réflexions

Mercredi 22 juillet 2009 3 22 /07 /2009 15:11

   Je reviens aux histoires anciennes après une pause relativement longue. "Tout est matière à, réflexions, à condition que l'on s'en donne la peine" ai-je dit il y a peu... Un ordinateur qui rend l'âme, effaçant d'un seul coup des années de votre histoire consignées, vous obligeant à un sevrage devenu petit à petit salutaire, vous ramenant à une autre réalité... Cependant, faut-il chercher, obstinément, un sens à tout ce qui nous arrive ; existe-t-il des événements complètement hasardeux, réconfortants ou déstabilisants dans leur gratuité, selon les convictions de chacun ? Chercher systématiquement un sens reviendrait à supposer  une planification, une orientation des événements par un principe supérieur et nous ne serions que de simples marionnettes dans ce jeu-là. Cela peut être réconfortant car nous n'avons pas à nous casser la tête, on prend soin de notre destin, comme dans un régime totalitaire que je connais bien. C'est décervelant mais confortable. Ce système de pensée a ses failles, le rôle du simple pantin étant peu ambitieux et encore moins enthousiasmant ; de plus, il faut expliquer l'origine du mal, si tentant parfois... On introduit donc le  fameux "libre arbitre", notion bancale qui rend l'édifice hybride et incohérent. Mais encore une fois, ce n'est que ma "cuisine philosophale", rustique et sans prétention.
   Dans la Hongrie communiste, l'Eglise est officiellement partenaire de l'état. Je suis baptisée, je fais ma communion et ma confirmation et je suis le catéchisme durant plusieurs années. Le curé, en soutane, vient à l'école pour distiller les fondements de la foi, les histoires de l'Ancien et du Nouveau Testaments, après les cours qui nous apprennent que la religion est l'opium du peuple ! Mais nous sommes, enfants, déjà rompus à la schizophrénie ambiante qui nous enseigne à jongler entre discours officiel et vérité sous-jacente !
   Ma famille paternelle est catholique, ma mère vient d'une famille protestante. On a du mal à imaginer les engagements exigés de ma mère concernant la future foi de ses enfants à naître dans la vraie voie catholique ! Ma grand-mère paternelle qui elle-même va rarement à l'église, m'oblige à suivre les messes du dimanche, avec communion chaque premier dimanche du mois. Les plus pénibles étant les confessions qui précèdent l'hostie collant immanquablement au palais et que l'on n'a pas le droit de toucher avec les dents, sous peine de mordre le corps du Christ lui-même !
   Le confessionnal... Je suis terrorisée rien qu'en passant près de son mystère ténébreux. Dedans, je m'agenouille devant le moucharabieh qui laisse deviner une oreille grasse collée contre la grille et qui attend avec ennui, avidité ou nonchalance mes maigres confessions que j'ai du mal à réunir depuis la veille...
la suite suivra...    

Par Flora - Publié dans : réflexions
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Samedi 4 juillet 2009 6 04 /07 /2009 23:44

    Il y a un an, jour pour jour, je me suis lancée...  Je me souviens encore : serrement de coeur, trac, saut dans l'inconnu  -  et une envie impérieuse de s'y jeter. Pourquoi ? Sans doute et avant tout, avec les mots du même Endre Ady : "... Je voudrais de plus près me montrer, // Que me voient ceux qui voient... " (Szeretném magam megmutatni, // Hogy látva lássanak, //Hogy látva lássanak) Toutefois, j'ai décidé de garder une partie de l'anonymat, du moins devant ceux qui ne me connaissent pas personnellement, me disant que l'identité précise n'a aucune importance, finalement : ceux qui savent voir, construiront leur image sur la trame des mots... Les mots et quelques images : voilà les seuls véhicules que je me destinais pour arriver jusqu'à vous. Le reste me semblait inutile exhibition.

   Comme j'étais persuadée que la mode de livrer mes états d'âme journaliers sur un blog n'avait pas grand intêret, que j'étais nulle en cuisine et en point de croix, tout comme en potins people, j'ai choisi la traduction d'auteurs hongrois, mine de trésors méconnus. 

   Le deuxième anniversaire de la mort de Gilbert a donné le coup de pouce décisif. Je me suis dit que je le prolongerais ainsi à travers ses textes, puisque la publication en masse mercantile confère à la littérature une vie de libellule... Il redoutait plus que tout l'oubli, ce trou noir vorace de corps célestes. J'ai vécu de très près la gestation de cette oeuvre restée inachevée, et je me retrouve étroitement liée à lui à travers ses mots, cet acte de genèse.

