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Dimanche 31 mai 2009 7 31 /05 /2009 20:59

En 1903, Ady fait la connaissance de Léda (anagramme d'Adél). Adèle Brüll est de cinq ans son aînée, elle s'ennuie dans un mariage terne. Rapidement, elle devient le symbole de la Femme pour le jeune poète provincial, la Femme fatale, la femme aux accents de Paris qui lui apprendra tout. Leur liaison souvent orageuse dure huit ans.

SUR LE SOMMET D'UNE ROCHE SAUVAGE

Sur le sommet d'une roche sauvage,
Nous voilà seuls, raidis et chancelants,
Nos corps serrés et serrés nos visages.
Nul pleur, nul cri, nul mot même hésitant,
Un souffle, un seul : la chute nous attend.

Des liens de chair et de sang nous protègent
Tant qu'ils sont là, noués solidement :
La peur bleuit nos lèvres à présent.
Embrasse-moi et le silence émerge,
Dis un seul mot : la chute nous attend.

                                   Adaptation de Chris-France Revol



VAD   SZIRTTETÖN   ALLUNK

Vad szirttetön mi ketten
Allunk árván, meredten,
Allunk összetapadtan,
Nincs jajunk, könnyünk, szavunk :
Egy ingás és zuhanunk.

Véres hùs-kapcsok óvnak,
Amig összefonódnak :
Kékes, reszketö ajkunk.
Mig csókolsz, nincsen szavunk,
Ha megszólalsz : zuhanunk.

                                                     1906 

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Lundi 25 mai 2009 1 25 /05 /2009 19:07

Eygalières, 10 mai 1967

(extraits d'une longue lettre dans laquelle J. Pilinszky se pose la question de l'émigration)

[...] Je n'ai jamais cherché à jouer un rôle quelconque. Mais comme cela m'est tombé dessus, il faut bien que je l'endosse. Seulement, je crains de ne pas pouvoir l'assumer chez moi, et l'émigration constituerait la seule suite et fin que j'ai encore à ma disposition.
   Si je m'expatrie, le fait de disparaître dans l'indifférence et l'anonymat ne m'est point menaçant. Pour longtemps, je me considèrerais plutôt en liberté.
   Personne ne peut être poète en dehors de son pays. [...] Comme Vous le dites : je ne suis que poète, homme   -  et non pas un saint. Dans ma situation, chez moi, je suis arrivé au bout de mes forces. Comme celui qui porte un poids trop lourd, et tout d'un coup, il ne sent plus ni le poids ni ses bras. Soudain, il prend peur, comprenant qu'il va tout lâcher. [...]
   Si je rentre, je ne vois rien d'autre devant moi que la fidélité de la chute libre et la miséricorde de Dieu.
    L'émigration a ses avantages et ses inconvénients. Ma mélancolie restera intacte. Un sentiment de dérobade me tourmentera aussi, sans aucun doute. C'est avec une angoisse incessante que je suivrai ma famille de loin. S'ils essuient des brimades, pourrai-je leur venir en aide, en faisant intervenir la radio Europe Libre ? S'ils sont malades, pourrai-je les soutenir matériellement ?  [...]
   Bien sûr, la liberté à l'occidentale ne serait pas dépourvue de dangers et de souffrances non plus. Comme quelqu'un qui a trop longtemps désiré une chose et lorsqu'il peut enfin tendre la main pour l'atteindre, il s'aperçoit que sa main est inerte. Tout ce que je vois à l'occident, je perçois comme un luxe douloureux, y compris même les monastères. En même temps, ce luxe me remplit d'effroi  -  du vertige paralysant de la liberté. Est-il possible que je ne puisse plus circuler que dans des couloirs de prison ?
[...] Et la boucle est bouclée. Que je rentre ou non, je dois agir à l'aveuglette  -  en remettant ma vie et ma décision à la miséricorde de Dieu. Et pourtant, en ce moment même, je me sens abandonné de Dieu qui ne dit rien. Serait-ce le début de ma chute ? Ou bien au contraire : le début d'un aboutissement ? [...]
 
traduction R.T.  "Recueil des lettres de J. Pilinszky" éd. Osiris Budapest 1997 (Pilinszky János összegyüjtött levelei, Osiris Kiadó Budapest 1997) 
     

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Mardi 12 mai 2009 2 12 /05 /2009 18:41



CONTRE TON SEIN.
..

