Mercredi 7 octobre 2009
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17:01
J'ai perdu plusieurs jours à transgresser la règle que je m'étais fixée : surtout, me méfier du deuxième étage et de son capharnaüm de tous les
dangers ! Je savais que m'y attendaient des lettres, des cahiers, des photographies et des bouts de papier enfouis depuis des décennies, plus dangereux que les plus vertigineux des ravins qui
vous attirent, qui vous aspirent par la terreur délicieuse de la perdition... Perdition en quoi ? Dans les méandres du passé qui vous emprisonnent comme des algues... Qui vous empêchent de
jeter devant vous des regards positifs... Vivre dans le passé, c'est renoncer à vivre, c'est choisir la compagnie des fantômes et le devenir soi-même.
N'est-elle pas une simple revenante, cette jeune fille tourmentée qui s'enflammait si facilement, pleine d'illusions et de soif du bonheur, d'une vie enthousiasmante, à la hauteur de
ses attentes ? Je la regarde du haut de l'heure des bilans. Je n'ai pas une folle attirance pour les bilans qui sont rarement positifs monochromes...
Amours, amitiés, sentiments très intenses, des pages innombrables. Pourquoi les ai-je conservées ? Est-ce pour me persuader, par ces traces tangibles, matérielles que ce passé
a bel et bien existé, que je ne l'ai pas rêvé ?
Pouvoir extraordinairement évocateur des mots ! C'est fou comme la trace d'une écriture - la mienne ou celle de quelqu'un d'autre - est capable de me
ramener, en un clin d'oeil comme par magie, dans ce passé qui commence à devenir respectablement lointain... Amours, amitiés, rencontres, je suis émerveillée par la beauté de ces lettres. J'ai
beaucoup reçu et réciproquement. Je me retrouve, avec la petite douleur lancinante qui dit que c'est bien fini et qui dit aussi que bon ou mauvais, ça valait la peine d'être
vécu...
Par Flora
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Lundi 5 octobre 2009
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15:54
Cela fait trente ans que j'en rêvais... une belle gravure me donnant littéralement des frissons de plaisir, plus qu'une
peinture, plus même qu'un dessin ! Va savoir pourquoi... Dans la Hongrie des années soixante - soixante-dix, les arts graphiques et la gravure en particulier ont eu un essor formidable. Moi qui
n'ai pas pu suivre une formation dans un lycée de beaux-arts, ma mère estimant que les 40 kilomètres étaient trop loin et que, de toute façon, cela menait à un avenir très aléatoire et que mieux
valait se munir d'un vrai métier, j'ai pu en rêver toute une vie... Ceci dit, elle a eu zéro pointé sur toute la ligne, la pauvre. Je me retrouve à 1600 kilomètres et j'ai très peu
exercé mon vrai métier, celui de professeur de français et de russe !
Par contre, j'ai commencé il y a une semaine, mon apprentissage dans un atelier de gravure et chez un maître que j'admirais de loin à travers ses livres d'artistes et ses expositions
et dont le grand talent n'a d'égal que sa modestie et sa simplicité, qualités que j'apprécie particulièrement comme privilèges des tout grands.
Je me sens comme la parfaite débutante que je suis, l'apprentie qui polit sa première plaque de cuivre pendant deux heures, la prépare, la grave etc., et attend, le coeur battant
d'émotion, la première impression qui se dévoile sous l'impressionnant rouleau de la presse...
La part d'inattendu, de surprise bonne ou mauvaise est toujours présente dans la gravure. C'est bien ce qui m'attirait, avec l'infinie variété des techniques. Il faut que je
m'habitue aussi à un rythme tout à fait différent, opposé au dessin où il faut être rapide et spontané. La gravure semble être l'école de la lenteur et de la patience.
premier essai , d'après un dessin de 1998. T.R.
Par Flora
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Mardi 29 septembre 2009
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14:38
Nous sommes logés dans un des immeubles impersonnels du quartier des
étudiants de plusieurs facultés. Ce stoudgorodok (abréviation, parmi les innombrables autres, tellement prisées par l'ère soviétique, de stoudiéntcheski gorodok
= petite ville - quartier - d'étudiant) se trouve dans une partie relativement neuve de la ville, tellement récente que les finitions laissent à désirer. Une amie y fait une sorte de pèlerinage
quinze ans plus tard et elle me dit : "Tu ne me croiras jamais ! Pour accéder aux immeubles, il faut toujours traverser les mêmes terrains vagues avec les mêmes trous remplis d'eau et enjambés
par des planches, tout comme de notre époque !" Et nous savions tous que ces terrains vagues avaient vocation d'y rester pour l'éternité, comme nous croyions le régime inébranlable...
