'éprouver un hôpital moscovite et même celui de Boukhara !
Je l'accompagne. A l'arrivée, dans un réduit semblable à un débarras, une infirmière à l'amabilité de l'antique Cerbère lui ordonne de se déshabiller et d'enfiler une camisole, avant
de gagner sa chambrée à huit lits. Elle lui coupe à ras ses ongles soigneusement manucurés. Et, avant de la happer dans ce circuit effrayant et inconnu, elle grommelle à mon adresse, en tapant du
pied : "Stoupaï domoï !" , littéralement : "Fous le camp chez toi !" J'en ai le souffle coupé...
Pendant son hospitalisation, nous ne pourrons communiquer qu'à la criée, moi, en bas, dans la rue et elle, du haut de sa fenêtre du troisième étage. Les visites sont interdites. Dans
la chambre, la toilette quotidienne est assurée par un lavabo à l'eau froide. Tout cela pour un résultat nul à la sortie !
A Boukhara, l'ambiance est bien plus sympathique. Marie est chaleureusement accueillie par les autres malades (souvent du choléra) qui partagent avec elle leur tasse de
thé...
la suite suivra...
Par Flora
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Lundi 26 octobre 2009
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07:04
FRAGMENT
J'aurai vécu sur cette terre à une époque
où l'homme était tombé si bas que, de lui-même,
il tuait avec joie sans avoir besoin d'ordres.
Ses croyances n'étaient qu'errances et erreurs,
et sa vie, un tissu d'obsédantes terreurs.
J'aurai vécu sur cette terre à une époque
qui tenait la délation pour méritoire,
dont les héros étaient des assassins, brigands, traîtres.
Celui qui se gardait, par hasard, d'applaudir,
comme un pestiféré il se faisait haïr.
J'aurai vécu sur cette terre à une époque
où pour un mot trop haut on devait se cacher
et se ronger les poings en ravalant sa honte.
Le pays aveuglé faisait bonne figure
à l'horreur d'un destin soûl de sang et d'ordure.
j'aurai vécu sur cette terre à une époque
où l'enfant maudissait sa mère. En ce temps-là
la femme grosse était heureuse d'avorter,
et le vivant trouvait les défunts enviables
tandis que le poison bouillonnait sur la table.
...........................................................
J'aurai vécu sur cette terre à une époque
où, muet, le poète attendait que ta voix
retentisse à nouveau pour fulminer le juste
anathème - nulle autre n'en étant capable -
O, Isaïe, maître du Verbe redoutable !
traduction Roger Richard
TÖREDĖK
Oly korban éltem én e földön,
mikor az ember úgy elaljasult,
hogy önként, kéjjel ölt, nemcsak parancsra,
s míg balhitekben hitt s tajtékzott téveteg,
befonták életét vad kényszerképzetek.
Oly korban éltem én e földön,
mikor besúgni érdem volt s a gyilkos,
az áruló, a rabló volt a hős, -
s ki néma volt netán s csak lelkesedni rest,
már azt is gyűlölték, akár a pestisest.
Oly korban éltem én e földön,
mikor ki szót emelt, az bujhatott,
s rághatta szégyenében ökleit, -
az ország megvadult s egy rémes végzeten
vigyorgott vértől s mocsoktól részegen.
Oly korban éltem én e földön,
mikor gyermeknek átok volt az anyja,
s az asszony boldog volt, ha elvetélt,
az élő írigylé a férges síri holtat,
míg habzott asztalán a sűrű méregoldat.
..................................
Oly korban éltem én e földön,
mikor a költő is csak hallgatott,
és várta, hogy talán megszólal ujra -
mert méltó átkot itt úgysem mondhatna más, -
a rettentő szavak tudósa, Ésaiás.
.................................
19 mai 1944
Par Flora
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