Contre ton sein oublie un jour de me serrer,
          Moi qui suis à toi tellement !...
Aussitôt les voleurs me viendront enlever
          Et toi qui rêvais, l'air content,
Tu t'effondreras en pleurs sur ce canapé.
Songeant au fol orphelin si loin échappé.

Si à chaque instant tu ne me câlines pas,
          Criant : être à toi quel bonheur !...
A ton ombre voûtée un jour tu confieras :                        HA NEM SZORITSZ...
          Me voilà seule avec ma peur.
Alors pour ton amour nul fil ne fileras :                    Ha nem szoritsz ùgy kebeledre,
Un faux-fil aura fait pour toujours ton malheur.       mint egyetlen tulajdonod,
                                                                             engem, mig álmodol nevetve,
Si tu ne m'étreins pas, si tu ne me dévores,             szétkapkodnak a tolvajok
          Me battront les arbres, les eaux,                   s majd sirva dölsz a kerevetre :
Les montagnes. C'est en enfant que je t'adore,        mily árva s mily bolond vagyok !
          Comme lui je suis ton bourreau,
Et ce palais où tu te baignes dans l'aurore                Ha minden percben nem kecsegtetsz,
Je viendrai l'obscurcir, ce sera mon tombeau...        hogy boldog vagy, mert nekem élsz,
                                                                             görnyedö árnyadnak fecseghetsz,         
 texte français : Lucien Feuillade                            ha gyötör a magány s a félsz.
                                                                             Nem lesz cérna a szerelmedhez,
                                                                             ha ùgy kifoszlik, mint a férc.
                            
                                                                             Ha nem ölelsz, falsz, engem vernek
                                                                             a fák, a hegyek, a habok.
                                                                             En ùgy szeretlek, mint a gyermek
                                                                             s épp olyan kegyetlen vagyok :
                                                                             hol fényben fürdesz, azt a termet
                                                                             elsötétitem  -  meghalok.
                                                                                                                               1937







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Samedi 2 mai 2009 6 02 /05 /2009 19:30


Ma mère

Je la vois, tenant son bol à deux mains.
Le soir tombait, c'était dimanche.
Elle souriait en silence,
Assise un peu dans la pénombre.

Elle apportait, de chez Son Excellence,
Une assiettée, tout son dîner.
Nous nous couchions et je songeais
Qu'eux en mangeaient une marmite.                       

                                                                                Anyám
C'était ma mère, mince et bientôt morte,             A bögrét két kezébe fogta,               
Car les laveuses meurent jeunes.                       ùgy estefelé egy vasárnap
Leur corps tremble sous les fardeaux,                 csöndesen elmosolyodott
Le repassage use la tête.*                               s ült egy kicsit a félhomályban  -

La vapeur semble un nuage apaisant                  Kis lábaskában hazahozta
Sur le linge sale en montagnes.                         Kegyelmeséktöl vacsoráját, 
Pour ce qui est de changer d'air                        lefeküdtünk és eltünödtem,
Les laveuses ont le grenier.                              hogy ök egész fazékkal esznek  - 

Je la vois finir, le fer à la main.                          Anyám volt, apró, korán meghalt,
Sa taille, toujours plus fragile,                           mert a mosónök korán halnak,
A été brisé par le capital.                                 a cipeléstöl reszket lábuk
Pensez-y bien, ô prolétaires !                            és fejük fáj a vasalástól  -

Courbée par sa tâche, elle était pourtant            S mert hegyvidéknek ott a szennyes !
Une jeune femme et je l'ignorais.                        Idegnyugtató felhöjáték
En rêve, elle avait un tablier propre,                   a göz s levegöváltozásul
Parfois, le facteur lui disait bonjour.                    a mosónönek ott a padlás  -

*
il s'agit du fer à l'ancienne, avec du charbon de bois       Látom, megáll a vasalóval.
                                                                   Törékeny termetét a tôke
                                                                   megtörte, mindig keskenyebb lett  -
                                                                   gondoljátok meg, proletárok  -

                                                                   A mosástól kicsit meggörnyedt,
                                                                   én nem tudtam, hogy ifjù asszony,
                                                                   álmában tiszta kötényt hordott,
                                                                   a postás olyankor köszönt néki. 
traduction : P. Eluard                                                                                 1931
 

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Dimanche 26 avril 2009 7 26 /04 /2009 13:16

Bien longtemps je t'ai celée

Bien logtemps je t'ai celée,
comme l'arbre en son feuillage
le fruit lentement mûri ;
et, lucide fleur de glace
sur le miroir de la vitre,
dans mon esprit tu fleuris...
Et je sais ce que veut dire
ta main dans ta chevelure ;
je porte en moi de tes pas
cette infime fléchissure,
et la courbe de tes côtes
s'il advient que je l'admire
comme un qui s'y reposa,
pur miracle qui respire ;
dans mes rêves bien souvent
mes deux bras deviennent cent
et comme un dieu dans un rêve
dans mes cent bras je te prends.