Ce n'est pas l'antique Arche de Noé de notre Oussatchovka de Moscou, ce qui n'empêche pas que je fasse connaissance, pour la première fois de ma vie, avec des vampires.
En effet, dès que j'éteins ma lampe de chevet, je me fais littéralement dévorer par des punaises !... Comme je n'en ai jamais vu auparavant, je cherche un ennemi invisible, au visage
inconnu et qui ne se manifeste que dans le noir. Au bout de plusieurs semaines de calvaire, je dors avec ma lampe allumée. Il y a bien les "brigades de désinfection" qui passent régulièrement,
harnachées, encagoulées comme la police scientifique des feuilletons de télé mais cela n'a d'autre effet que de déclencher la migration des vastes populations de punaises vers les chambres
encore intactes !
A bout de nerf, je m'en plains à une de mes profs de fac. Elle me conseille un bon vieux produit qu'il faut diluer dans de l'eau. Inutile de dire que je l'emploie concentré, le
versant avec rage dans les interstices du bois de mon lit renversé, ainsi que dans les plinthes. En effet, j'apprends au passage que les bestioles logent dans du bois ! Et encore, elles
choisissent leurs victimes : mes deux colocatrices russes sont indemnes ! Mon sang exotique, sans doute...
Pour finir et en épargnant les détails de cette extermination massive, l'opération est couronnée d'un succès total et j'aurai la paix jusqu'à la fin de notre séjour. La vie à
Leningrad commence à prendre des couleurs agréables.
la suite suivra...
Par Flora
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Mercredi 23 septembre 2009
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17:34
Françoise - Gordes 1958
"Je suis belle, ô mortels, comme un rêve
de pierre" - pourrions-nous appliquer ce vers de Beaudelaire, avec Sollers, aux photos de nu de
Willy Ronis, éternel jeune homme qui vient de nous quitter à 99 ans. Ses femmes nues deviennent lumineuses dans son regard et nous ne pouvons que nous laisser emporter par cette vague
d'émotion, de sérénité et de tranquille simplicité. Elles ne posent pas : elles se laissent vivre. Willy Ronis nous transmet son émerveillement du quotidien, sublimé par son
regard...
Par Flora
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Dimanche 20 septembre 2009
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20:52
Un an est passé depuis ma photo d'étudiante moscovite... Mes cheveux ont poussé. Je suis à
Leningrad pour six mois, à l'Institut Pédagogique Herzen, derrière Nevski Prospekt. En effet, le système a été modifié depuis l'année d'avant : on n'envoie plus en stage linguistique d'un an les
étudiants en russe de la quatrième année, mais ceux de la cinquième et pour six mois seulement. Ainsi, à cheval sur les deux régimes (non obligatoires), je profite des deux. Ma nostalgie pour la
Russie et pour la vie d'étudiant pleine d'aventures insolites et de dépaysement est trop grande pour refuser une telle opportunité.
Nous débarquons, après une escale à Moscou qui nous fend le coeur, dans l'hiver inhospitalier sur la Neva. Mon journal témoigne des premières semaines difficiles où je n'ai
qu'une envie, c'est de retourner dans la chaleur moscovite ! Je ne peux même pas imaginer d'aimer un jour cette ville froide, à l'atmosphère humide et au vent pénétrant. La
température est loin des - 30° de Moscou, mais le vent gorgé d'humidité rend l'air beaucoup plus glacial. Ville hautaine dans la prétention de ses marbres, de ses palais surgis des marécages de
l'estuaire de la Neva, par la volonté de son tzar, personnage hors du commun et fascinant, Pierre le Grand. La ville a alors deux siècles et demi, aristocratique, majestueuse, érigée par les
plus grands architectes français et italiens de l'époque, incarnant la volonté farouche et sans concession de Pierre Premier de se tourner vers l'Occident. Il nous manque la chaleur provinciale
de l'immense village qu'est Moscou. Nous nous promenons dans un gigantesque musée, un peu délabré certes, mais un musée quand-même ! J'ai six mois devant moi pour l'apprivoiser, pour m'y attacher
et pour rencontrer le grand amour en la personne d'un beau et ténébreux Bulgare...
la suite suivra...