   J'ai toujours aimé jouer avec les mots. Le français constitue un terrain de jeu extraordinaire : pour beaucoup, c'est la langue de l'écriture par excellence. Pour moi, c'est un défi permanent et une jubilation, une conquête et une découverte d'une autre moi-même. Je reste persuadée que s'exprimer dans une langue ou une autre, signifie se glisser dans une autre peau... Et le vécu, l'initiation mystérieuse à telle ou telle langue conditionne notre parole.  Le français a libéré la mienne.

   En un an, quelques 206 articles et 615 commentaires. Je ne cours pas après les records, même si vos commentaires font très plaisir, ces fameuses petites passerelles entre les âmes... Le reste, de toute façon, nous ne le maîtrisons pas. Depuis un an, je passe beaucoup de temps à nourrir ces pages et à lire aussi les vôtres. Ce n'est pas du temps perdu, il m'enrichit...
  

Par Flora - Publié dans : réflexions - Communauté : Les Cultureux éclectiques
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires - Recommander
Mercredi 1 juillet 2009 3 01 /07 /2009 12:31

   " Que deviendront nos souvenirs après notre disparition?"  demande une amie hongroise sur son blog. Question bien plus complexe qu'il n'y paraît. Ne sommes-nous pas en train d'essayer de les fixer, dans leurs contours de plus en plus flous, afin qu'ils survivent à cet inexorable évanouissement ? A quoi bon ? Ils nous appartiennent si intimement que leur survie n'a aucun sens logique; ils devraient nous suivre fidèlement, tels les chevaux et les serviteurs, voire les épouses, ensevelis auprès de leur seigneur défunt des temps jadis...

   Nos souvenirs, ces oripeaux défraîchis nous appartiennent intimement. Pourquoi l'envie de les confier, de les partager, même partiellement, même en les filtrant, les édulcorant ou bien au contraire, en les livrant dans toute leur cruauté, quitte à s'écorcher au passage ?

   Même dépourvus de narcissisme maladif, nous sommes effleurés par cette tentation. Voulons-nous compléter l'esquisse de notre image, afin que les traits primordiaux apparaissent pour dévoiler les sillons, les ébauches successifs qui ont abouti à l'impression présente ? Avons-nous besoin de témoin dans cette descente vers les abysses de la mémoire, témoin qui nous tient la main, que nous prenons par la main, pour que le chemin soit moins abrupt, moins cahotant ?

   Voulons-nous corriger, consciemment ou inconsciemment, l'image surgie des replis mystérieux, révélant des blessures dissimulées devant nous-mêmes ? Une envie irrépressible de sincérité arrive parfois à bouleverser l'ordre établi. Un ordre que nous avons mis des années d'acharnement à bâtir. Pour nous protéger. Pour pouvoir vivre. Un mur protecteur que tout le monde ignore, que nous parvenons à oublier nous-mêmes par moment... Un numéro de haute voltige permanent.

   Revenons à la première personne. Pourquoi livrer mes souvenirs ? Le narcissisme est assurément le motif le moins décisif. Ressusciter mes fantômes ? Le fantôme de moi-même ? Défier le temps qui s'écoule impitoyablement, en dépit des tentatives désespérées de l'arrêter, du moins le ralentir ? Tout cela à la fois. Et mille autres raisons encore. Mise au point en langage codé que je suis la seule à déchiffrer car la seule à pouvoir regarder derrière le miroir... 

la suite suivra...

Par Flora - Publié dans : réflexions
Ecrire un commentaire - Voir les 15 commentaires - Recommander
Mercredi 24 juin 2009 3 24 /06 /2009 13:22