                                                       20 février 1942
traduction : Jean-luc Moreau

REJTETTELEK

Rejtettelek sokáig,

Mint lassan ért gyümölcsét

levél közt rejti ága,
s mint téli ablak tükrén
a józan jég virága
virulsz ki most eszemben.
S tudom már mit jelent ha
kezed hajadra lebben,
bokád kis billenését
is örzöm már szivemben,
s bordáid szép ivét is
oly hüvösen csodálom,
mint aki megpihent már
ily lélekzö csodákon.
Es mégis álmaimban
gyakorta száz karom van
s mint álombéli isten
szoritlak száz karomban.

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Mardi 21 avril 2009 2 21 /04 /2009 19:06

*Béni Ferenczy a été un sculpteur éminent de la première moitié du 20e siècle.

                                                                                                                             Ohain, le 4 juillet 1967

        Très chère Erzsike!

   J'espère que vous recevrez ma lettre car je n'ai toujours pas votre adresse que je suis obligé de reproduire de mémoire.
    La nouvelle de la mort de Béni   -   gravement malade depuis dix ans  -  m'a sidéré. Dans le monde artistique hongrois, sa vie exemplaire fut unique. Il était dépourvu de toute rhétorique, maladie qui envahit l'art de presque tous. Il ne laisse derrière lui que des formes pures, de la parole vraie  -  au lieu du lierre momifié de la rhétorique. De l'essence et non pas de l'apparence. La rhétorique est la principale maladie de l'art en Hongrie. La rhétorique à effet, en remplacement de l'acte nu du saut périlleux  -  le secret unique et muet de toute oeuvre véritable. Béni ne parlait que ce langage-là. 
    Très chère Erzsike, tout cela est vrai mais la mort reste la mort et rien n'y peut. Mais vous savez, avec les années, les morts que nous avons aimés et que nous aimons, sont plus nombreux que les vivants. Et de ce fait, le mur qui nous sépare d'eux s'amenuise aussi. Dans ma jeunesse, le monde  -  instinctivement  -  était le seul existant. Cependant, ce monde devient de plus en plus irréel à mes yeux. Et si c'est vrai : est-il vraiment parti, celui qui a quitté cette irréalité ? Je ne sais pas si je suis clair. La mort ne représentait pour moi une réalité absolue que tant que je percevais ce monde comme une réalité. Au fur et à mesure que le monde perd de son poids, les morts grandissent en nous. Dans un premier temps, la distance semble infranchissable, puis elle diminue de plus en plus, non pas du fait de nous leurrer à prendre les morts pour des vivants, bien au contraire : c'est selon les lois propres à cette distance infranchissable que la mort devient proximité intime jamais imaginée.
    Pardonnez-moi ces abstractions, à l'allure trop distante. Je ne les destine pas pour la consolation. Je veux vous rassurer sur la réalité.
    Très chère Erzsike, que pourrais-je écrire de plus ? Je sais que le fauteuil de ce cher Béni demeure vide. Ces dix dernières années, il a beaucoup souffert mais ça valait la peine. Il a retrouvé son innocence, il a pu mourir aussi pur qu'il était venu au monde. Et en cela, vous avez votre part incommensurable. Mourir ainsi, c'est "l'ambition" des plus grands. C'est le privilège des enfants, des saints et des génies. Pensez à cela et vous ne serez plus jamais seule.
                                                                                               
                                                                                                                                  Très affectueusement : 
                                                                                                                                                                                       János
 

traduction : T.R.   l'illustration est un dessin de B. Ferenczy, représentant J. Pilinszky

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Mercredi 15 avril 2009 3 15 /04 /2009 15:58

  kovcs-zsuzsnak.html   SUR UN ASTRE INTERDIT
Je suis né sur un astre interdit. Là,                
Débarqué de force, je déambule, 
Le flot du néant céleste me happe, 
Joue avec moi, me pousse, me bouscule. 