Par Flora
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Mardi 15 septembre 2009
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12:59
J'ai dévoré le livre de Sándor Márai : Mémoires de Hongrie
(FÖLD! FÖLD!). En français. La traduction est très belle - entre nous : peut-on prononcer une telle affirmation sans connaître la version originale ? Je n'ai encore lu
aucun de ses romans mais ce genre : mémoires, réflexions, vagabondages dans le temps et l'espace à la recherche d'une boussole, son Etoile, une quête de sens pour pouvoir continuer à vivre
m'attire énormément. Peut-être parce qu'il m'aide à poursuivre la mienne...
"... c'est uniquement en cette langue que je puis exprimer ce que j'ai à dire." Il suggère même quelque part qu'un écrivain ne peut pleinement s'exprimer que dans sa
langue maternelle (même s'il en parlait plusieurs) qui le relie viscéralement à ses racines.
Je subis parfois, venues de mon passé, d'amicales pressions, à tendance culpabilisante qui me reprochent mes aveux de me sentir désormais davantage chez moi ici, dans ce Nord
chaleureux et réservé à la fois, dans cette langue qui grignote le terrain occupé jadis par ma langue maternelle... Tout juste si elles ne m'accusent pas de trahison...
Au-delà du refus du droit de me juger, même amicalement, je préfère accomplir cet exercice difficile moi-même. Agota Kristof (Le grand cahier) écrit en français,
langue qu'elle traite d'ennemie car elle est en train de tuer sa langue maternelle, le hongrois. Je ne sais pas comment je réagirais si j'étais écrivain. A l'heure actuelle, je ne sais qu'une
chose : le français a libéré ma parole, a fait sauter des blocages qui me paralysaient parfois en hongrois, liés à cette parcelle de ma vie fantôme...
Bien sûr, il faut apprivoiser cet outil merveilleux, le maîtriser tant soit si peu pour essayer de le plier à mes envies. Trouver le mot juste à sa juste place... Il faut
parvenir à sentir une langue de l'intérieur de ses entrailles pour que l'écriture devienne charnelle. Humer la couleur des mots... Confusion d'images ? Peut-on humer la
couleur ? Pas plus que les mots n'ont de couleurs...
Par Flora
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Samedi 5 septembre 2009
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19:11
Je me suis égarée bien loin de Moscou et de mes vingt ans ! Il faut
cependant que je raconte la fin de notre aventure avec Natacha. Elle est étudiante en histoire, brillante, vive, pleine d'humour et très belle : brune avec des yeux magnifiques (mis en
valeur par un minutieux maquillage) dont la couleur oscille entre le gris et le vert, selon celle du jour. Elle a, naturellement, beaucoup de soupirants. Dans notre promiscuité forcée, nous
pouvons observer de près la technique de séduction de la femme russe : faire languir à l'extrême le pauvre jeune homme, déjà sous hypnose comme un lapin dans les phares d'une voiture, en le
mettant en concurrence autant que possible. Le sommet de l'art arrive au moment où elle en invite trois ou quatre à la fois dans notre petite chambre et pendant qu'ils s'escriment pour ses
faveurs, elle brille dans le cercle magique, telle une reine entourée de ses vassaux !... Avec Marie, nous assistons, médusées, à ce spectacle inimaginable chez nous !
Avec cela, Natacha est une vraie fille provinciale, romantique, pudique à l'extrême qui ne se déshabille que dans le noir, sous sa couette et je suis à peu près certaine que les
soupirs de ses amoureux transis n'ont jamais été récompensés !
Nous vivons des mois joyeux en sa compagnie, nous initiant au thé russe auquel elle ajoute une cuillerée de confiture maison à la place du sucre. Elle nous apprend un russe
savoureux et riche. Un jour, la foudre nous tombe dessus : la police débarque dans notre chambre pour perquisition ! (Un nouveau pan du vocabulaire à apprendre...) Les deux policiers mornes nous
demandent de vérifier s'il ne manque pas quelque chose dans nos affaires. Effectivement, en cherchant, nous constatons la disparition de quelques uns de ces pantys en couleur, très à la mode fin
des années soixante, avec de la dentelle sur la bordure qui devait dépasser de sous la minijupe. Ils les retirent triomphalement du fond des bottes de Natacha...