   Angelina, notre mystérieuse Bulgare qui partage notre chambre nous entraîne vers des aventures insolites. C'est une belle fille aux cheveux longs et soyeux, aux yeux très noirs. Son appareil dentaire n'altère en rien sa beauté ni son caractère entreprenant. Elle a 3-4 ans de plus que nous mais avec le temps, nous apprenons à nous méfier de chacune de ses affirmations. Elle dit que son père est diplomate ayant été en poste à Moscou et qu'il a laissé, après son départ vers un autre poste, ses deux filles dans de vagues études de philologie. Sa mère est française, retournée en France après le divorce. Angelina vient de quitter les quartiers "ghetto" du corps diplomatique pour notre antique "Arche de Noé". Cependant, elle garde de nombreux contacts avec ces milieux-là et entend nous en faire profiter, Marie et moi.
   Il est difficile d'imaginer, à l'aune des temps modernes, les deux filles de 22 ans que nous sommes, avec l'innocente naïveté de collégiennes  -  et encore, celles des petites classes ! Il n'y a que notre curiosité qui surpasse notre naïveté. Angelina nous amène chez ses amis diplomates indonésiens. Nous sommes ainsi invitées dans des soirées indonésiennes ! A l'entrée de l'immeuble, devant l'immanquable cahute avec le policier armé et frigorifié dans le frimas russe, Angelina nous conseille d'éviter de parler russe. Nous sommes reçues avec chaleur et courtoisie dans ces soirées dansantes insolites où la langue de la communication est le russe ou l'anglais (que nous ne parlons pas). Est-ce le vocabulaire russe très limité de nos hôtes qui nous donne l'impression que décidément, les Indonésiens sont très énigmatiques... Lubis, la quarantaine dégarnie est de Sumatra. Il manifeste une irrésistible attirance pour Marie, ses cheveux blonds, ses yeux bleus et surtout, il est fasciné par les sourcils qui se touchent ! La sympathie semble réciproque et dure toute l'année de notre séjour à Moscou et même l'année d'après, à Léningrad d'où nous revenons en visite de quelques jours et logeons chez Lubis, en tout bien tout honneur. Quant à moi, mon "flirt" est un authentique prince de Java, longiligne autant que Lubis est replet, et très fin pianiste, danseur aux allures de félin. Je me souviens de son regard indéchiffrable derrière des paupières à peine fendues. Chose inimaginable de nos jours : je chaperonne Marie dans ces rendez-vous galants, tout comme elle me servira de confidente dans d'autres circonstances. Autres temps, autres moeurs... Tout simplement, nous avons grandi moins vite que les filles de maintenant et cela, sans l'ombre d'un jugement nostalgique de ma part...
la suite suivra... 
 

Par Flora - Publié dans : réflexions - Communauté : Les Cultureux éclectiques
Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires - Recommander
Dimanche 21 juin 2009 7 21 /06 /2009 20:29



















"La solitude est
une  tempête                                                                                          qui arrache toutes nos branches mortes."   
                                                             (Gibran)                                                        



"Au fond, c'est ça, la solitude : s'envelopper dans le cocon de son âme, se faire chrysalide et attendre
la métamorphose, car elle arrive toujours." 

(August Strindberg)  
















illustrations : R.T.                              

Par Flora - Publié dans : réflexions
Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires - Recommander
Samedi 13 juin 2009 6 13 /06 /2009 20:17

  Notre premier grand voyage vraiment dépaysant nous mène en Asie Centrale, en Ouzbékistan. Nous décollons de Moscou, encore enneigé, un peu avant minuit, pour atterrir dans le printemps ouzbek à Samarkand. N'ayant jamais quitté la Hongrie auparavant, je savoure le dépaysement total !
   Nous sommes logés dans des foyers d'étudiants, désertés pendant les vacances scolaires. Les 2-3 garçons de notre groupe assurent héroïquement le rôle de gardes du corps auprès de la quinzaine de filles : nos hôtes nous mettent en garde contre les velléités de promenades après le coucher du soleil, même accompagnées ! Il est vrai que le vernis du régime communiste qui prône l'égalité de la femme est assez mince dans ce pays à l'écrasante majorité musulmane qui pratique ouvertement certaines coutumes ancestrales. Ainsi, lorsque nous demandons la signification des 3-4 foulards noués autour de la taille des petits vieux barbus, aux costumes traditionnels, on nous répond sans sourciller que c'est le nombre d'épouses qu'ils possèdent ! Et pourtant, la loi interdit la polygamie... Les belles brunes aux longues tresses et aux robes bariolées sont des biens précieux. Ceci dit, elles vont désormais à l'école, même à l'université. Le dentiste qui soigne ma rage de dent à Boukhara est une femme. Impitoyablement, elle perce l'abcès sous ma lèvre spectaculairement enflée, et pour tout soin post-opératoire, elle ramasse un peu de poudre carmine de permanganate répandue au fond de son tiroir et elle me le donne dans un bout de papier journal !... Fallait-il avoir une santé résistante à toute épreuve ! Le traitement s'avère efficace et l'abcès guérit rapidement, sans l'ombre d'un antibiotique !
   Nous découvrons les vestiges féeriques d'une culture jadis florissante, l'observatoire de Tamerlan, les mosquées imposantes aux coupoles et murs recouverts de céramiques multicolores où la représentation de l'homme est bannie : restent les motifs floraux et géométriques dans une harmonie époustouflante. Nous visitons une école coranique à l'intérieur de la mosquée : enfants et adolescents sagement agenouillés devant leur Coran à déchiffrer inlassablement.
   Souvenir romantique : à mon grand étonnement, et malgré ma rage de dent à peine soignée, le fils du président de l'université, un de nos accompagnateurs, m'invite à me présenter sa soeur, geste sans doute propre à gagner ma confiance... Je suis reçue avec une extrême gentillesse dans une chambrée de filles qui me déguisent en "ouzbétchka", en costume et petit bonnet traditionnels multicolores. Le beau jeune homme m'invite à une promenade à la soirée tombante... Ma naïveté légendaire balaye toute méfiance et je pars avec lui, encostumée, ma rage de dent en voie de guérison spectaculaire, pour déambuler dans la vieille ville aux habitants retirés dans leurs maisonnettes trapues. Il ne trahit pas ma confiance et je garde un souvenir attendrissant de cette balade autour de l'étang, sous les arbres en fleurs, dans la tiédeur parfumée de la nuit de Boukhara...
la suite suivra...  