Pourquoi ma pénitence, je ne sais. 
Ici tout est une énigme sifflante. 
Qu'il ne fuie pas, celui que son trajet 
M'a fait rencontrer sur la rive en pente. 

Toi non plus n'aie pas peur, ne me fuis pas, 
Endors la souffrance, endors-la plutôt, 
Les yeux fermés endors-moi contre toi, 
Serre-moi hardiment comme un couteau.

Adjuge-moi, sans trembler, à toi-même, 
Tels les morts là-bas s'adjugeant la nuit,
Que ma faible épaule tu  la soutiennes,
Je n'en peux plus à moi-même réduit. 

Moi je n'ai pas demandé d'être là. 
Le néant seul me plaça sur ces bords. 
Cruellement, sombrement aime-moi 
Comme l'abandonnée aime son mort.
 

trad. T. Gorilovics        


Tilos csillagon

Én tiltott csillagon születtem,
a partra űzve ballagok,
az égi semmi habja elkap,
játszik velem és visszadob.

Nem is tudom, miért vezeklek?
Itt minden szisszenő talány,
ne fusson el, ki lenn a parton,
e süppedt parton rámtalál.

S ne félj te sem, ne fuss előlem,
inkább csittítsd a szenvedést,
csukott szemmel szoríts magadhoz,
szoríts merészen, mint a kést.

Légy vakmerő, itélj tiédnek,
mint holtak lenn az éjszakát,
vállad segítse gyenge vállam,
magam már nem birom tovább!

Én nem kivántam megszületni,
a semmi szült és szoptatott,
szeress sötéten és kegyetlen,
mint halottját az itthagyott.

                                                                                                                            

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Mardi 7 avril 2009 2 07 /04 /2009 09:56

Pierre en l'air lancée, au sol retombant,
Il revient toujours, ton fidèle enfant,
                Mon petit pays.

Il va visiter de lointaines tours,
S'attriste, s'émeut et revient toujours
                A la boue natale.

Il s'évade en vain ; il est enchaîné
Aux désirs magyars, tour à tour calmés        
A föl-földobott kö
                Et cabrés encore.

Ah! Je reste tien  -  et magyar toujours  -      Föl-földobott kö, földedre hullva
Tout empli pour toi de rage ou d'amour          Kicsi országom, ùjra meg ùjra
               -  Et même infidèle.                             Hazajön a fiad. 

Pierre en l'air lancée, passive et sauvage,       Messze tornyokat látogat sorba,
Mon petit pays, je suis ton image,                    Szédül, elbùsong s lehull a porba,            
                Qu'ou non je le veuille...                     Amelyböl vétetett.

Partir ? A quoi bon ? Ce n'était qu'un rêve     Mindig elvágyik s nem menekülhet,
Mille fois lancé ; mais toujours le même,         Magyar vágyakkal, melyek elülnek
                 Vers toi je reviens.                             S fölhorgadnak megint.

adaptation de Jean Rousselot                                      Tied vagyok én nagy haragomban,
                                                                               Nagy hütlenségben, szerelmes gondban
                                                                               Szomorùan magyar.
                                                                           
                                                                               Föl-fölhajtott kö, bùs akaratlan,
                                                                               Kicsi országom, példás alakban,
                                                                               Te orcádra ütök.

                                                                               Es, jaj, hiába, mindenha szándék,
                                                                               Százszor földobnál, én visszaszállnék
                                                                               Százszor is, végül is.
                                                                                                                             (1909)

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Vendredi 27 mars 2009 5 27 /03 /2009 12:38


  Le nom de Sándor Petöfi  est sans doute le symbole du poète pour tous les Hongrois : il n'y en a pas un seul qui ne connaîtrait plusieurs de ses titres, qui ne serait en mesure de réciter de ses vers. Il n'y a pas une localité dont une rue, une place ne porterait son nom. Pendant sa courte vie, il a écrit d'innombrables poèmes, à une période où la langue hongroise était menacée de disparaître sous la pression hégémonique des Habsbourg, survivant parmi le peuple où Petöfi puisait souvent son inspiration.

  Il participe activement à la révolte et à la guerre d'indépendence qui s'en suit contre l'empire habsbourgeois et il disparaît sur un champ de bataille : de l'âme flamboyante de la guerre patriotique il devient le symbole du martyre de tout un peuple, à 26 ans...