Nous apprenons dans la foulée qu'une plainte a été déposée contre elle par d'autres filles qui l'avaient prise sur le fait de chiper leurs affaires dans la douche ou dans leur
chambre. Un "tribunal des camarades" (tovarichtcheskiï soude) est même instauré au parfum d'un vrai procès stalinien auquel nous sommes convoquées pour témoigner. Angelina,
notre Bulgare me déçoit gravement en se donnant à coeur joie dans l'accusation comme pour s'attirer les bonnes grâces. Dans un sentiment de profond écoeurement, je défends Natacha...
Elle passe 24 h au commissariat et tente de se taillader les veines avec une lame de rasoir prise lors de la perquisition. Nous recevons un coup de fil nous invitant à venir la
chercher. Elle est exclue de l'Institut Lénine et autorisée de s'inscrire à l'Institut Kroupskaïa (la femme de Lénine), moins prestigieux... Nous ne la reverrons plus.
la suite suivra...
Par Flora
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Dimanche 30 août 2009
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21:52
Juste quelques mots avant de retrouver un calme relatif, inhabituel
depuis plus d'un mois. Le puzzle évoqué dans mon précédent billet a été sensiblement secoué...
C'est toujours assez violent de retourner sur les lieux de mon enfance et de mon adolescence que j'ai quittés à l'âge de 26 ans. Mon décor s'effrite, ses figures ont
disparu ou sont sur le point de le faire, inexorablement comme la vie elle-même. La mienne aussi... Les repères anciens se dissimulent pour vous surprendre au détour d'une rue, au
parfum d'un acacia gorgé de l'été. La Tisza s'est amincie, ce n'est plus la rivière intimidante de mon enfance, pleine de dangers sournois. Il n'y a que la chaleur (39° à l'ombre) qui reste
fidèle pour écraser ma moitié française assimilée...
A chaque fois, l'envie surgit d'assumer cette confrontation seule. Tout élément ou toute personne me détournant de ce pélerinage solitaire rompent le lien que je tente de
renouer péniblement. Le voyage devient passage et manque son but. Comme quand on se rend sur la tombe d'un être cher : pour réaliser la communion en pensée, il est détestable de se
faire accompagner et de se distraire d'un bavardage intrus.
Sans doute, me sentirais-je davantage "chez moi" à présent ici, dans ce Nord chaleureux et accueillant, discret et exubérant à la fois où je me suis créé désormais un nouvel
équilibre, solitaire et entourée comme je le souhaite. Un mimétisme subtil est en train de s'opérer...
Par Flora
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Jeudi 6 août 2009
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13:35
Parfois, je ressens un besoin impérieux de "me rassembler autour
de mon axe vertical" selon l'image mentale créée délibérément dans ma tête, à l'usage exclusivement personnel. J'ai alors l'impression d'être un tableau en puzzle que l'on aurait secoué pour
éparpiller les pièces multicolores et la tâche me reviendrait de les rassembler encore et encore, de les aimanter autour d'un point névralgique pour que cela représente de nouveau quelque
chose d'intelligible... Quelque chose sur lequel j'aurais un regard, un semblant de contrôle, dont je me ferais l'illusion de tenir le gouvernail en main.
Mon axe vertical... Je me suis souvent demandé pourquoi cette aspiration de toutes les spiritualités vers le haut, pourquoi lève-t-on les yeux vers le ciel, pourquoi
cherche-t-on les représentations dépassant notre matérialité dans l'infini au-dessus de nos têtes ? Est-ce que nous voulons nous libérer de la gravité magnétique nous clouant au sol, est-ce que
nous désirons inconsciemment nous échapper à l'enfouissement sous terre que représente la mort ? Le rêve d'Icare, déjà, a été une irrépressible envie de quitter la pesanteur et de
s'évader dans l'infini... Et le fantasme de cette liberté enivrante serait le désir d'échapper à notre condition d'humain, avec ses dates butoirs entre naissance et mort, avec une existence
peu exaltante pour beaucoup, remplissant ce champ. D'où le geste de chercher l'évasion vers le haut, symbole d l'infini insondable que l'on peut, du coup, peupler de tous nos désirs et de
nos fantasmes compensatoires !