Par Flora - Publié dans : réflexions - Communauté : Les Cultureux éclectiques
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Mardi 9 juin 2009 2 09 /06 /2009 10:56

   Cela faisait un bon moment que j'avais envie de tirer au clair mes sentiments envers la pratique des blogs. Phénomène planétaire, invention géniale, interactivité, créativité aux possibilités quasi illimitées  -  et beaucoup de déchets aussi concernant le niveau du langage, l'importance du sujet et l'illustration du propos. Mais c'est bien cette liberté sans bornes, sous le voile de l'anonymat ou à visage découvert, qui donne la légitimité non censurée d'être mauvais ou génial, dilettante ou professionnel, intimiste émouvant ou détaché froid. C'est une véritable explosion de l'expression individuelle, privée jusque là de la place publique ! Il faut donc accepter l'ivraie parmi les bons grains et trier vous-mêmes...
   Il y a quelques jours, j'ai lu un commentaire véhément contre les dilettantes qui s'y croient, et, après quelques vagues cours de dessin, ils affichent l'étiquette "artiste", bien visible, sans l'ombre d'un doute (qui est pourtant le signe élémentaire d'un début d'artiste véritable  -  tout comme l'humilité...). Pourquoi s'énerver ? Cela n'enlève rien à un authentique talent, le contraste le rend même plus visible pour les connaisseurs et "l'imbécile heureux" est au moins heureux  -  et ce n'est déjà pas si mal par les temps qui courent!
   Cependant, j'en arrive à l'aspect le plus "piégeux" du blog. On lance sa bouteille à la mer. Même ceux qui ne l'avouent pas, attendent un écho, un dialogue enrichissant. Des amitiés virtuelles se créent, souvent sous pseudonyme, sans quasiment rien connaître de son interlocuteur que son propos. Je suis frappée par la sincérité sidérante de quelques blogueurs, par le ton qu'ils utiliseraient rarement avec leurs proches. Est-ce plus facile sous le masque de l'anonymat ? Je débarque dans la vie virtuelle des inconnus, sans y être invité et nous devenons presque des familiers ; puis, ni vu ni connu, je reprends ma valise sur la pointe des pieds. Personne ne me reprochera mon infidélité, pas de scène déchirante... Tout est virtuel mais le piège se situe justement là.
    Lorsque nous quittons la réalité pour nous réfugier dans ce virtuel douillet, nous nous faisons facilement prendre dans cette toile-là. L'addiction s'installe. Quelques jours sans commentaires ? Le sentiment cruel de l'abandon point à l'horizon. Suis-je devenu si inintéressant que personne ne daigne s'arrêter sur mes bafouilles ? C'est aussi le danger que Imre Kertész, écrivain hongrois met en évidence dans son discours de réception du Nobel (toutes proportions gardées, bien évidemment !) : on commence à écrire en fonction de l'attente supposée d'un public virtuel. Autant dire que c'est le meilleur moyen de se tirer une balle dans le pied !
   Un seul remède : s'entraîner à garder son ego dans sa poche, rester fidèle à soi-même et le reste viendra  -  ou ne viendra pas... C'est encore une méthode de mon cher maître Epicure en personne qui donne une foule de bons conseils pour se préserver des souffrances inutiles ! Gardons les pieds sur terre parmi les amis bien réels pour partager les bons et les mauvais moments et cela n'empêchera pas les incursions enthousiasmantes sur la blogosphère !