  Le poème qui suit a été écrit en 1847. Petöfi vient de se marier avec Jùlia Szendrey. La magnifique fougue amoureuse se teinte de mélancolie, inspirée par le paysage d'automne et prend une force particulière pour le lecteur qui sait : son testament se rélisera moins de deux ans plus tard. Jùlia, jeune veuve avec un enfant, se remariera quelque temps après, poussée par la nécessité matérielle. Les adorateurs de Petöfi ne le lui pardonneront jamais...

   Parfois, par des nuits d'insomnie, je me récite ces vers qui me bercent délicieusement et tristement dans les bras de la nostalgie de la langue maternelle...

Szeptember végén                                 Fin septembre

Még nyilnak a völgyben a kerti virágok,               Le val est riche encor des fleurs de ses jardins,
Még zöldel a nyárfa az ablak elött,                         Et vert le peuplier dans la fenêtre ouverte.
De látod amottan a téli világot?                               Mais le monde d'hiver, l'aperçois-tu qui vient?
Már hó takará el a bérci tetöt.                                    La neige sur la cime au loin donne l'alerte.
Még ifjù szivemben a lángsugarù nyár                  Encor l'été brûlant brûle mon jeune coeur,
S még benne virit az egész kikelet,                           Mais si la sève en lui monte et le renouvelle,
De ime sötét hajam öszbe vegyül már,                    Déjà des fils d'argent dans mes cheveux révèlent
A tél dere már megüté fejemet.                                   Que les froids de l'hiver vont montrer leur vigueur.

Elhull a virág, eliramlik az élet...                               Car s'effeuillent les fleurs et s'enfuit notre vie...
Ülj, hitvesem, ülj az ölembe ide!                                 Viens donc, ô mon aimée, te blottir sur mon sein.
Ki most fejedet kebelemre tevéd le,                             Toi qui tout contre moi mets ta tête chérie
Holnap nem omolsz-e sirom fölibe?                          N'iras-tu te pencher sur ma tombe demain? 
Oh, mondd : ha elöbb halok el, tetemimre                Si je meurs le premier, de ces deux que nous sommes,
Könnyezve boritasz-e szemfödelet?                           Mettras-tu, dans les pleurs, un linceul sur mon corps?
S rábirhat-e majdan egy ifjù szerelme,                       Si un autre t'aimait, se pourrait-il alors
Hogy elhagyod érte az én nevemet?                           Que tu quittes mon nom pour le nom de cet homme?

Ha eldobod egykor az özvegyi fátyolt,                        Si ce voile de veuve un jour tu le jetais, 
Fejfámra sötét lobogóul akaszd,                                  Comme un drapeau de deuil laisse-le sur ma tombe.
En feljövök érte a siri világbol                                      Je viendrai le chercher, du noir où tout se tait,
Az éj közepén, s oda leviszem azt,                             Au cours de cette nuit où notre amour succombe,
Letörleni véle könnyüimet érted                                  Pour essuyer les pleurs versés sur notre amour,
Ki könnyeden elfeledéd hivedet,                                  Sur toi facilement oublieuse et parjure,
S e sziv sebeit bekötözni, ki téged                                Pour panser de mon coeur l'horrible déchirure  - 
Még akkor is, ott is, örökre szeret!                               T'aimant même là-bas, même alors et toujours.
                                                                traduction : Eugène Guillevic

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Mardi 24 mars 2009 2 24 /03 /2009 09:37
Ni heureux aïeul, ni héritier,
Ni parent, ni ami familier,
Je ne suis à personne,
Je ne suis à personne.

Je suis ce qu'est chacun : majesté,
Pôle nord, secret, étrangeté,
Feu follet hors d'atteinte
Feu follet hors d'atteinte.

Las! Je ne puis m'en accommoder
Je voudrais de plus près me montrer,
Que me voient ceux qui voient
Que me voient ceux qui voient.

Mes vers, ma torture de moi-même
Tout vient de là : j'aimerais qu'on m'aime
Pour être à quelqu'un
Pour être à quelqu'un.

                                      
adaptation de Jean  Rousselot


Sem utódja, sem boldog öse,
Sem rokona, sem ismeröse
Nem vagyok senkinek,
Nem vagyok senkinek.

Vagyok, mint minden ember : fenség,
Eszak-fok, titok, idegenség,
Lidérces, messze fény,
Lidérces, messze fény.

De, jaj, nem tudok igy maradni,
Szeretném magam megmutatni,
Hogy látva lássanak,
Hogy látva lássanak.

Ezért minden : önkinzás, ének :
Szeretném, hogyha szeretnének
S lennék valakié,
Lennék valakié.
                                  1909
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