Ce geste est devenu donc instinctif et de l'instinctif - symbolique. La lumière du jour vient aussi du ciel et cette lumière se charge petit à petit d'espoir dissipant
les ténèbres où tous les maux peuvent nous surprendre. Lumière bienfaisante, symbole du divin dont on espère la miséricorde. Symbole du savoir aussi, dissipant les ténèbres de
l'ignorance...
Les mythes nous apprennent l'aspiration de l'humain vers les connaissances qui lui feraient quitter sa condition initiale. Mais ils nous apprennent aussi la prudence : les sanctions
divines pleuvent sur la tête du téméraire qui tente l'aventure. Icare se brûle les ailes et chute, Adam regrettera sa curiosité jusqu'à la fin de ses jours... devenant
mortel...
Par Flora
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Mardi 28 juillet 2009
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19:39
Plein été, période des vacances qui ralentit la vie en France et
ouvre une sorte de parenthèse. De rares personnes échouent sur la blogosphère et encore plus rares sont ceux qui laissent un commentaire... Mais, puisqu'on écrit un blog avant tout pour soi-même,
n'est-ce pas, disons-nous pour nous consoler ! Et merci à ceux qui s'y arrêtent!
J'avais décidé, il y a bien longtemps que ces "Bribes de mémoire" sauteraient du coq à l'âne, feraient un pied de nez à la chronologie, m'offrant une liberté aussi complète que
possible, pour préserver le plaisir des vagabondages. Cela représentait aussi un habile subterfuge pour dissimuler les trous dans ces oripeaux effilochés : en effet, je me rends compte tous les
jours, à quel point ma mémoire devient sélective.
Cela permet également d'enjamber certains cadavres, de remettre quelques pelletées sur l'indicible... De dresser un panorama du passé non pas idéalisé mais vrai, avec une
vérité dont certains aspects devaient passer dans ces trous... de la mémoire. Je ne suis pas pour l'exhibitionnisme, d'autant que ce passé n'appartient pas qu'à moi. J'ai encore en mémoire la
première lecture des Confessions de Rousseau, par endroit m'ayant mise franchement mal à l'aise ! Non pas que j'aurais des secrets lourds à cacher, simplement la lecture rendue publique
impose une certaine pudeur et j'ai horreur de ceux qui vous invitent à regarder par le trou de la serrure ! Raconter donc la stricte vérité mais se réserver le droit de trier parmi les
souvenirs.
Pour alléger ces propos et pour passer à tout autre chose (démonstration du coq à l'âne ?), une vieille histoire me revient en mémoire. Je vous dirais que je ne pense pas être une
belle-mère possessive, envahissante et qui considérerait la femme de son fils comme une rivale. Ma mère ne m'en a jamais montré l'exemple, ni ma propre belle-mère n'en a donné le sentiment. Cette
histoire m'aurait servi à jamais de mise en garde.
Dans le petit village de mes vacances, il y avait un garçon, de quelques années plus âgé que moi. Selon mon habitude, je le regardais de loin, à la dérobée, pour qu'il ne puisse même
pas soupçonner que je le trouvais beau comme un dieu... Une seule fois nous nous sommes rapprochés, dans un bal du village où il m'a invitée à danser et je défaillais de plaisir, sans même
lever les yeux sur lui ! Fils unique, il vivait avec sa mère, veuve et qui plaçait tous ses espoirs en lui. Ce garçon était bon élève et on le poussait vers des études supérieures, à
quelques 150 km plus loin. Pour la mère, cela semblait sacrifice insurmontable ! Elle s'est donc employée à tous les chantages pour le garder près d'elle. En dernier lieu : "Si tu pars, je
saute dans le puits !" (il faut dire qu'à l'époque, c'était beaucoup plus facile, chaque maison étant équipée d'un puits à balancier...) Le garçon n'y a pas cru et il est parti. Aussitôt, la mère
a mis sa menace à exécution... La fin de l'histoire ? Beaucoup plus tard, il a épousé son institutrice, de presque vingt ans son aînée et qui ne pouvait plus avoir d'enfant...
la suite suivra...
Par Flora
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