Par Flora - Publié dans : réflexions
Ecrire un commentaire - Voir les 12 commentaires - Recommander
Mercredi 3 juin 2009 3 03 /06 /2009 16:10

  Justement, ces voyages ! Sur la photo (qui ne le dit qu'aux connaisseurs), je suis à Tbilissi. Avec nos cartes d'étudiant, nous avons droit à 50% de réduction sur les vols d'Aéroflot et dans les trains. Nous en profitons pour parcourir des espaces démesurés (surtout au regard des 93000 kilomètres carrés de notre minuscule pays). Chaque sortie est précédée d'au moins quinze jours de démarches bureaucratiques en quête des tampons tout-puissants dans des bureaux aux relents de KGB  -  où l'on se sent obligatoirement suspect de quelques mystérieux méfaits  -  pour obtenir l'autorisation de dépasser les 30 kilomètres de périmètre alloués. (Au demeurant, nous n'avons jamais été contrôlés par la suite! L'essentiel est d'impressionner convenablement au départ et le quidam restera de lui-même dans les clous...)
   Nous connaissons bien l'atmosphère intimidante des bureaux de toutes sortes où le simple fait de posséder un tampon confère la stature de tout puissant à un vulgaire guichetier qui se cache souvent derrière la vitre opaque d'une fenêtre-guillotine. Celle-ci ne se soulève que de quelques centimètres pour laisser glisser la feuille demandée, au risque de vous sectionner les doigts... dans nos fantasmes. Comme un coq imbu de son importance, pérorant sur son tas de fumier, ces ronds de cuir de l'état totalitaire ont tous un comportement standard qui consiste à arborer une attitude hautaine, au mieux condescendante, sinon soupçonneuse et sévère, pour vous ratatiner dans votre condition de paria à leur merci : ce ne sont pas eux qui sont à votre service, mais à l'exact contraire ! Combien de fois je remplis un simple formulaire, le trac au ventre pour ne pas faire une seule petite rature en me trompant entre majuscule ou minuscule, sous peine de voir ma feuille déchirée et jetée à la figure ! Ceci dit, le fonctionnaire hongrois nous semble la jovialité personnifiée comparé aux confrères russes, champions de toutes catégories de la rudesse !
   Et lorsque j'ai eu affaire à un guichet de commissariat en France pour un visa de séjour, je me demandais de quoi pouvaient bien se plaindre les Français, enfants gâtés de la paperasse...?
la suite suivra... 

Par Flora - Publié dans : réflexions - Communauté : Les Cultureux éclectiques
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Mercredi 27 mai 2009 3 27 /05 /2009 17:32

   Nous nous adaptons rapidement à la vie en étroite communauté, pour ne pas dire promiscuité. La cité U que je viens de quitter en Hongrie était flambant neuve mais nous étions deux fois quatre pour un ensemble de deux chambres séparées d'un long espace bureau-étude.
   Ici, tout est vieillot et les habitudes sont différentes. Un long couloir dessert les chambres où sont logés étudiants africains, tchèques, polonais, hongrois, panachés de Russes. Les Ouzbeks se regroupent entre eux après le virage. Les fumets de mouton excessivement gras de leur festin de fin de semaine nous soulèvent le coeur. La dizaine de chambres de notre virage a une seule cuisine en commun, avec une cuisinière qu'il faut guetter et prendre d'assaut si on veut préparer un petit dîner. Et surtout, ne pas quitter des yeux la moindre papinette (cuillère en bois) si on veut la retrouver... Une fois par mois, chaque chambre, à tour de rôle, doit accomplir la corvée du ménage qui consiste à évacuer les déchets de cuisine sobrement accumulés dans un coin et à laver le sol du local et tout le couloir ! Notre logement d'étudiants en Hongrie nous semble un hôtel de luxe à côté, sans parler des récits de nos camarades ayant fait un séjour linguistique en France et qui nous décrivaient leur chambre où ils étaient logés seuls !  Luxe inimaginable ! Ceci dit, la chaleur du troupeau a quelque chose de rassurant et on apprend à ajuster ses exigences à celles des autres !

   Le plus dur est de nous accommoder aux toilettes communes où les cabinets sont bien séparés mais dépourvus de portes ! Ainsi, un rapide coup d'oeil vous permet de trouver la place libre... Pas d'abattant, l'usage veut que l'on se perche au-dessus de la cuvette. Après quelques semaines de "pas le choix" qui est un puissant élément d'acclimatation, nous acquérons l'habileté d'équilibristes de nos voisines russes qui ont l'habitude de lire leur journal dans cette délicate position, pendant ce temps perdu ! Le phénomène ne concerne pas exclusivement notre antique Arche de Noé, il se vérifie, avec des variantes selon la couleur locale des républiques visitées, dans tous nos voyages à travers l'Union Soviétique !
la suite suivra... 

Par Flora - Publié dans : réflexions - Communauté : Les Cultureux éclectiques
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Mardi 19 mai 2009 2 19 /05 /2009 13:08

  "Deuil donc, avec un point d'interrogation à la fin. Je me demande ce que veut dire ce mot. Je me demande s'il existe vraiment, déjà. Est-ce possible, rationnellement possible, de laisser une tristesse, un vide, un manque derrière soi ? Sans se retourner en plus ? A partir de quand (de quoi?) est-ce qu'on tourne une page ? Et comment on fait si on n'a pas envie de la tourner ?" 

  Chère Leyla, je ne vous connais que virtuellement et vous avez approximativement la moitié de mon âge... Je lis vos lignes ce matin et j'ai l'impression soudain que vos questions sont les mêmes que celles que je m'étais posées il y a peu de temps. Ai-je la certitude de pouvoir y répondre, déjà ? Je n'en sais rien moi-même; en tout cas, je tiens au moins un bout de début de réponse...

   Le deuil... la grande question qui cesse d'être abstraite soudain, dès que nous y sommes confrontés. Les livres savants (je les ai évités), bourrés de bons conseils de psys vous en expliquent les étapes et vous aident à faire le travail. Je déteste l'expression travail de deuil qui s'apparente dans ma tête au bagne. Je dirais plutôt apprivoiser la douleur du manque, du vide. 
   Il y a toutes sortes de deuils comme toutes sortes de pertes. Les étapes se ressemblent, la longueur et la profondeur peuvent différer.
   J'en ai connu plusieurs et de nature différente. Le dernier en date a débuté il y a trois ans, à la mort de Gilbert. De la sidération où la mort, soudain, devient réalité à jamais énigmatique, sous vos yeux, pour se métamorphoser en un VIDE total et incommensurable, niché dans tous les compartiments de votre vie, un silence à n'en plus finir qui prend la place de la tragique effervescence des premiers jours, pour vous habituer petit à petit à vous regarder dans les yeux et à partir même à la découverte de cette personne  -  vous-même  -  que vous n'avez jamais eu le temps de connaître... Je me suis dit que de ce tête-à-tête forcé, une bonne surprise pourrait peut-être sortir.
   J'ai pris la ferme décision de ne rien fuir. Difficile de remettre les pieds au théâtre où les pas de Gilbert étaient si imprégnés ? Raison de plus pour prendre un abonnement. Difficile de relire ses articles en cours et restés inachevés ? C'est à moi de les terminer : nous avons tellement travaillé ensemble. Le plus dur était d'apprivoiser la maison, chargée de tant d'histoires, heureuses et douloureuses. De notre maison, elle devait devenir ma maison. Pendant quelques semaines, je n'ai pas pu la quitter. Des semaines très importantes dans ce face-à-face initiatique. Apprivoiser. Jusqu'au jour où elle a cessé  d'être hostile et de renvoyer l'image du vide. Alors, je pouvais la quitter et y revenir. Ce n'est que plus tard que le "miracle" que vous évoquez ou implorez, s'est expliqué consciemment : Gilbert, je l'ai intégré en moi et, de par ce "miracle", il a cessé de désigner les vides et les manques, il est partout où je suis, toujours avec moi, pas besoin de l'évoquer exprès, ni d'aller sur sa tombe en quête de souvenirs. Il ne m'empêche pas d'avancer, bien au contraire, il me transmet sa formidable énergie. 
   Chère Leyla, je ne sais pas si je vous ai donné une piste. En tout cas, votre questionnement m'a donné l'occasion de formuler quelques mises au point pour moi-même et je vous en remercie...
   

Par Flora - Publié dans : réflexions - Communauté : Les Cultureux éclectiques
Ecrire un commentaire - Voir les 12 commentaires - Recommander

Pages

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Décembre 2009
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Catégories

Recommander

Derniers Commentaires

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés